Denis Blog

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jeudi 24 juillet 2014

Excitations Extraordinaires de l'Exoplanétologie

Oui je sais c'est Ex   aspérant. Mais il n'y a pas qu'Amélie Nothomb qui puisse bénéficier du privilège des titres extrêmement farfelus.

Je vous livre ici le texte d'une conférence que je dois donner le premier août lors de la "Nuit des Etoiles"

Ce sujet est aussi en lui même un long et lointain voyage.

La toile fourmille sur ce sujet d'articles plus précis, mieux documentés et pour certains contenant moins d'erreurs ou approximation. Mais l'objectif était de rester très grand public.

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A recherche des Exo-planètes

[Les parties en italique peuvent être omises si le temps disponible est trop restreint]

Présentation.... Je ne suis qu'un amateur, Passionné comme nombre d'entre eux, mais pas spécialiste. C'est pourquoi je sollicite l'indulgence de ceux d'entre eux qui, présents dans la salle, remarqueraient des erreurs dans cet exposé. Merci de me les signaler le cas échéant sans oublier toutefois qu'une contrainte de cette conférence est d'être compréhensible par tous. Cela implique des simplifications, voire parfois des approximations que je signalerais.

J'éviterai, autant que faire se peut, formules mathématiques et termes trop techniques.

Toutefois, pour me faire plaisir, et aussi pour vous démontrer qu'il n'y a pas que les scientifiques qui peuvent se gaver de formulations complexes, je vous en assène une littéraire dès le départ en titre de la première diapo.

D1 Prolégomènes à la chasse

Si j'ai choisi de vous parler ce soir de la recherche des exoplanètes, c'est parce que ce thème s'est particulièrement développé ces dernières années et surtout ces derniers mois. Les médias font régulièrement état de cette évolution en embellissant les informations austères fournies par les chercheurs de commentaires parfois, souvent même, un peu trop enthousiastes pour ne pas dire farfelus.

D2 Ces dernières semaines nous avons eu droit à l'annonce de la découverte d'une « Nouvelle Terre », agrémentée d'images d'une planète bleue, couverte d'océans et de nuages. (nouvelle-terre)

Bien qu'il ne soit pas impossible que cette planète soit semblable à la notre, nous ne disposons actuellement d'aucun moyen technique nous permettant de vérifier une telle éventualité.

Je vous propose donc ce soir de faire un point objectif sur la situation, sachant qu'elle reste très ouverte, et que nous avons au moins une certitude : nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

Comme de nombreux domaines de l'astronomie, ce sujet peut être ardu. Il fait appel à des outils d'observation, des théories et des modèles mathématiques sophistiqués. Mais rassurez vous ! De la même façon qu'il n'est pas nécessaire de connaître les équations de la mécanique pour maîtriser le pratique de la bicyclette, on peut très bien appréhender ce domaine de recherche à partir de quelques notions basiques et courante. Et pour répondre à la question qui (ne) m'a (pas) été posée : Prolégomènes c'est en grec (et nous n'en avons pas fini d'utiliser des termes grecs!) une introduction (longue!)

Ce soir je me limiterais donc, et c'est déjà très ambitieux, à vous rappeler (ou définir)

  • Ce que l'on appelle « exoplanète » et pour commencer ce qu'est une planète.

  • Ce que l'on entend par découvrir/identifier une exoplanète, nous verrons en particulier que le risque d'erreur n'est pas négligeable.

  • Les méthodes et les outils utilisés pour ces recherches, leur forces et faiblesses.

  • Enfin pour ouvrir un peu sur le rêve (les astronomes font partie de la mafia des grands rêveurs) ce que l'on entend par « zone habitable » et ce que l'on peut en déduire pour la possibilité de vie extra terrestre.

D3 Qu'appelle-t-on  Exoplanète  ?

Au départ c'est simple ! Une exoplanète est une planète qui ne tourne pas autour du soleil, c'est à dire qui ne fait pas partie du système solaire. (la racine  grecque exo  signifie  hors de, extérieur...)

Cela veut il dire qu'une exoplanète tourne autour d'un autre soleil ? D'une autre étoile ? OUI ! Et ….et peu Non ! Car, et c'est d'ailleurs une découverte récente et inattendue : il semble qu'il existe de nombreuses planètes autonomes, isolées, errant perdues dans l'immensité interstellaire.

Une planète ?

Pour les anciens

D'accord, mais il faut aller plus loin ! Qu'est-ce que c'est qu'une planète ?

Pour les anciens (jusqu'à environ la fin de notre moyen âge) une planète c'était un astre vagabond ! (Planetos en grec signifie vagabond/voyageur... Cf le célèbre guide  Lonely Planet )

Mais pourquoi donc ce qualificatif de vagabond ?

Les anciens n'entendaient rien à la mécanique céleste, mais ils étaient de meilleurs observateurs que nous. [Ils vivaient souvent dehors, le monde n'étant pas, comme aujourd'hui hélas, noyé par les lumières parasites, le ciel qui s'offrait à eux était d'une excellente qualité.]

Ils avaient depuis longtemps remarqué que sur la toile de fond d'un ciel tournant en environ un tour par 24h autour d'un point fixe matérialisé par l'étoile polaire, l'immuabilité de la position relative des étoiles , formant des figures que leur imagination ou légendes avait dotées de noms poétiques et mystérieux : la Grande Ourse, Orion, la Lyre, le Lion... Le ciel leur paraissait tourner en bloc comme si les étoiles étaient collées sur une sphère rigide :  La sphère des fixes 

[Ils avaient même constaté que cette rotation s'effectuait en un petit peu moins de 24h00 (4 minutes de moins environ) léger décalage qui, s'accumulant avec le passage des jours donnait au ciel un aspect différent au cours des mois comme vous pouvez le voir ici sur ces deux cartes représentant l'horizon sud vu de Chassiers à minuit au premier août et au premier février.




Il fallait attendre une année complète pour retrouver un aspect identique du ciel à une heure donnée, le cumul des décalages de 4 minutes sur 365 jours équivalant alors à 24 heures.

Pour la cosmographie actuelle, le ciel ne tourne pas. La rotation de 24h00 est une apparence due à la rotation de la terre sur elle même, et le lent décalage d'une période d'un an provient de la rotation de la terre autour du soleil.]

Mais quelque chose clochait dans cette belle régularité. Il y avait une poignée d'astres qui ne respectaient pas la belle rigidité de la  sphère des fixes  vagabondant de façon plus ou moins régulière : les planètes ! Et c'était même l'anarchie. [Le soleil reprenait le même place toutes les 24 heures, la lune elle mettait 28 jours, et c'était encore plus compliqué pour les autres. Mercure, dieu des voyageurs et des voleurs se déplaçait très rapidement sans jamais s'éloigner du soleil. La splendide et brillante Vénus un petit peu plus excentrique, et quand aux autres Mars la rouge guerrière, l'imposant Jupiter et le tranquille Saturne il leur arrivait même d'alterner avancées et reculades.] Seul point rassurant dans cette pagaille mythologique, tout ce petit monde se déplaçait à l'intérieur d'une bande étroite sur la  sphère des fixes  : les treize constellations dites du zodiaque. [expliquer éventuellement pourquoi pas 12 uniquement dans réponses aux questions]

Depuis Copernic et surtout Kepler nous savons interpréter ces mouvements dérangeants pour les partisans de l'ordre. Tout ce petit monde (et d'autres découverts ultérieurement) tourne, dans un même plan et dans le même sens autour du soleil (la lune mis à part) et nous faisons partie du carrousel avec le dossard numéro 3.

Imaginez un stade de course à pied, avec des pistes beaucoup plus écartées que ce que nous connaissons. Chaque coureur parcourt la sienne à son rythme. Nous sommes sur la troisième et essayons d'interpréter les mouvements apparents de nos concurrents, y compris ceux qui ont un demi tour d'avance sur nous et semblent ainsi courir dans la direction opposée.

D4 De nos jours la définition actuelle de planète a changé.

Une planète est un corps céleste en rotation autour d'une étoile (pour nous le soleil) et qui a  fait le ménage sur son orbite  C'est à dire qu'elle se déplace sur une route (à peu près) dégagée. Ce qui implique qu'elle possède une masse conséquente, suffisante pour lui permettre de présenter une forme quasi sphérique.

Mais il y a de la variété de taille et de nature. Pour paraphraser Pierre Perret, il y a des petites, des grosses, des dures (composées de minéraux rocheux, métalliques..) des gazeuses (majoritairement faite d'hydrogène ou d'hélium)

Les modèles de formation des planètes expliquent (ils sont fait pour cela!) ces caractéristiques et différences :

  • Astres  régulièrement  espacés, orbitant (c'est à dire tournant autour d'un point fixe) dans le même sens et le même plan.

  • Et, probablement plus spéculatif, les poussières lourdes au centre et les gaz en périphérie expliquant la conformation de notre système. (éventuellement expliciter)

 Solar System Formation (Nebraska Univ) à commenter

Le terrain de chasse

A partir de la révolution Copernicienne, quelques indécrottables curieux ont commencé à poser des questions dérangeantes.

Le raisonnement était le suivant :  Copernic avait chassé la terre de son rôle de centre du monde pour y mettre le soleil et faire tourner autour de lui les planètes, dont la terre.

Mais on pouvait aller plus loin. Imaginer que même le soleil n'était pas au centre du monde, que chaque étoile visible (et invisible) était un autre soleil, autour du quel tournait d'autres planètes et que sur ces planètes.... 

Stop ! Nous sommes en 1600. Et pour avoir émis, entre autres blasphèmes, ces opinions  saugrenues Giordano Bruno, ex moine dominicain, finit brûlé sur le bûcher de la sainte inquisition.

Aujourd'hui cela va mieux (quoique ?) Nous acceptons que les 200 milliards d'étoiles qui constituent notre galaxie (200 milliards !!!!) et les quelques centaines de milliards de galaxies (cela en fait des milliards de milliards ! C'est comparable au nombre de grains de sable, plages et déserts inclus, sur la terre) sont aussi d'autres soleils.

Comme les modèles plausibles de formation des étoiles embarquent aussi la formation de planètes nous pouvons subodorer qu'il existe quelques exoplanètes.

Quelques  ? Il y en a probablement énormément. A ce jour, simplement en examinant une infime portion (150000) étoiles de notre galaxie, nous avons détecté environ 1800 exoplanètes, et il y en a à peu près encore le double en cours de validation. Et nous savons parfaitement que les méthodes de  pêche  dont nous allons parler utilisent des filets à mailles lâches laissant filer la majorité des poissons. Il n'est pas improbable que presque chacune des milliards de milliards d'étoiles soit entourée d'une ou plusieurs planètes.

Les méthodes que nous allons analyser ne nous permettent que de détecter des planètes en deçà de quelques centaines d'années lumière de distance c'est à dire quand même plusieurs millions de cibles potentielles : bien des pêcheurs s'en satisferaient.

D5 Comment détecter les exoplanètes

D6 Méthodes directes

La première méthode, assez évidente, est l'observation directe. Hélas, même à l'aide de nos plus puissants instruments, repérer une planète, minuscule par rapport à son soleil et noyé dans sa lumière aveuglante (un milliard de fois plus intense) est une gageure.

C'est un peu comme si depuis Paris nous observions au télescope la lumière du phare du Planier au sud de Marseille, espérant détecter un ver luisant posé sur le toit (que ferait il là ?)

Pourtant, grâce à quelques géniales astuces technologiques, et en profitant de configurations exceptionnelles, une dizaine d'exo-planètes a pu être imagée directement.

2m1207b (200 AL VLT) et HR8799 (2008 Keck image NRC Canada)

Observation directes au télescope

Elles ne sont aujourd'hui possibles que dans de rares cas particuliers : combinaisons de plusieurs facteurs favorables : système proche de nous, planète géante et orbitant loin de l'étoile pour que sa lumière ne soit pas noyée dans l'éblouissement de l'étoile centrale. Par exemple si l'on observait l'équivalent de notre système solaire à quelques années lumière, on pourrait ainsi imager Saturne, mais certainement pas la Terre ni Mars.

2m1207b

C'est un système très favorable à l'observation directe, mais bien différent du notre. Seules ces conditions extrêmes permettent une observation directe.

Découverte en 2004 grâce au VLT(1) du Chili. 2M1207a est une étoile naine (1 % du soleil) froide et peu lumineuse (~3000 °K) située à 170 AL(2) de nous. 2m1207b est une planète géante (300 MJ(3)) située à très grande distance de l'étoile (40UA(4))

Beta Pictoris

Découverte en 2008 par l'équipe du VLT. On remarque sur la photo que la lumière de l'étoile, située à 70AL de nous, est artificiellement éclipsée par un coronographe. La planète possède une masse de 4 à 10 MJ(3) et orbite à 8 ou 9 UA(4) . Il s'agit de la première planète dont on a pu mesurer la période de rotation sur elle même (la dure du jour) qui est d'environ 8 heures. Ces caractéristiques sont, à l'exception de sa masse, assez semblables à celle des Jupiter. Un traitement d'image peut améliorer la visibilité.

HR8799

Cette photo extraordinaire est l’œuvre d'une équipe Québécoise qui, à l'aide d'un astucieux traitement informatique d'images prises par le télescope Keck d'Hawai a pu mettre en évidence en 2008 pas loin de 4 planètes géantes autour de l'étoile HR8799 située à 130 AL(2) de la terre dans la constellation de Pégase.

Il a même été possible, par spectrographie, de montrer que l'atmosphère de certaines de ces planètes contenait des nuages et la présence d'oxyde de carbone et de méthane.

Loupes gravitationnelles

Ceux d'entre vous qui ont entendu parler de la théorie de la relativité généralisée savent qu'une façon, simple ?, de l'exposer est d'affirmer que toute masse courbe l'espace (et même l'espace temps mais ne compliquons pas) qui l'environne. Un « rayon » (un photon!) de lumière, qui se propage toujours en ligne droite, passant près d'une masse importante, par exemple une étoile très dense se voit dévié. Pour la RG(5) il continue à aller droit, c'est la route qui est « courbée »

En optique c'est exactement le même phénomène qui se produit dans le verre d'une loupe.

Il y a donc des cas très favorable ou un système solaire, aligné pour notre vue avec une étoile très dense, peut être « grossi » Cela permet de détecter assez facilement les perturbations induites par une planète, même petite.

L'avantage de cette méthode est qu'elle peut s'appliquer à des étoiles très éloignées (plusieurs milliers d'UA(4)) mais répétons le ses conditions d'exploitation sont très rares.

C'est une observation tout à fait exceptionnelle, mais elle est quand même à l'origine de quelques détections « directes » : quelques dizaines de succès sont à son actif.

Principe micro lentille

D7 Observations indirectes

La quasi totalité des découvertes est le fruit de méthodes indirectes. Nous en examinerons deux : la méthode des vitesses radiales et celle des transits.

D8 Méthode des vitesses radiales

Nous avons parlé de la fin, brûlante, de Giordano Bruno. Cela ne se fait plus n'est-ce pas ? Et pourtant, si je vous déclare que les affirmations du type  La terre tourne autour du soleil, la lune tourne autour de la terre, ...  sont fausses ? Qu'allez vous faire ? C'est pourtant la vérité, enfin une vérité ! (Pour un scientifique il n'y a pas de VERITE, mais des vérités, enfin des modèles -des théories- toujours réfutables, et presque toujours réfutées un jour au bénéfice d'une autre. C'est la différence avec un dogme, une croyance, une superstition.

Bon dire que ces affirmation sont fausses est un peu exagéré. Mais elles ne sont pas tout à fait exactes !

Et si l'on dansait ? Qui veut danser avec moi ? (trouver une personne légère!)

Animation VR


La méthode de la vitesse radiale s’appuie sur le fait que si l’étoile exerce une force d’attraction sur la planète, cette dernière produit une force égale et opposée sur l’étoile. Toutefois la différence de masse fait que la perturbation de l'étoile reste très inférieure à celle de la planète

Il est assez difficile de percevoir visuellement et directement ce très faible mouvement de balancement que la ou les planètes imposent à leur étoile.

Mais les astronomes sont astucieux ! Si vous supposez que vous observiez le système « par la tranche » (ou à peu près) vous comprendrez que le balancement de l'étoile fait qu'elle se rapproche et s'éloigne alternativement de nous. Et ça c'est un mouvement que les astronomes savent détecter même s'il est ténu par ce que l'on appelle l'effet Doppler.

C'est l'effet qui fait que lorsque une voiture de pompier se rapproche de nous on entend sa sirène plus aiguë qu'elle ne l'est en réalité, puis lorsqu'elle s'éloigne, le son devient plus grave.

Les étoiles ne font pas de bruit (selon vos références culturelles : le silence de ces espaces infinis m'effraie ou dans l'espace personne ne vous entend crier) mais on sait mesurer la fréquence de leur luminosité par l'intermédiaire d'une technique appelée spectroscopie. Et l'on peut donc en déduire la période du mouvement de balancier et sa vitesse.

Animation VR

D9 Cette technique ne fonctionne pas dans tous les cas : il faut que le système soit bien orienté par rapport à nous. Et comme on ne connaît pas cette orientation il n'est pas possible d'en déduire la vitesse exacte du balancement.

En revanche on connaît sa période sans ambiguïté. On peut en déduire celle de la rotation de la planète autour de l'étoile, et donc sa distance à l'étoile. Enfin lorsqu'il n'y a qu'une seule planète prépondérante sinon les choses se compliquent.

Compte tenu de la précision instrumentale actuelle, la méthode de la vitesse radiale reste à ce jour limitée aux planètes orbitant autour d'étoiles naines ou pour les plus grosses à des planètes massives (géantes gazeuses) très proches de leur étoile.

Il y a certes des points faibles : la complexité d'interprétation dans le cas de systèmes à plusieurs planètes et surtout certains phénomènes physiques internes à l'étoiles (magnétisme interne par exemple) peuvent provoquer des variations du « spectre » ce qui peut conduire à des « faux positifs »

HR 8243

Il faut à ce sujet que je vous raconte la triste histoire de Gliese 581 :

Six exoplanètes avaient été détectées autour de Gliese 581 dont deux, c et d, étaient les premières exoplanètes à avoir été trouvées dans la zone habitable de leur étoile. L'existence de Gliese 581 d, g et f a pourtant été mise en doute en juillet 2014, car les signaux à l'origine de leur découverte pourraient n'être que des artefacts(6) liés à l'activité magnétique de l'étoile.

Gliese 581 C Crédit ESO

D10 Méthode des transits

Pour un astronome, du moins celui qui ne souffre pas trop de problème digestif, le transit a une signification bien précise : l'observation du passage d'un astre devant un autre.

vueartisteESO.jpg

D'où l'idée, très simple, de mesurer au cours du temps la quantité de lumière reçue d'une étoile afin de détecter l'obscurcissement du au transit.

Image Corot (Corot exoteam)

D11 Le principe est simple, mais les difficultés, et donc les limites de la méthode, sont nombreuses.

La première est qu'il faut, encore une fois, que l'orbite de la planète soit « bien orientée » par rapport à nous, ce qui, statistiquement, n'est vrai que pour environ 5 % des systèmes.

La seconde est qu'il faut que la planète soit suffisamment grosse par rapport à son étoile pour que la diminution de luminosité soit perceptible aux instruments. Pour une étoile de la taille du soleil, on détectera facilement une planète de la taille de Jupiter, beaucoup plus difficile sera de déceler une nouvelle terre.

D'autres « biais (7)» sont possibles : la variabilité lumineuse intrinsèque(8)del'étoile (ou la présence d'une étoile variable très proche de la ligne de visée, …)

Bien entendu une seule observation est insuffisante : il est nécessaire de pouvoir examiner plusieurs transits successifs et en déduire une période de révolution constante, afin d'espérer une bonne probabilité de découverte. Cela peut être long : la terre tourne autour du soleil en un an, Jupiter en 11 ! Comme pour la précédente méthode les grosses planètes (diminution sensible du flux lumineux) et proches de leur étoile (tournant ainsi rapidement autour d'elle) sont donc favorisées.

En revanche la méthode des transit offre, par construction, une information... De taille(!) : le diamètre relatif de la planète par rapport à l'étoile, et même le diamètre réel si on dispose d'une valeur approchée de celui de l'étoile, ce qui est souvent le cas.

D12 Les mesures demandent une précision que ne peuvent fournir à ce jour les instrument terrestres. Le meilleur outil reste le télescope spatial. Parmi ceux qui sont consacrés à cette moisson.

Corot (2006-2012)

Kepler (2009 – 2013?)

TESS (2016 …)

Kepler a été conçu pour observer 150 000 étoiles dans une petite zone de la constellation du Cygne. Il est tombé en panne début 2013, mais des terabits(9) de données attendent d'être traités. La participation de bénévoles amateurs, dont votre serviteur, représente un atout considérable car dans ce cas l’œil humain reste supérieur aux procédures informatisées pour lever les ambiguïtés.

Site Planet Hunter exemple de courbe de lumière proposée

Zoom sur la courbe précédente

Malgré ses limitations la méthode des transits est la plus féconde : on lui doit plusieurs centaines de détections dont même quelques planètes « telluriques (10)» de taille assez similaire à la terre parmi les quelles plusieurs orbitent dans la « zone habitable » (nous allons voir plus tard ce qu'il faut penser de cette fameuse zone.

Quelques considération statistiques :

5 % de 150 000 étoiles représentent 3000 étoiles « bien orientées »

Autour de plus de 10 % ces étoiles « favorables » une ou plusieurs planètes ont été détectées. Compte tenu des difficultés et des imprécisions de la méthode on peut penser qu'il en existe beaucoup plus. Les optimistes pensent ainsi que la grande majorité, sinon la totalité, des étoiles possèdent une ou plusieurs planètes. Sachant que notre seule galaxie compte entre 100 et 200 milliards d'étoiles et qu'il y a au moins 100 milliards de galaxies semblables à la notre, je vous laisse conclure !

Rappeler ce que représente 100 milliards (3000 ans pour les compter à raison d'une par seconde)

D13 Zone habitable

Le Graal est bien sûr la découverte de planètes susceptibles d'héberger la vie. La notion de zone habitable est un critère, discutable, mais bien commode.

On appelle zone habitable la région d'un système solaire où on peut trouver de l'eau à l'état liquide. Cela dépend essentiellement de la température de l'étoile et de la distance de la planète à son étoile. Pour une naine rouge (froide) cette zone est très proche de l'étoile. Pour une étoile bleue chaude elle est beaucoup plus éloignée.

A titre de comparaison notre soleil est une étoile «moyenne » jaune. La zone habitable s'étend de l'orbite de Venus à celle de Mars, englobant évidemment celle de la Terre.

Cet exemple illustre les limites du critère : Venus est dans la zone habitable, mais un effet de serre colossal (préfiguration inquiétante de ce qui nous menace ?) rend les conditions particulièrement inhospitalières : une pression de 100 atmosphères, une température de 460 degrés à la surface, des pluies d'acide sulfurique.....Mais cela n'interdit pas, pour les plus optimistes, la présence d'une vie « extrêmophile (11)» Aucune des sondes envoyées n'ayant pu y survivre plus d'une poignée d'heures nous restons dans l'incertitude.

Mars a, en des temps très anciens, été parcourue par de l'eau liquide : il y a eu des rivières, peut être des lacs pourquoi pas des mers. Il reste des calottes polaires composées en partie de glace d'eau. Nous n'y avons encore rien détecté, pas encore...

Absence de preuve n'est pas preuve d'absence

Autre limite de la zone habitable : Jupiter et Saturne en sont exclues. Mais... On soupçonne sur Europe (une lune de Jupiter) et Encelade (une lune de Saturne) la présente d'un énorme océan liquide sous glaciaire. Ce sont les gigantesques forces de marées induites par la proche planète voisine qui, échauffant par friction le manteau du satellite, seraient la cause de la fonte des glaces et même de remontées de panaches liquide jusqu'en surface. Il n'est pas impossible qu'une forme de vie soit présente sur l'une de ces lunes.

Et encore nous nous limitons à des formes potentielles de vie semblables à la notre, basée sur la richesse fantastique de la chimie du carbone et la présence d'eau liquide. Même si c'est l'hypothèse la plus probable (cf le rasoir d'Ockham(12) : à développer) Ce n'est pas la seule.

Quoi qu'il en soit, nous disposerons bientôt de techniques permettant de déceler dans l'atmosphère de certaines exo-planètes de « marqueurs  vitaux » tels que la présence d'oxygène, de méthane (marqueur particulier de la « digestion » de la plus part des organismes vivant, c'est à dire une autre « méthode de transit » ;-) ) de CO2...

Je vous laisse méditer là dessus.

Lexique

(1) VLT : Very Large Telescope, (Très grand télescope) implanté au Chili. Le plus grand instrument du monde, composé de 4 télescope de 8mètres et de 4 autres de 1,8 mètre de diamètre, optiquement « liés »

(2) AL : Année lumière. Distance parcourue par la lumière en un an à une vitesse de 300 000 km par seconde. Une année lumière équivaut environ à 10 000 milliards de kilomètre ou encore 66 000 fois la distance de la terre au soleil (UA). L'étoile la plus proche est à plus de 4 AL du soleil.

(3) MJ : Masse de Jupiter. 2X1023 tonnes (2 suivi de 23 zéros) ou encore 300 fois celle de la Terre.

(4) UA : Unité astronomique. Elle correspond à la distance de la terre au soleil, soit 150 000 000 de kilomètres.

(5) RG : Théorie de la relativité Générale d'Albert Einstein.

(6) Artefact : Objet manufacturé. Par extension erreur d'observation due à un défaut instrumental. Par exemple le reflet sur l'objectif d'une caméra., les croix apparaissant sur les photographies d'étoiles brillantes....

(7) Biais : Cause d'erreur, souvent liée à la méthode, dans une interprétation statistique.

(8) Beaucoup d'étoiles sont variables. C'est à dire que leur luminosité varie avec le temps pour des causes physique internes (pulsations par exemple) ou externe (éclipse par une autre étoile compagne : les systèmes stellaires multiples sont majoritaires)

(9) Un terrabit : mille milliards de bits, ou mille gigabits (le bit est l'unité élémentaire d'information stockée sur un support informatique)

(10) Tellurique : se dit d'une planète « rocheuse » à l'instar de la Terre, Mercure, Mars, Venus, la Lune..Et par opposition aux planètes gazeuses comme Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune.

(11) Extrêmophile. Caractérise un organisme vivant dans des conditions « extrêmes » Par exemple sur la Terre les êtres vivants dans les « souffleurs noirs » colonnes de rejets volcaniques sous-marins.

(12) Guillaume d'Ockham était un philosophe, moine Franciscain, du 14ème siècle qui a formulé le principe suivant : « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. » C'est à dire que les solutions les plus simples sont souvent les plus vraisemblables. Il convient donc de couper (le rasoir) les hypothèses supplémentaires non indispensables.

mardi 3 juin 2014

Un sceptique en Ardeche

Je suis arrivé en Ardèche du sud au terme d'une succession de voyages, parcours géographiques complexes, maillés de plusieurs étapes, qui n'étaient pas vraiment des retours, en région parisienne.

Bien que retrouvant à l'occasion de ces passages des situations que le temps passé aurait du rendre familières, il était difficile de me défaire d'une sensation incongrue d'exotisme.

Passer de l'organisation policée du métro de Bangkok à la frénésie de son homologue parisien, ou du lacis de canaux et rivières enfoui dans les forêts primaires de la province d'Arakan aux rues du quartier du Marais n'était que la continuation de l'exploration, une nouvelle collecte de découvertes nourrissant de multiples interprétations.

Au bout de quelques semaines toutefois l'étrangeté cédait à la familiarité des souvenirs et habitudes enfouis alors que croissait à nouveau la tension de l'envie de nouveaux départs.

Ces balancements équilibrés auraient pu durer indéfiniment. C'était sans compter sur les hasards des rencontres et sur le puissant moteur amoureux qui me précipitèrent dans une nouvelle période de vie, la sixième si je compte bien. 

Une nouvelle vie donc, avec son lot de personnages, cultures, situations à découvrir. Je suis bien loin d'en avoir fait, comme dans les épisodes précédents, le tour. Mais j'ai commencé à tirer quelques fils de l'écheveau.

Pas plus qu'en Asie il n'est facile, dans un premier temps, de nouer des contacts autres que superficiels avec la population locale. Méfiance et différences culturelles privilégient les échanges avec les autres voyageurs dans un cas, les néo-ruraux dans l'autre. Ce sont des barrières qu'il faut savoir franchir. Cela demande temps et efforts.

Cette similarité n'est toutefois qu'approximative. Solidarité et ouverture d'esprit des autres voyageurs permettent des relations aisées, rapides, mais la plus part du temps sans profondeur ni enjeu. Les échanges avec les néo-ruraux ardéchois sont plus complexes et plus riches.

Cependant il existe quelques tropismes parfois surprenants à l'aune de mes propres références culturelles. Un équilibre harmonieux entre l'autonomie et la vie en communauté. La culture, voire la religion, de l'écologie, du bio. Une nette méfiance vis à vis de la modernité, pimentée d'une pointe d'irrationnel et de fantasmes conspirationnistes. Mais aucun de ces traits, pris isolément, n'est spécifique à l'Ardèche du sud, et nous avons tous nos conformismes !

C'est le premier point,associé à la richesse des possibilités d'activités, qui m'a sauté aux yeux dès mon arrivée.

Malgré un habitat dispersé, les réunions, invitations, fêtes, bals, spectacles....Sont légions. Les interactions sont plus fréquentes et intenses qu'au sein des grandes cités, plus ouvertes et naturelles. Le réseau relationnel se tisse avec rapidité et surtout avec beaucoup de sincérité : le souci du « paraître », les contraintes des conventions sociales, en sont quasiment absents.

Au foisonnement d'activités culturelles et ludiques s'ajoute, pour la plus part, le quotidien absorbant d'activités primaires : travaux de petites et grosses constructions, créations et entretiens de jardins, de vergers, ou de parcelles forestières.

Et il reste, pour les plus hyperactifs, les activités sportives saisonnières dont la région regorge. Kayak et canyoning, ski sous toutes ses formes, escalade, tennis, randonnées...

Tout ceci existe dans un harmonieux équilibre entre autonomie et socialisation. Chacun pratique, selon son humeur du moment, seul ou en communauté. Nul ne vous reprochera d'être un loup solitaire, tous seront heureux de vous accueillir au sein d'un groupe même si vous êtes un parfait inconnu.

Une manifestation caractéristique de cet état d'esprit apparaît dans la culture généralisée de l'échange : je t'aide à débroussailler ton terrain, tu réalises des travaux de couture à mon profit...Échanges qui peuvent s'organiser à travers de « Bourses spécialisées» sans aucune contrepartie monétaire : les « SEL » ou systèmes d'échanges locaux. Les adhérents à ces organismes recensent leurs compétences ou leur besoins en matière de petits ou gros travaux comme de la couture, du jardinage, de la garde d'enfant, des cours, du débroussaillement.... Pour plus d'informations sur les SEL voir : ici ou ici.

Ces systèmes d'échanges en sont ils la cause ou la conséquence ? Les deux peut être. Mais il est indéniable que les habitants possèdent de nombreuses compétences susceptibles d'assurer leur autonomie. Tout le monde ou presque est jardinier, forestier, maçon, mécanicien... A des degrés divers certes, mais souvent fort honorables.

Les compétences intellectuelles et culturelles ne sont pas en reste. Si évoquer la richesse culturelle des grandes cités comme Paris ou Lyon est un lieu commun, la communauté ardéchoise n'est pas en reste même si la répartition de l'offre diffère : il y a plus de conférences sur le biotope, la géologie ou les traditions locales organisées sur le terrain au cours de randonnées spécialisées que de séances de cinéma.

Conférences et troupes de théâtre émanent d'acteurs locaux. Ce qui ne signifie pas faible qualité et rareté. Il est fréquent d'être obligé de choisir, avec frustration, entre plusieurs manifestations se disputant les mêmes soirées ou week-end.

Il existe, certes, un déphasage culturel avec les grandes cités. Il est plus temporel (on ne dispose pas toujours du dernier film ou de la dernière pièce à la mode) que qualitatif. Cela ne gêne personne, et diminue également le risque de perte de temps à surfer sur des modes éphémères.

Pas de « dîners en ville » donc. En revanche lors des fréquentes invitations ou des soirées festives le niveau des échanges n'a rien à envier à celui des « salons parisiens ».

Toutefois les sujets abordés peuvent différer, quoique n'ayant plus fréquenté depuis un bon moment les « salons parisiens »  je ne sois pas sûr que ces différences soient si marquées.

Ecologie et « bio » sont deux thèmes permanents. Combien de fois au début ai-je été surpris, puis amusé, par le qualificatif omniprésent, glissé sur un ton de connivence complice, « Bien entendu c'est du bio » accompagnant toute proposition de légume, fruit, vin, plants ou graines, voire vêtements...Je croyais presque entendre « tu peux en prendre mec, c'est de la bonne ! »

Pas question de marquer de l'étonnement, encore moins du scepticisme ou pire de commettre le sacrilège d'un sourire amusé.

Ici le bio c'est une religion avec ses disciples et prophètes, ses règles et parfois ses dogmes à la logique étonnante, comme par exemple l'autorisation d'utiliser souffre ou sulfate de cuivre sur les vignes « car cela se trouve à l'état naturel » mais bien sûr pas de méthane, ni de pétrole brut ou d'arsenic tout aussi présents à l'état naturel et encore plus abondants...

Autre paradigme « religieux » les châtiments potentiels futurs vis à vis des incroyants, les communions implicites ou explicites...

Loin de moi bien sûr l'idée de réfuter systématiquement le « bio » Il présente des avantages incontestables. Et quelques défauts aussi. Mais pour un sceptique il est frustrant de se voir interdire l'expression de tout doute ou toute critique même légère. Néanmoins mes voyages en terres musulmanes ou bouddhistes m'ont appris à relativiser ces frustrations et éviter ce type de débat de toute façon sans issue.

Il en est de même pour les convictions écologiques, que je partage d'ailleurs en grande partie.

Cependant, cette fois, Elles sont fortement étayées par des argumentaires et des connaissances précis et solides. Quelques exemples significatifs se trouvent dans le refus de l'exploitation des gaz de schistes, la déforestation sauvage, l'utilisation massive de produits phytosanitaires de synthèse, malgré les étonnants compromis évoqués plus haut comme le souffre ou la bouillie bordelaise....

Une autre source d'étonnement est le niveau d'acceptation de la superstition et de l'irrationnel parmi une population souvent plus cultivée que la moyenne. Magnétisme, astrologie font florès. Bien entendu acupuncture, homéopathie et la plus part des médecines dites alternatives sont universellement utilisées et défendues avec passion.

Les médecines traditionnelles chinoises retrouvent ici le prestige qu'elles ont perdu, au profit de la bête technologie occidentale, dans leur patrie d'origine, et je rencontre plus de pratiquants de Qi-gong que dans le Yunan.

Toutes les combinaisons des racines « bio » « dyna » « geo » sont utilisées pour décrire de nouvelles techniques miracle : la geo- dynamie, la bio-dynamie, la geo-biologie... A croire qu'un « combinateur » de génie est au manettes. Manquent encore, mais je peux me tromper, la bio-géologie et la geo-dynamie. Cela ne saurait tarder.

Tout cela est plutôt innocent et sympathique, mais il y a parfois plus grave voire scandaleux. Comme un thuriféraire de guérison par les « tambours chamaniques » qui présente une conférence où intervient un témoin que cette thérapie aurait miraculeusement guéri.

Plus folkloriques sont les inventeurs réguliers de machines à mouvement perpétuels ou à rendement supérieur à un. L'un d'entre eux a récemment présenté sa trouvaille lors d'une conférence rassemblant un nombre conséquent d'auditeurs, puis a embringué un député local en lui faisant miroiter l'utilité de sa découverte pour venir au secours des populations africaines défavorisées. Une analyse attentive (cf ce document) de l'expérience présentée montre qu'elle repose sur une grossière erreur de calcul.

Tout ceci s'explique probablement par la conjonction de différents facteurs spécifiques à la région. Même si, isolément, certains se retrouvent ailleurs.

le mélange des cultures entre la population locale marquée par l'effondrement d'une économie qui, même frugale, permettait l'autosuffisance et les neo-ruraux affamés de retour aux fondamentaux.

Un passé de légendes et une histoire riche d’événements.

Et surtout un environnement, espace naturel et habitations, superbe, varié, qui fait de l'Ardèche du sud un des écrins les plus pittoresques de notre pays. La densité des vagues touristiques qui y déferlent en belle saison en témoigne.

Pourtant les premières découvertes laissent une impression d'austérité.

La végétation méditerranéenne, aux espèces variées mais à la taille souvent rabougrie, s'explique par le climat et la géologie qui privilégie l'aspect minéral : avens, canyons tourmentés et cheminées de fées fantomatiques des calcaires ; ténébreux surgissements plutoniques à la géométrie d'aspect presque artificiel ; profondes gorges où nichent des rivières turbulentes.

L'architecture est à l'unisson. L'aspect souvent sombre des murs intégrant des roches volcaniques est rehaussé par les hauts murs percés de fenêtres étroites adaptés aux rigueurs des vents et des hivers.

Végétation, architecture et, dans une moindre mesure, paysages évoquent de façon inattendue la Corse. Faisant de l'Ardèche du sud une île en pleine terre. Caractère insulaire qui se retrouve aussi dans la psychologie de la population.

Mais rapidement cette austérité initiale cède le pas, ou plus exactement s'intègre, à un intense plaisir esthétique. On comprend bien ainsi l'attachement viscéral qui se manifeste chez ceux qui sont tombés sous le charme de cette région.

Et surtout à ces plaisirs esthétiques s'ajoutent ceux de la richesse des pratiques permises par la nature. Activités nautiques comme le kayak et le canyoning dans les gorges, l'escalade, le ski hivernal, le parapente, la randonnée... Offrent un menu pléthorique et inépuisable aux passionnés ou aux simple amateurs.

En conclusion l'Ardèche du sud se révèle être une « île » pittoresque, surprenante, et en finale attachante : à condition de garder les yeux grands ouverts non seulement l y fait bon vivre, mais elle donne envie d'y passer un bon moment.

Analyse critique du soi-disant "effet Dumas"

Analyse critique de "l'effet Dumas"

Ce titre synthétique ne représente pas complètement le contenu de ce document. Il est nécessaire de préciser que cette analyse ne porte que sur le corpus très restreint des pièces disponibles.

Il s'agit du contenu du site www.effetdumas.org et de la vidéo d'une expérience (Pour une raison mystérieuse ? Cette video a disparu du site actuel...) S'y ajoutent quelques commentaires glanés au cours de navigations rapides à partir de moteur de recherche.

Les informations du document papier distribué lors de la conférence de Joyeuse (début avril) sont identiques à celles que l'on retrouve sur le site, mais ce dernier, bien que sommaire, est plus complet.

Sur la forme

La présentation des informations, le vocabulaire, certaines allusions plus ou moins implicites représentent des « signatures » caractéristiques des « hoax » habituels (cf www.hoaxbuster.com) ou des articles que l'on trouve dans la presse (et maintenant sur les sites) sensationnalistes. Ce n'est pas en soi un motif de rejet, mais constitue cependant un faisceau d'indices intéressants.

Quelques exemples de ces signatures caractéristiques.

1) Les cautions scientifiques prétendues mais non prouvées

Les expériences (une seule en fait est présentée) sont censées s'être déroulées sous l'égide de « deux scientifiques de renom » Qui ne sont jamais identifiés. Pas de nom, ni de « curriculum » Ce type de caution floue est une signature quasi systématique des hoax.

2) Le recours à des « mots magiques » ou au « charabia » pseudo scientifique.

Qui souvent recouvrent des concepts mal compris par l'auteur, mais qui sont censés faire effet auprès du lecteur ou de l'auditeur.

- « L'énergie libre » : sans rapport avec son sens, très précis, en physique, représente ici une énergie « gratuite » fournie sans contrepartie par....L'Univers ? Ou autre chose ? C'est le vieux rêve des inventeurs des machines à mouvement perpétuel.

- « L'effet Casimir » (surtout évoqué comme caution dans les commentaires) Mais qui ne peut s'appliquer ici. L'effet Casimir est un effet quantique (autre mot magique!) qui apparaît entre deux miroirs placés à quelques fraction de microns l'un de l'autre. Nous somme très loin ici du domaine quantique qui ne concerne que le monde subatomique.

-« La fusion froide » C'est le « Graal » des physiciens. Comme son homologue « chaude » elle se traduit par un dégagement de radioactivité facile à identifier, et une production de produits de fusion souvent radioactifs également (deuterium, ….) Si elle est soupçonnée ici pour quoi ne pas avoir utilisé de compteur Geiger ? Peut être parce que l'énergie nucléaire c'est... Le diable ;-)

- « La résonance de l'eau » Encore un terme scientifique mal assimilé (ou détourné) La résonance est le phénomène d'amplification d'ondes (mécaniques, électromagnétiques...) qui apparaît lorsque l'on stimule un système oscillatoire à une fréquence spécifique (la fréquence de résonance du système) Un exemple bien connu est celui du pont suspendu que l'on pet faire craquer en marchant dessus au pas. Mais outre que ce phénomène ne produit pas d'énergie (au contraire il en consomme) l'eau n'est pas un système oscillant, du moins à la fréquence de 50 Hz qui est celle du courant électrique utilisé. Ces phénomènes n'apparaissent, et encore, dans l'eau qu'avec des fréquences de l'ordre du gigahertz, donc des millions de fois plus élevées. C'est d'ailleurs le principe de fonctionnement des fours à micro ondes qui bien sûr ne produisent pas non plus d'énergie.

3) Un peu d'ésotérisme

Les deux demi sphères doivent être séparées par une distance aussi proche que possible de 1,62 mm sinon cela « ne fonctionnera pas » et 1,62 c'est.... Le nombre d'Or !

Cela fait bien, c'est troublant et mystérieux ! Mais c'est hélas purement imaginaire car cela prouve surtout que Dumas ignore ce qu'est que le Nombre d'Or !

Ce nombre est une proportion (une fraction) entre deux longueurs. Comme toute proportion il ne dépend pas du système d'unité. Un rectangle d'or mesuré en millimètres, en coudées royales égyptiennes ou en années lumières aura toujours les mêmes proportions. Ici les 1,62 mm ne sont pas une proportion mais une distance mesurée avec un système d'unité qui fût inventé plus de deux milles ans après la découverte du nombre d'or.

Est-ce que cela veut dire que si l'on construit le résonateur de Dumas en Angleterre en prenant, comme il se doit, les mesures en inches il ne fonctionnerait pas, même si les appareils sont strictement identiques ?

Et comme par hasard on fait resurgir l'histoire magique de Nikola Tesla ! A revoir l'excellent film « Le Prestige »

4) Un soupçon de parano et d'angélisme.

Tout en mettant au défi les « Physiciens » de prouver que son expérience ne fonctionne pas, il n'hésite pas à revendiquer le soutien de certains d'entre eux, sans trop bien préciser qui ils sont.

C'est comme toujours un génie méconnu qui se voit étouffé par l'inertie de la communauté scientifique, voire par le complot des lobbies de l'énergie qui n'ont bien sûr pas intérêt à ce que cette découverte soit généralisée. Mais heureusement le génie méconnu, dans « sa grande humilité fait don de son invention à l'humanité »

Sur le fond

C'est le plus important. La forme ne peut induire que des doutes (même si dans ce cas les indices sont forts) Le fond est plus révélateur.

La machine est relativement simple. D'une conception presque « Shadockienne » ce qui n'est pas forcément une critique. A portée d'un bricoleur moyen et soigneux (il y a quand même quelques risques électriques et chimiques)

Au vu de sa fabrication elle a deux effets lorsqu'on l'alimente en électricité après l'avoir plongée dans un récipient d'eau : électrolyse de l'eau avec dégagement d'hydrogène et oxygène (mélange explosif !) et réchauffement par effet joule (comme une simple bouilloire)

Le résultat de l'expérience est présenté comme la preuve d'un rendement supérieur à un, c'est à dire une énergie produite supérieure à l'énergie consommée. Mais comment sont mesurées ces énergies ?

Energie consommée : c'est l'énergie électrique consommée, mesurée avec un wattmètre ce qui n'est pas forcément la meilleure option car il s'agit de mesures instantanées et le courant peut varier au cours de l'expérience. A la fin du test est annoncé une consommation « moyenne » de 1100 watts qui semble sous estimée au vu de ce que l'on peut lire sur le cadran du wattmètre. Nulle trace de calcul rigoureux de cette moyenne, annoncée rapidement, et qui semble donc être établie au « pifomètre »

C'est un premier risque de biais. Personnellement j'aurais (et si les scientifiques « caution » étaient des vrais il l'auraient fait aussi) utilisé un appareil « intégrateur » ou à défaut noté les différentes valeurs de courant et de tension à intervalles régulier, puis intégré l'ensemble.

Energie produite :

A noter que la part d'énergie utilisée imputable à la décomposition électrolytique de l'eau n'a pas été comptabilisée et c'est une deuxième erreur. Il aurait fallu mesurer les quantités d'hydrogène et d'oxygène produite, calculer l'énergie nécessaire à cette production et l'intégrer dans le bilan. A la rigueur l'utilisation d'eau distillée aurait pu minimiser cet effet.

L'énergie calorifique produite est estimée à partir de l'élévation de température de l'eau mesurée par un thermomètre, puis à partir des lois classiques de la thermodynamique en en déduisant le nombre de calories ou de joules correspondants.

J'aurais procédé de même, mais j'aurais utilisé, pour mesurer avec certitude la quantité de chaleur produite, un calorimètre.

Mais surtout il y a une grave erreur de calcul. La capacité calorifique du liquide chauffée est annoncée à 4800 joules par degré pour un litre d'eau.

Or en début d'expérience il est précisé que le fluide réchauffé est un mélange de 60 % d'huile et 40 % d'eau. Outre le fait que huile et eau sont quasiment non miscibles, les expérimentateurs oublient totalement que la capacité calorifique de l'huile est considérablement plus faible que celle de l'eau (environ 2000 sous réserve bien sûr de la nature exacte de l'huile utilisée qui n'est pas précisée) ce qui pour un mélange 60/40 donnerait une capacité moyenne de 3120 joules par degré soit 65 % de la valeur utilisée !!!! L'énergie produite est donc très fortement surestimée.

Je n'imagine pas que deux « scientifiques reconnus » aient pu laisser passer une telle bourde indigne même d'un étudiant de première année ;-)

En conclusion le manque de rigueur expérimental confirme l'impression donnée par la forme de la communication.

Les conclusions tirées de cette expérience ne sont donc pas acceptables. Il reste à déterminer si ces erreur proviennent d'une maladresse, d'un manque de savoir faire, ou d'une volonté d'arranger les résultats. Ne connaissant pas M. Dumas il est difficile de me prononcer, mais la « disparition » de la vidéo réalisée à Sophia permet de nourrir quelques doutes ;-)

vendredi 14 juin 2013

La route des ermites joviaux

Lundi 10 au jeudi 12 juin

Emis, photos incluses, depuis le train pour Bucarest : en Roumanie la 3G ce n'est pas cher et cela marche le feu de dieu !!!!

La première partie de ce billet est rédigée depuis une chambrette austère mais confortable au sein de l'ermitage de Sihla.





Nos héros au repos dans l'ermitage











Le minuscule monastère est situé à presque 1000 mètres d'altitude au milieu d'un anarchique chaos de rochers énormes dont certains surplombent de façon menaçante les bâtiments.

Quand tombera-t-il ? Et sur qui ?














Cela ne semble pas inquiéter la quelques dizaines de moines qui nous ont accueillis ici.

« Ah bon ? Vous vous installez dans les ordres maintenant ? »

Non ce n'est pas une prière, juste un rangement...



















Certes non ! Mais nous sommes arrivés à l'ermitage fort tard (17h30) après une longue marche pleine de fausses pistes et de recherches de chemins aux balisages folkloriques, inexistants, voire erronés. Il nous restait encore 8 km à parcourir, par des chemins incertains, pour atteindre Agapia, l'étape prévue pour le soir lorsque nous sommes passés devant la table d'hôte de l'ermitage...L'odeur de la potée aux choux a fait le reste.

Ici tout indique la rigueur du climat : d'énormes cheminées « poêle » dans la chambre, des réserves de bois conséquentes, et partout des doubles vitrages. Et l'accueil est aussi chaleureux que discret.

Mais comment en sommes nous arrivés là ? Et bien reprenons dans le bon sens.


Dépendage, non dépendation, zut dependature...Enfin bref descente du sac de nourriture
















La fin de l'épisode précédent de nos aventures nous a vu nous réveiller au cœur de la forêt pour découvrir, agréable surprise, que les ours avaient épargné notre petit déjeuner suspendu, selon les normes conseillées, à 3 mètres de haut dans un pin sylvestre situé à plus de 100 mètres sous le vent de la tente.

Matériel et sac rangés, une descente assez agréable au sein de la forêt, si ce n'est les habituelles traversées pénibles de chemins boueux ravagés par le passage de 4x4 laissant des ornières parfois incontournables et aussi hautes que nos genoux (après les chiens le 4x4 est le pire calvaire du randonneur) pour arriver sur le charmant monastère de Voronet.



Voronest












Caractérisé par les peintures parmi les plus fines que nous ayons vues, ses rouges réputés (le rouge Voronet!) et un autre impressionnant et vertigineux (pour moi) chemin de ronde en bois, c'est une visite plaisante.

L'objectif suivant était la région de Neamt au sud de la Moldavie où 5 ou 6 monastères groupés peuvent se visiter à pied en deux ou trois jours par un réseau de sentiers bien balisés (c'est du moins ce que l'on nous avait raconté)

Une succession d'auto stop (un chauffeur plutôt folklorique, maladroit et sympathique qui demandait son chemin tous les 100 mètres) de bus, de taxis, de marche bien sûr, tantôt sous le soleil, tantôt sous des pluies apocalyptiques, nous mena à une pension située à proximité du monastère de Neamt.


Symbole fréquent sur les murs de monastères : n'évoque t il pas celui des Francs Maçons ?













C'est dans ce dernier, caractérisé par cet étrange représentation maçonnique, que nous fîmes la connaissance de « Frère Grégoire, moine au français parfait, souriant vendeur redoutable (il avait travaillé dans le commerce avant d'être moine) et surtout extrêmement drôle, serviable chaleureux, capable de nous faire oublier les pluies torrentielles....


La carte n'est pas le territoire (extrait de la "Sémantique Générale")









Le lendemain, après un passage à la gendarmerie où l'on nous fournit avec beaucoup de gentillesse une carte des chemins balisés, très complète, sur le papier ! Nous nous lançâmes dans la longue errance qui devait nous mener à l'ermitage de Sihla.

Chemins, tours détours et erreurs scandés le plaisir de la visite de plusieurs petits ermitages et monastères moins ou pas référencés dans les guides et circuits et d'autant plus authentiques et naturels.



Secu charme et simplicité







Le charmant Secu et ses humbles offrandes,


<-Lutrins

Cheminée->











le mignon Sihastria et ses élégants lutrins aux formes d'oiseaux....

Puis après avoir erré une bonne heure en essayant de traverser sans succès un torrent boueux à la recherche du chemin « C'est sûr il est pas là » marqué de « ronds rouges », nous décidâmes d'abandonner ce raccourci en acceptant le « petit » détour de l'ascension vers Silha, au terme de la quelle se manifestât à nouveau le « miracle du randonneur ».

Une perte d'une bonne demi journée sur nos prévisions, mais probablement aussi l'évitement de quelques nouvelles fondrières de boues, d'errance dans les bois et qui sait, de rencontres d'ours où de loups.

Jeudi

Le volubile frère cuisinier ne nous laisse pas partir sans nous doter d'un sachet de chocolat « Francesca ! Ciocolote calda ! » et pour moi d'un café type Lucky Luke : celui où l'on peut faire flotter un fer à cheval.

Par courtoisie nous marchons une petite demi heure sur le chemin marqué de croix rouges, agréablement, et heureusement ! Présentes cette fois, avant de stopper pour un vrai petit déjeuner à la française : chocolat chaud au lait (en poudre) café, fruits divers et tartines de … Sardines à la sauce tomates. Oui il faut bien épuiser un peu les stocks et alléger les sacs.

Mic dejun de randonneur















Route de crête en pleine forêt, puis descente assez raide dans la vallée vers Agapia Veche. Ecrit ainsi cela paraît simple, mais cela génère quand même quelques recherches, parfois ardues et génératrices de longues discussions, pour retrouver les « croix rouges » après chacun des nombreux carrefours ou traversées de clairières.

En arrivant nous croisons le chemin balisé des fameux ronds rouges que nous avons cherché avec tant d'énergie la veille. Nous nous gardons de l'insulter : le randonneur est superstitieux, mais si nous avion le temps nous le suivrions bien pour voir où il débouche....

Agapia Veche ne doit pas recevoir beaucoup de visite : minuscule et, à part le chemin, uniquement piétonnier (et encore) que nous avons emprunté, une seule mauvaise route partiellement empierrée pour le relier au reste du monde.

Est-ce pour cela que l'accueil y semble si agréable ? La première femme rencontrée nous propose, du geste typiquement Roumain et maintenant familier de la main « sciant » l'estomac, de nous restaurer.


Agapia Veche Joli n'est-ce pas ?














Notre copain ermite jovial







Le plus étonnant c'est cependant un ermite, lancé dans une ronde sans fin autour de l'église, pieds nus, habillé d'une simple aube de tissu blanc déchirée à l'épaule et portant en sautoir ce qui ressemble à une médaille géante d'un poids extraordinaire (Ni Françoise ni moi ne sommes des mauviettes et il nous fût impossible de la soulever d'une seule main, nous l'avons estimé à environ 10 kg)

En revanche le silence ne semble pas faire partie de la pénitence ! A chaque tour d'église nous avons droit à un torrent de paroles, de sourires, de poignées de main...C'est ainsi, au fil des rotations, que nous apprenons que « Les Français et les Italiens sont les plus sympathiques puisque les plus bavards ! » Que Decebal est un prénom tout à fait historique, que....Et après avoir attiré notre attention sur nos chaussures et bas de pantalons encroûtés de boue, il s'amuse en remarquant que nous rapporterons de la terre Roumaine en France.

Au tour suivant, considérant nos sacs posés sur le sol, il nous avertit de bien les surveiller car « Les Roumains sont voleurs et on les voit de temps en temps arriver en voiture et piquer les sacs » et Enfin au dernier tour nous recevons le conseil de ne pas accepter de nourriture de la cuisine du monastère sous peine « d'avoir un gros ventre »....

Au temps pour l'image d'Epinal de l'ermite austère et taciturne.



Quitter Agapia









Le monastère suivant, Agapia tout court est à une demi heure de marche. Plus récent, plus touristique, l’intérêt en est très limité.

Il est temps de préparer la dernière étape... Marche, stop... Jusqu'à Targu Neamt où nous dénichons un bus pour une proche grande ville, Roman, sur le parcours du train de Bucarest.

Dans Roman, grande ville « soviétique », il faut « chasser » hôtels et restaurants...En revanche l'employée des chemins de fer est adorable. Nous sommes munis de deux billets pour joindre la capitale le lendemain. Ensuite longue attente à l'aéroport, vol de nuit pour Barcelone, puis le lendemain pour Lyon, ainsi vont les voies détournées des vols charters....

mercredi 12 juin 2013

Route des puits, route des ours

Samedi 8 au dimanche 9 juin

Vous avez voulu randonner, et bien vous allez en voir.... La petite voix tourne dans notre tête dès le départ de Sucevita en direction de Moldovista.

Il doit exister des sentiers permettant d'assurer le parcours que nous avons prévu sans avoir à trop emprunter la route. Mais hélas ils ne sont pas référencés et, compte tenu de l'ambiance météorologique nous nous abstenons de nous lancer dans nos exploits habituels : boussole et altimètre....

Nous suivons donc la route, heureusement très moyennement fréquentée. Cela permet également de contempler toute une succession de maisonnettes pimpantes, chacune ornée de son puits décoré.


Route des "puits"













Il semble que l'émulation règne puisque les ornements sont tous plus élégants et originaux les uns que les autres.



Préfabriqués



C'est aussi le pays du bois. Toutes les maisons bénéficient de murs en bois et souvent il en est de même pour les toits. Nous croisons même une entreprise de montage de chalets en énormes rondins assemblés comme les jeux de mon enfance. Nous pensons deviner qu'une fois montés, les éléments sont numérotés, puis re démontés afin d'être transportés sur leur lieu de livraison. Nous croiserons d'ailleurs de nombreux chalets de ce type. Indéniablement c'est du solide : le loup peut toujours souffler dessus, les petits cochons ne risquent rien.

Symbole






Comme la route escalade puis redescend dans la montagne, elle s'étire en nombreux et larges lacets. On peut deviner des raccourcis, parfois un peu acrobatiques et surtout très boueux, mais cela change.... Au col nous tombons sur un monument dont la signification, certainement hautement symbolique, nous intrigue. Françoise pense qu'il symbolise la construction de la route par la main de l'homme. Elle a sûrement raison.



La pluie tombe dru. Nous sortons l'équipement lourd. Housses de sac, vestes et pantalons de pluie... Nous ressemblons à des cosmonautes ruisselants... La route continue.



8 km avant d'arriver une voiture s'arrête spontanément à notre hauteur. Difficile de refuser. C'est un couple qui nous a déjà croisé dans l'autre sens et a eu pitié de nous. Très gentiment le chauffeur nous emmènera jusqu'au monastère de Moldovista, notre étape suivante après avoir déposé sa femme chez eux à mi-chemin.



Le stop est analogue à la fourniture de renseignements : il est d'autant plus efficace que l'on ne demande rien.





Moldovista







Le monastère de Moldovista est aussi richement couvert de peintures que ses homologues. Ici les peintures extérieures sont particulièrement en bon état, et l'on reconnaît sans difficulté les « classiques » comme le siège de Constantinople et le jugement dernier. S'y ajoutent des théories de saints, de familles royales (Etienne le grand) et même de décapitations.

Originalité de celui-ci : un vertigineux chemin de ronde en bois surtout lorsque l'on regarde entre les planches.

Le trajet en voiture nous a donné pas mal d'

avance. Nous décidons donc de continuer à pied dans la direction du monastère suivant et de trouver un hébergement sur la route.





Des p'tits tas encore des p'tits tas










Après la « symphonie » de puits, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer les différentes collections de tas de bois. Tous rangés avec une extrême minutie, il y a une exposition des différentes « écoles » : en forme de hutte pointue, en long, en rond.....

Le soleil décline avec nos forces. Dans cette région le moindre mètre carré est privé et tout les terrains sont clos de palissades (oui en bois!) On pourrait sûrement camper mais … On a la flemme d'aller négocier une autorisation. Une pensiunae arrive à point nommé.


Dimanche

Ce dimanche matin s'accompagne d'un beau soleil. Idéal pour recharger, au propre et au figuré, nos batteries. Enfin quand les chargeurs solaires daignent fonctionner.



Mais où est Renard ?











Une assez longue route en direction du monastère suivant. Pour les douze premiers kilomètres il n'est pas possible de couper : il faut suivre la vallée où se concentrent la route, la voie ferrée et la rivière. Cela implique la gêne du passage des véhicules, mais en contrepartie quelques rencontres agréables : des nids de cigognes, des habitants aimables et souriants, quelques clochers pittoresques, toujours des puits....




Puis nous pouvons enfin abandonner la route et grimper dans la montagne, retrouver nos habitudes. Bientôt l'orage quotidien menace et gronde. Il est temps de monter la tente et d'installer le campement auprès du ruisseau salle de bain / boisson (nous ne sommes pas très sûrs de la qualité de l'eau, mais les pastilles de micropur suffiront pour nous assurer d'une soupe de nouille agréable et saine.




retour à l'hôtel













Ours grimperas tu ?








La présence de loups et surtout d'ours est possible. Toute la nourriture et les crèmes odorantes sont réunies dans des sacs, accrochés à plus de trois mètres de haut dans un arbre distant d'une centaine de mètres. Cette fois nous resterons seuls toute la nuit et personne ne nous volera

samedi 8 juin 2013

Monastering in the rain

Mercredi 4 juin au vendredi 7 juin

La gare de Suceava est très éloignée du centre ville, mais en suivant le flot des passagers qui descendent avec nous il est aisé de trouver le bus qui va nous déposer au cœur de la cité. Descente un arrêt trop loin, mais c'est un bien car cela nous fait tomber sur un centre d'information touristique. L'employé, particulièrement chaleureux et compétent (et aussi doté des redoutables yeux verts roumains qui fascinent tant Françoise) nous fournit cartes, conseils et petits trucs de randonneurs particulièrement utiles.

Après dépôt des bagages dans une pensiune assez facilement trouvée, il reste suffisamment de temps pour une visite conséquente des quelques principaux points d'intérêts de la ville.




Deux ou trois églises peintes, quelques jolies fresques, un magnifique lutrin tout de cuir garni....Puis ce sera une assez longue promenade dans la forêt jouxtant la ville, pour, sur les conseils du bellâtre aux yeux verts, atteindre la citadelle construite bien sûr par l'incontournable Stéphane le Grand, le « père » de la Roumanie dont une autre énorme statue équestre domine les lieux.

Au retour visite d'un autre monastère, jouxté par un séminaire orthodoxe d'où nous verrons sortir un élève, magnifique barbe rousse en avant, pour s'engouffrer dans une superbe et luxueuse Toyata noire, bientôt suivi par quelques consoeurs utilisant de non moins luxueuses berlines. L'église orthodoxe semble à l'abri du besoin.




Chaleureux dîner, près d'une étonnante maison au toit traversé par l'arbre voisin.










Jeudi

Avant le départ pour le nord de la Bucovine, il reste quelques heures pour visiter le monastère de Dragomei situé à une douzaine de kilomètres du centre ville. Ce sera en taxi après avoir vainement attendu le bus censé y conduire. Au prix des taxis il serait bête de s'en priver.

Amusante peinture de la descente aux enfers... On en retrouvera l'équivalent partout. En fait les peintures de églises et monastères de a région sont des représentations iconographiques de tous les chapitres imaginables de la bible, destinés aux fidèles illettrés de l'époque.






Descente aux enfers ->














Il n'y a pas de bus pour Putna notre prochaine étape. Il faut viser une ville intermédiaire où nous devrons courir un peu partout de gare routière en gare routière pour tenter de dénicher un autre bus pour Putna. On ne le trouve pas directement, mais le chauffeur d'un autre bus nous propose de nous déposer à un carrefour situé à « trois kilomètres » de notre lieu de destination. On embarque, mais à l'arrivée nous découvrons qu'il en reste en fait 12 !

Ce n'est pas dramatique. Le stop marche bien en Roumanie. Après avoir marché à peine un petit kilomètre, nous sommes pris par un jeune Roumain, travaillant à Liège, mais en vacances dans la région.

Nouvelle visite de monastère.....

Puis nous nous mettons en chasse d'un terrain pour camper. L'orage menace, il faut se dépêcher.... Conseillé par un paysan du coin, nous optons pour une petite plate-forme à l'abri des invasions liquides des orages.

La tente à peine montée, le site défendu contre la curiosité des vaches voisines, le déluge et les éclairs se déchaînent. Nous passons le temps et le dîner sous un petit abri voisin où nous sommes rejoints par un « professeur de français quelque peu bavard et … abscons. On arrive avec un peu de difficultés à lui







faire comprendre que nous désirons nous coucher.

Nuit tempétueuse, mais la tente résiste bien. Seul incident, un chien nous dérobe pendant la nuit le magnifique morceau de jambon que nous réservions pour des jours difficiles.. Décidément !

Vendredi

La pluie s'est calmé. Cette accalmie nous permet de replier sereinement la tente, ranger les affaires et nous offrir un solide petit déjeuner (sans jambon snif!) avant de reprendre la route.

Nous avions pas mal hésité la veille sur le chemin à prendre. Mêlant renseignements recueillis la veille à l'office du tourisme (le bellâtre) interprétations des cartes fournies par Google Maps, et supputations personnelles. Notre visiteur de la veille avait également tenté de nous renseigner, mais ses informations ne paraissaient pas vraiment fiables. Nous nous fions donc à notre instinct, mais à peine 100 mètres après, une femme nous voyons passer chargés de nos lourds sacs nous indique spontanément tous les détails du chemin que nous aurons à parcourir.





Charrettes et futaies











Nouvelle manifestation du miracle du randonneur : inutile de demander, il suffit d'avancer... La confirmation vient toute seule.

Une vingtaine de kilomètres de marche d'abord sur un large chemin serpentant entre de douces collines et parcouru par d’innombrables charrettes à cheval utilisés par les forestiers. La région est magnifique. Puis, cela faisait longtemps ! Nous attaquons une brutale montée à flanc de colline afin de passer dans une autre vallée.

Le paysage change complètement. Nous traversons des futaies dont les cimes semblent toucher le ciel, nimbées de vapeur blanches de brume. Féerique.... Mais heureusement ni ours ni loup....

Arrivée à 15h00 à Sucevita... Nouveau monastère, le plus beau depuis le départ....


















Puit typique














Et de nouveau la pluie...... Ce soir ce sera hôtel. Et bien nous en prend car la carte du restaurant se révèle fabuleuse.... Après tout il faut parfois savoir ne pas camper...

mercredi 5 juin 2013

Klouk (Non cela ne se mange pas)

Dimanche 2 au lundi 3 juin 2013

Cluj-Napoca.

Il nous a bien fallu une journée pour arrêter de ricaner comme des demeurés en prononçant le nom (Cluj se prononce Kluk) de cette énième deuxième cité de Roumanie. Comme ses « consoeurs » Sibiu, Brasov.... C'est également une ancienne cité germanique, ce que confirme l'architecture «solide » et assez rationnelle de certaines maisons et surtout des remparts résiduels.

Ce paysage urbain ressemble donc à celui de Sibiu, et nous ne sommes pas désorientés. En revanche la cité développe deux autres caractéristiques, déjà présentes dans les villes précédentes, mais beaucoup plus marquées ici.




Cathédrales.....


















Tout d'abord l'incroyable profusion d'installations hospitalières et médicales. Dentistes, cliniques, pharmacies, maisons de soins, toutes arborant des publicités à qui mieux mieux. On peut même en découvrir sur les paliers de certains hôtels. Nous n'avons pas réellement creusé la question, mais il est évident que cette abondance dépasse les besoins locaux. Nous en concluons donc qu'il doit s'agir d'une implantation destinée au « tourisme médical »





Fac spéleo














Ensuite Cluj est aussi une ville universitaire. Dans le centre et en première couronne, on découvre à chaque coin de rue universités, facs, écoles publiques et privées. Bien sûr pour faire lien avec ce qui précède, des facs de médecine, pharmacie, …. Mais aussi une étonnante (ce serait la seule en Europe) fac de.... Spéléologie...

Cette présence universitaire confère aux déambulations en ville un caractère très relaxant. Beaucoup d'étudiants devisant, vélos, cafés.... Une agréable ambiance quartier latin, avec (un peu) moins de touristes.

De surcroît notre arrivée coïncide avec la tenue du festival international de cinéma de Cluj, ce qui ajoute au caractère culturel des promenades : manifestations, conférences, écrans géants diffusant des extraits de la programmation, y compris une surprenante tournée de Patricia Kass chantant Edith Piaf.




Hommage (discret et léger) à Martial le héros local










Pour ne pas être en reste nous ajouterons à nos déambulation la visite du musée ethnographique de la ville, assez bien documenté en anglais, exposant de nombreux outils, accessoires et vêtements utilisés par les paysans de la région lors des deux ou trois derniers siècles. Dans un coin un étonnant bloc d'aluminium usiné, découvert au milieu d'un gisement d'ossements néandertaliens, présence anachronique qui a, on le comprend, beaucoup troublé les archéologues.

Une autre caractéristique, commune celle-ci avec les autres villes visitée, est l'omniprésence des différentes confessions chrétiennes à travers une pléthore d'églises et de cathédrales. Catholiques, Catholiques Grecques, Orthodoxes, Réformées..... Un vrai catalogue. Les roumains sont d'ailleurs très pieux et passent leur temps à se signer de toute les façons possibles.

Comme à Sibiu, il est agréable de flâner dans les rues, découvrant de jolies maisons colorées, une immense cathédrale, des bâtiments parfois mastocs, parfois kitchs, toujours intéressants, lorsqu'ils ne sont pas masqués par la forêts de fils électriques aériens, câbles de tram et trolleybus.... Embrouillamini presque Indien !

Arrivés sous une pluie battante, nous repartirons presque de même pour une assez longue traversée d'ouest en est en train de nuit en direction de la province de Bucovine, après bien sûr de nouvelles expériences culinaires locales.

Ciorba et Polenta













Nuit calme, seulement marquée par la disparition de mon opinel, très probablement subtilisé par nos compagnons de compartiment, un couple âgé.... Nous sommes décidément marqués !!!



lundi





Monastere Galata











Nous arrivons à Iasi, capitale de la Moldavie, et....(on ne rit pas) deuxième ville du pays, sous la pluie....

Longues visites et promenades. Nous commençons un peu à saturer des séjours urbains. Toutefois nous succomberons aux démons de la marche en explorant longuement la banlieue sud où se trouvent deux jolis monastères, histoire de nous mettre en appétit pour les jours suivants.

Orage monstrueux en soirée nous obligeant à abandonner la découverte d'un, parît il excellent restaurant, pour nous replier, en taxi (ici c'est aussi modique qu'en Asie) juste en face de l'hôtel











Mardi

Départ en train pour Suceava (encore un nom qui provoque, on se demande bien pourquoi, notre hilarité)

Plus sérieusement ce sera une base de départ pour plusieurs jours de randonnées, camping au travers des villages de Bucovine à la découvertes des fameux monastères peints. Nous risquons de pas mal marcher encore, mais là les altitudes sont beaucoup plus modestes.

Prochains billets probablement plus tard car fatigue de la marche et peut être difficulté à trouver de la 3G.... Quoique on est souvent surpris : ce billet là est par exemple émis depuis le train....

lundi 3 juin 2013

Dans les profondeurs transylvaniennes rurales

Vendredi 31 mai au dimanche deux juin 2013

Deux grands vrais lits..... Le bonheur tient à peu de choses ! Nous n'avons pourtant pas si bien dormi que cela : sommeil troublé par trop de fatigue et de crampes à effacer ? Couettes un peu trop rêches (deviendrait-on pinailleurs?)



Pourtant l'hôtel semble quasi neuf, silencieux hormis les vols fugaces des hirondelles qui viennent nous saluer à la fenêtre.

Il dispose d'une immense terrasse que nous transformons sans vergogne en salle à manger personnelle : le camping gaz ne fait pas partie des objets volés et nous avons pu acheter une casserole à la boutique du bas. Cette fois la soupe au nouilles peut s'agrémenter de fruits et légumes frais aux saveurs plus qu'authentiques.

Terrasse







De la haut nous jouissons d'une vue magnifique sur le village, le petit lac et l'environnement de vergers et collines. Le ciel, souvent chargé, crée pour nous des écrins de couleurs inattendues.


















Nous sommes toujours les seuls occupants. L'hôtel a bien été ouvert pour nous. Heureusement la patronne ne fait aucune difficulté pour nous recevoir une nuit de plus.

Ce sera une journée de promenades et découvertes nonchalantes. Le petit cimetière, quelque peu encombré, ne révélera aucune inscription tombale portant le patronyme « Udrea » Et une gentille secrétaire de mairie, ne trouvera pas non plus de trace « résiduelle » de présence de la famille Udrea. Il est probable, qu'à l'image de ses enfants, mon père était plutôt du genre vibrion !

Mais, comme évoqué plus haut, Nucsuoara possède ses intérêts touristiques intrinsèques.

<-Autels

Ruches mobiles ->





Maisons pleines de charmes, souvent neuves et très coquettes, paysannes en fichu, petits autels ou oratoires abrités dans des cabanes couvertes de  peintures naïves (La Transylvanie en recèle une quantité invraisemblable à chaque coin de rue ou de route, et nombreuses sont les personnes qui se signent en passant devant.


En sortant du village on tombe sur une zone de vergers qui semble sans fin. Nous y découvrons d'astucieux supports pyramidaux assemblés à partir de piquets de bois, qui, nous le découvrirons plus tard, sont utilisés comme bases de meules de foin. Nous en notons les modèles, bien décidés à construire les mêmes à Tauriers !






En plein champs des camions supportent des boîtes colorées empilées. Nous en avions déjà vu les jours précédents, pensant, sans certitude, qu'il s'agissait de ruches « mobiles » Nous en avons désormais la confirmation.




L'après midi se poursuit par la « fêtes des enfants »





Maison commune











successions de jeux, de danses et chants interprétés par des gamins en costumes folkloriques dans la cour de la « Maison Communale » Ces maisons, probable héritage (ils ne sont pas tous négatifs!) de l'ère communiste se trouvent dans la moindre localité. Celle-ci héberge, entre autres, une bibliothèque fournie mais dont le classement va nécessiter encore quelques efforts.

Samedi et Dimanche

Après une deuxième nuit, vraiment réparatrice cette fois et un dernier « mic-dejeun » sur notre terrasse privée nous voilà repartis en direction de Sibiu. En fait nous visons xxxx, ville moyenne où il existe une gare routière conséquente. Pour cela il faut attraper un bus sur la « grande » route, 3 km plus bas. Avec la gentillesse naturelle des Roumains notre hôte refuse de nous voir partir à pied et sort sa voiture pour nous déposer au plus proche arrêt de bus.

Tout se déroulera comme prévu.... l'heure prévue un minibus surgit des profondeurs de la campagne et nous dépose à Pitesti, d'où après une courte attente « déjeuner » nous trouverons un nouveau bus pour Sibiu, l'une des grandes villes de Transylvanie.

Sibiu sera atteinte en fin de journée, au terme d'une alternance de traversées de paysages agrestes, vergers et pâturages, et de reliefs plus sauvages comme les gorges profondes de la rivière Ost.









Comme à l'habitude, une belle pluie d'orage sera là pour nous aiguillonner lors de la recherche d'un hébergement... On en a vu d'autres... Nous trouverons....


Que dire de Sibiu. C'est encore une belle ville de Transylvanie, riche de culture et d'animation estudiantine, un bel ancien centre ville moyenâgeux d'origine allemande, un peu comme Brasov.... Alors quelques photos....Cherchez quand même le gag estudiantin......
























































Le lendemain ce sera de nouveau bus.... Pour … Cluj Napoca (comme cela se prononce!!!) d'ou nous comptons attraper un train de nui afin de passer complètement à l'est en direction de la Moldavie pour aller admirer églises et monastères peints...

vendredi 31 mai 2013

We survived !

Mardi 28 mai au jeudi 30 mai

Il nous reste à parcourir la dernière étape Voina vers Nuocsoara. Nous savons que c'est la plus incertaine car les cartes sont imprécises et les sentiers que nous pourrons emprunter ne sont pas majoritairement des sentiers de randonnée, donc inutile de s'attendre au balisage ni à un entretien soigné.

Françoise, en montagnarde expérimentée, me propose deux ou trois options différentes : Nuocsoara se trouve au delà de 4 ou 5 épaulements très élevés qui descendent de la chaîne des Multii Izer. Nous pouvons choisir de passer par le bas, mais les détours sont considérables et représentent au minimum 3 jours de marche.

Nous pouvons passer par la crête (2450 mètres). Mes craintes de la montagne, vertige inclus, me poussent à refuser cette option, pourtant la plus courte car elle évite les détours.

Reste une option à altitude moyenne sur la quelle nous tombons d'accord, mais les chemins ne sont pas évidents à trouver. Nous ne savons même pas si ils existent car ils différent d'une carte à l'autre.

C'est parti....

Et pour ne pas changer nous nous payons une grimpette monstrueuse à au moins 30 ou 40 degrés parfois, depuis les 900 mètres du refuge jusqu'à 1750, étape où nous devrions commencer à chercher le chemin intermédiaire. Sous la charge des sacs, chargés en plus de nos affaires et du matériel de camping, de nourriture pour trois jours, le souffle est court, le cœur pompe... Mais les machines sont encore en bon état.

Une cabane de berger. Trois hommes dont l'un au yeux verts magnifiques qui impressionne beaucoup Françoise, nous donnent leur opinion sur les sentiers à suivre. Au début cela semble à peu près clair, et puis nous commettons l'erreur de leur montrer la carte, et là tout tourne à la confusion....

<- Discussion autour d'une carte









Nous nous éloignons un peu, c'est à dire grimpons d'une centaine de mètres, pour réfléchir et nous concerter.

Devant les grosses incertitudes de la voie moyenne, et considérant que nous sommes en autonomie pour au moins deux jours en montagne, nous décidons de choisir l'option de la crête, certainement plus facile à reconnaître avec moins de risque de nous perdre. Cela m'effraie un peu, mais j'ai confiance en ma partenaire.

C'est reparti pour la grimpette. Petit à petit nous arrivons au premier sommet à 2350 mètres, marqué par des sortes de Chortens et de nombreux névés. Premières boules de neige et traversées dans la neige que nous entreprenons avec un plaisir de gosse... Si je savais !

Une longue marche plus à plat cette fois, mais il y a encore le dernier col à passer : 2450, et le vent souffle violemment apportant des bandes de nuages qui coulent comme de l'eau de chaque côté de l'arrête.

Nous devons nous dépêcher afin d'entamer la redescente de l'autre côté du versant afin de trouver un lieu de bivouac moins inconfortable.

Cela se présente bien : le chemin est large, la descente légère et nous marchons rapidement.

Et soudain c'est, pour moi, un moment de franche panique. Un névé incliné à 45 degré ferme le chemin. Il faut le traverser en diagonale, bravant le vide. Si l'on dérape c'est la chute, probablement mortelle. Françoise ne dit rien et commence à tracer des marches dans la neige. Je suis... Les yeux rivés sur chaque marche, m'obligeant pour ne pas penser au vide à compter les pas. 50 et ce n'est pas fini.... On continue.

<-Traversée de la mort








Ouf ! retour sur le chemin. Je tremble un peu, mon cœur bât la chamade. Merci Françoise, sans toi je ne serais jamais passé, terrorisé par le vertige et la peur.

Je me remets doucement et.... 100 mètres plus loin un nouveau névé !

Nous avons perdu beaucoup de temps dans cette traversée, et devons nous contenter d'une protection sommaire derrière un épaulement de terrain pour le bivouac. Dîner, un peu spécial faut-il l'avouer puisque au lieu d'un sachet de soupe nous avons utilisé un concentré de sauce hyper salé...Ensuite nous allons planquer à une centaine de mètres, bien emballés et protégés par de lourdes pierres, notre reliquat de nourriture, et tous les produits odorants, ce qui inclut les affaires de toilette, afin de ne pas attirer les ours.

Bivouac_>






La tente est secouée toute la nuit par le vent, nous crevons de soif relativement à la soupe, mais nous arrivons tant bien que mal à trouver un peu de repos, réveillés vers 5h30 par le passage d'un troupeau.

Mauvaise surprise au lever au moment où nous voulons préparer le petit déjeuner : le ou les bergers passés cette nuit ont subtilisé nos paquets. Plus d'affaire de toilette ce n'est pas un drame, mais plus de nourriture c'est plus grave : il nous reste une journée de marche en montagne.... Au temps pour la solidarité !

Il faut bien se résigner. Nous rangeons les affaires, plions la tente, et reprenons la descente. C'est long, long, surtout le ventre vide. Heureusement nous avons de l'eau.

Source










Ce n'est pas notre jour, nous perdons la carte et devons continuer de mémoire avec l'aide, toute relative car imprécise ici, de google map...

Nous savons qu'à 1700 mètres nous devons quitter le chemin principal pour rejoindre transversalement une autre arête. Justement à cette altitude un chemin part dans la bonne direction. Nous le suivons jusqu'à tomber sur une dense lisière de forêt.... Nous choisissons, probablement imprudemment, de poursuivre la descente (raide comme à l'habitude) et en se frayant le passage entre les branches entremêlées de sapins. Nous espérons arriver au fond de la vallée et suivre le lit de la rivière qui l'a creusée pour gagner un autre chemin.

Hélas beaucoup beaucoup beaucoup plus bas nous nous retrouvons coincés au sein d'un monstrueux chaos de rochers. Impossible de suivre la rivière. Bref moment de découragement, mais il faut bien, malgré l'épuisement, remonter, ou rester mourir en bas ! C'est long, difficile... Le miracle du randonneur ne nous a pas abandonné et nous retrouvons la route initiale après deux bonnes heures perdues et épuisantes.

A plus basse altitude nous commençons à rencontrer du monde : une carriole, suivi d'une meute de chiens, qui remonte probablement des provisions pour les bergers d'altitudes (ils n'ont pas eu assez des nôtres?)

Autostop





Puis une camionnette un peu kamikaze qui nous prends en charge sur quelques kilomètres de repos bienvenu, et surtout nous dépose à un croisement en nous indiquant la route de Nuocsoara.

Heureusement qu'ils nous l'avaient confirmé, car au bout d'un kilomètre le chemin se termine par un ruisseau encaissé qu'il faut descendre en sautant parfois de pierre en pierre.

Nous y rencontrons un agneau perdu ou abandonné par un troupeau... Que faire ? Trop lourd pour nous ! Nous ne pouvons que l'abandonner à son sort : ce sera le repas d'un ours ou des loups... C'est la vie !

Et puis nous devons aussi penser à notre propre peau : le ruisseau s'encaisse de plus en plus au sein d'une forêt épaisse, l'obscurité arrive... Françoise s'est écorchée et saigne, et bientôt les vampires vont se réveiller et ….

                             Agneau casse croute







Et soudain miracle : le ruisseau devient chemin, le chemin route.... Il reste 7 kilomètres de marche robotisée et puis un vol de plusieurs dizaines (centaines ?) de cigognes, annonce Slatina, la première ville, la première épicerie que nous dévalisons presque....

Slatina










Nous pourrions camper dans les environs, mais l'orage menace, et la tentation d'une pension avec un bon lit et une douche est trop forte... Nous poursuivons encore 4 kilomètres jusqu'à Nuocsoara alors que l'orage est de plus en plus menaçant.

Notre arrivée fait un peu sensation. Un homme plutôt volubile, ne nous lâche plus jusqu'à nous conduire jusqu'à un magasin d'alimentation qui tient une « pensiune » Elle semble fermée, mais finalement elle ouvrira pour nous.

Encore le miracle : un orage monstrueux éclate....Heureusement que nous n'avons pas bivouaqué.

Nous ne mangerons que sur le pouce... Mais la nuit sera l'une des meilleures que nous ayons vécues depuis longtemps.


Nuocsoara












Le lendemain sera, fatigue et orages obligent, consacré à une longue balade paresseuse dans la ville, ses vergers, visitant les ruches itinérantes qui semblent une spécialité de la région, les bâtiments, cimetière et mairie pour essayer de retrouver, sans succès malgré la gentillesse d'une secrétaire de mairie francophone, trace d'autres membres de ma famille.

Ce n'est pas grave : la ville, totalement en dehors des circuits touristiques, est superbe... Probablement bien plus authentique que les « Draculae cities » voisines.

Nous sommes des warriors !

Lundi 27 mai

Départ sous des auspices pluvieuses, mais finalement ce ne sera pas si mal.

Drago, notre hôte, a du mal à nous laisser partir sans que nous ne lui ayons confirmé une dizaine de fois la qualité de son accueil.... Il nous accorde même une réduction sur le prix des chambres (qu'il avait certes un peu gonflé la veille) et la gratuité du repas.

Nous nous fourvoyons un peu pour trouver la route initiale, ce qui nous vaut un traversée plutôt humide de prairies et quelques rencontres avec des chiens aux crocs menaçants, mais cela se règle sans trop de dégâts.

Longue route d'approche bordée de résidences et de pensions blotties dans la vallée au pied de «Pietrei Craiului » une petite chaîne montagneuse encore bien enneigée.

Portails sculptés, petits troupeaux de chèvres et de montagne, passages de paysans en tracteurs ou carrioles à cheval. C'est l'image typique que nous nous faisions de la Transylvanie, mais, pour ma part, je n'imaginais pas les montagnes si élevées.

Pietrei Craiului (Pierre du Prince) ->











La suite de la randonnée est beaucoup plus ardue. Nous devons affronter une dénivelée de 500 mètres à près de 30 ou parfois 40 % de pente, et avec les lourds sacs, cela devient très physique, d'autant que les pluies précédentes ont laissé le terrain très glissant.

<_ Rando jungle









Heureusement la récompense arrive sur le sommet avec une vue superbe sur la chaîne montagneuse que nous gravirons, peut être si nous trouvons le chemin, dans les jours suivants.

Suit une marche sur la crête rendu parfois éprouvante par la présence d'énormes troncs abattus par des tempêtes précédentes en travers du chemin, ils faut littéralement les escalader uns par uns et bien sûr la vitesse de progression s'en ressent, puis au sein d'une pinède profonde où Françoise et moi ne pouvons nous empêcher de lancer de grands appels pour prévenir des ours éventuels de notre arrivée.... Mais ils resteront heureusement discrets.

Juste après avoir rencontré une cabane de berger, abri sommaire mais qui peut être bien utile, nous sommes embarqué dans une descente vertigineuse, encore plus casse gueule que les montées précédentes avant d'atteindre le refuge que nous visions pour la nuit.

Nous sommes les seuls utilisateurs de « Garofita » Dortoir très agréable, cuisine à disposition avec quelques restes laissés par les prédécesseurs, « salle de bain » fraîche et tonique, les WC sont à l'avenant.... Mais ce n'est qu'un refuge, et la vue est splendide. Le gardien est un vrai solitaire : taciturne et calme, il doit n'avoir le plus souvent que la compagnie de ses deux chiens (pour éloigner les ours) et d'une chatte.

   La salle de bain






Ce dernier, après quelques hésitations, finit par céder au charme de Françoise, nous dévoile quelques secrets d'itinéraires qui pourraient bien nous être utiles pour les étapes suivantes. Il nous avertit toutefois : il vous faudra 12 heures de marche -(Nous avons l'habitude!) mais vous allez vous perdre ! Nous ne nous en inquiétons pas trop, habitués à nous voir prévoir les pires dangers et difficultés, mais nous ignorons encore que nous avons fait la partie la plus facile de notre traversée.

Pour le dîner, ce sera une soupe de pâte concoctée par Françoise. C'est de la nourriture pour randonneur : on pourrait y faire tenir droit nos bâtons de marche.


Nuit calme. Le dortoir est chauffé, même surchauffé par l'une de ces magnifiques cheminées de pierre closes que nous trouvons un peu partout dans la région et qui allie à l'esthétique une indéniable efficacité.

Chauffage au bois


















Mardi 28 mai

Nous quittons le refuge de Garofita pour joindre celui de Voina. Nous avons encore les paroles du gardien en mémoire : il vous faudra 12 heures, mais (de toute façon?) vous allez vous perdre.

Au début tout paraît facile : le chemin est plat et généreusement balisé de triangles rouges. Le premier croisement n'est pas trop difficile à dénicher, mais très vite nous nous retrouvons en plein champs et bien sûr le balisage n'apparaît plus qu'à de très rares occasions, et évidemment comme à l'habitude, cela grimpe plutôt raide ! Heureusement nous rencontrons quelques bergers qui semblent connaître les chemins pour se rendre à Voina, même si leurs explications sont parfois un peu nébuleuses.

Plus d'une fois nous devrons errer au travers de prairies où le chemin a disparu pour retrouver une improbable marque de balisage à l'entrée de la forêt suivante, chaos de troncs et de branches emmêlés. Nous retrouvons les mêmes difficultés que la veille.

Pour se perdre nous nous perdons, mais petit à petit, conjuguant les ressources de la carte plutôt imprécise (la moitié de notre chemin se trouve dans le cartouche qui donne les légendes!) et de google map, quelques traversées à l'estime nous arrivons sur une éminence d'où nous découvrons, fugitivement, au loin le col Tefeleica qui constitue l'un des points de passages remarquable de notre route.

Ou est donc le chemin ?







Heureusement que nous avons eu cet aperçu, car la suite de la route est un petit enfer de branches cassées et entassées : jamais nous n'aurions eu le courage de continuer sans la certitude d'être, à peu près, dans la bonne direction.

Il nous faudra deux heures de bataille acharnée pour arriver au col....Nous commençons à ressentir les effets de la fatigue, mais il reste pas mal de chemin.

Ou est le chemin ? (bis)











Nous redescendons du col pour entamer derechef l'ascension, terrible évidemment, du suivant. Puis une longue, très longue descente vertigineuse vers la vallée suivante, et encore un long chemin, heureusement plat cette fois, car, épuisés, nous avançons comme des zombies, nous encourageant mutuellement : « Oui nous l'avons fait nous sommes des « warriors » ! Présomptueux ? Non ! Nous avons tous les deux l'expérience de randonnées difficiles (Françoise encore plus que moi) et celle là fait partie du « top »

Le refuge de Voina est là au bout de onze heures trente de dur cheminement, comme nous l'avait annoncé le gardien, mais avait-il compté les retards dus aux égarements dans cette estimation ?

Le miracle du randonneur est là de nouveau : le « refuge », accessible par la route du côté opposé à celui où nous sommes arrivés, est en fait un véritable hôtel avec une chambre confortable, douche chaude, et un restaurant où nous nous empiffrons de ciorba et de polenta...

Le repos du guerrier !!! Nous sommes heureux ! Mais surtout nous ignorons encore  la suite !!

Un premier bilan positif s'impose :

Nous avons la forme et sommes capables de venir à bout d'épreuves difficiles. Nous négocions bien les choix et les options , les engueulades sont inexistantes et nous restons très solidaires.

Nous n'avons pas rencontré d'ours !





Voina welcome ! (rangez les crocs)













Finalement les chiens de troupeaux, qui nous inquiétaient au moins autant que les ours, ne nous ont pas bouffé : certes ils montrent des crocs monstrueux et jouent l'intimidation, mais dès que l'on a pu saluer le berger et entamer la conversation, ce dernier les calme : c'est une tactique efficace à connaître et à suivre.

Encore faut il qu'il y ait un berger....

dimanche 26 mai 2013

Les miracles du randonneur

Jeudi 23 au vendredi 24 mai 2013

Et voilà. Nous avons quitté la capitale pour la Transylvanie. Brasov reste une ville importante : la seconde de Roumanie. C'est de nos jours une ville industrielle encerclant une ancienne cité construite au moyen âge par des résidents allemands (elle s'appelait alors Kronstadt) et c'est bien sûr cette partie qui offre le plus d'intérêt.

L'immense (une de plus grande d'Europe) église orthodoxe « noire » ainsi nommée à cause de la couleur des pierres touchées par un ancien incendie, domine la place centrale. Il reste de belles maisons bourgeoises et même quelques petits châteaux, à l'intérieur d'un cercle fortifié fermé par une porte qui limitait l'accès de la ville « allemande » aux Roumains cantonnés à l'extérieur.

La ville est dominée par une montagne abrupte. 400 mètres de quasi falaise au sommet de la quelle de grandes lettres blanches écrivent, à la façon Hollywood, le nom de la ville. Un téléphérique y amène les touristes friands de la vue sur la vallée et sur les premiers contreforts des Carpates. Mais nous savons déjà que pour nous ce sera une montée à pied....

Arrivés à Brasov sous une pluie battante, nous n'avons pas trop cherché à finasser pour trouver un logement. Le premier croisé, confortable mais un peu cher, fera l'affaire. Il nous permettra de poser nos affaires, pour visiter tranquillement la ville et découvrir en paix notre premier restaurant de vrai cuisine Roumaine. Ciorbas (soupes) pour nous deux... Délicieuses. La mienne est servie à l'intérieur d'un énorme pain creusé.

Pour le deuxième jour nous avons la bonne surprise d'une invitation de couchsurfer. C'est l'une des premières expériences de Vlad mais l'accueil n'en est pas moins parfait. Une belle maison dans la quelle il nous a réservé une chambre pour notre usage unique, et une invitation à partager un barbecue avec une bande d'amis, tous issus de la même école mais avec des parcours bien différents. Vlad travaille dans la video, son frère est encore étudiant, Bianca et Drago sont tatoueurs en Norvège ! Un autre couple avec qui la communication est plus difficile car ne parlant pas anglais, dont le mari est un auteur de bande dessiné réputé. Chaleureuse et agréable après midi puis soirée.

Auparavant nous aurons passé un peu de temps dans les nombreuses librairies de la ville afin de trouver les cartes qui nous permettraient de rallier à pied Brasov à Nuocsoara, ville natale de mon père, située quelques bonnes dizaines de kilomètres à vol d'oiseau d'ici, mais derrières des montagnes pas toujours faciles !

Lors du barbecue nous faisons également la connaissance du père de Vlad et de sa compagne. Cette dernière connaît assez bien les randonnées de la région, ce que Françoise apprécie particulièrement car la préparation des futurs itinéraires est loin d'être simple à la lumière des cartes fragmentaires dont nous disposons.

Samedi 25 mai

L'itinéraire de la randonnée est loin d'être parfaitement défini. Je sens que Françoise aimerait bien plus d'informations et plus de précisions. Et puis il y a aussi tout ce que l'on raconte sur les ours, les risques de mauvais temps, les chiens de bergers.... Mais à trop s'écouter on ne partirait jamais..

Nous démarrons en escaladant la montagne qui surplombe Brasov. Pour une mise en jambe c'est une mise en jambe ! Terribles montées dans un terrain parfois extrêmement glissant. Nous avons de l'entraînement certes, mais il date un peu, les sacs sont lourds... Heureusement il fait beau, et finalement au bout de quelques temps la forme revient.

Les paysages sont bien sûr somptueux. Premières impressions de forêts Vosgiennes ou Jurassiennes qui s'estompent rapidement lorsque nous nous retrouvons marchant à l'intérieur de cathédrales d'arbres gigantesques, découvrons des excréments d'ours en plein chemin et aussi quelques serpents probablement plus effrayés que nous.

Nous n'oublions pas non plus que nous sommes tout proche du prétendu château de Dracula... Mais nous ne comptons pas passer cette première nuit dehors, d'autant que nous avons oublié notre provision d'ail.

A la fin du parcours de la journée, il nous reste une dizaine de kilomètres pour atteindre notre étape, la petite ville de Zarnesti. Mais comme c'est uniquement de la route asphaltée sans grand intérêt nous optons pour l'auto stop. Après un courte attente nous voilà pris en charge par un conducteur chaleureux qui parle quelque mots d'anglais et nous dépose près d'une pension.

Il s'agit d'un week end chargé est la pension est pleine ! Mais les « miracles du randonneur » comme les appelle Françoise, se déclenchent toujours, juste au moment où l'on en a besoin ! Et là c'est une belle série qui nous échoit.

La patronne de la pension nous envoie en face. Une famille offre deux chambres toutes neuves, confortables et pas chères. Nous choisissons la plus belle. Il y a même du chauffage.

Le père de famille ne parle pas anglais, mais c'est un sacré bon bricoleur, et en quelques minutes il m'a usiné une petite pièce métallique qui va servir à rafistoler l'armature de mon sac à dos qui vient de céder quelques heures plus tôt. Le fils plus volubile nous concocte un repas sommaire mais délicieux. Au bout de quelques minutes nous voilà quasiment en famille. Le fils (encore un Drago... C'est la région!) parle de son pays, des ses projets. Il est plein d'enthousiasme. Son père nous fait visiter le pigeonnier : comme plusieurs habitants de la ville avec lesquels ils se mesure en courses acharnées, c'est un colombophile passionné.

Dimanche 26

Deuxième miracle du randonneur au dimanche matin : il pleut et il fait du vent... Ah bon c'est un miracle ça ? Oui car nous décidons d'attendre un jour de plus une méteo plus favorable et d'en profiter pour visiter la ville qui, heureuse coïncidence, héberge un « festival annuel » Il y a des boutiques, des stands, dont plusieurs de la gendarmerie, de secours en montagne.... Nous n'y trouvons pas de nouvelles cartes pour combler les quelques trous qui nous troublent, mais l'un des animateurs peut nous confirmer l'existence et la faisabilité de chemins dont nous n'étions vraiment pas sûrs.

Pour la première fois à Zarnesti nous nous sentons au coeur d'une petite ville rurale roumaine. Les maisons sont coquettes (sera-ce toujours le cas ?) les rues calmes parfois troublées par le passage d'une charrette à cheval.

Plus loin le marché du dimanche, et à côté du marché classique le « marché Rom » qui s'apparente plus à un déballage...Assez folklorique, mais j'y trouverais, pour 1 leu, »La » pièce de toile dont je rêvais pour finaliser la réparation de mon sac à dos. Françoise, elle, y trouve même la petite culotte qui lui manquait ! Bon certes ce ne sont pas les galeries Lafayette, mais y a t il autant de miracles aux galeries Lafayette ?

Ah et puis c'est un bon présage ! A Zarnesti il y a des cigognes !

Nouveau départ demain.... Donc pas d'inquiétude si le silence est long !

vendredi 24 mai 2013

La Fleur et le livre

Mardi 21 au Mercredi 22 mai 2013

L'arrivée et l'installation à Bucarest se déroulent de la meilleure façon possible. Le métro est direct jusque chez Rose, notre couchsurfeuse, qui nous attend à la sortie de la station.

Rose, souriante jeune femme (rousse!) habite avec son compagnon une maisonnette dans un quartier juste en périphérie du centre. Elle est plutôt citadine, mais son compagnon a recréé chez eux un amusant petit environnement agricole : de grandes tiges de houblon sont accrochées aux murs et grimpent jusqu'au toit, de nombreuses plantations légumières, nourries par un bac à compost, occupent la cour transformée en jardinet. Cela vaut l'agréable surprise de pouvoir consommer, entre autres, une bière parfumée entièrement faite « maison » , une limonade du même métal...

Il est difficile de faire abstraction des images « à priori » lorsque l'on arrive pour la première fois dans une ville, et il est donc amusant et instructif de les comparer avec ce que l'on découvre réellement.

Pour Bucarest j'avais l'image, tout en sachant bien que c'était en partie fantasmatique, d'une ville au centre en grande partie rasé pour permettre les constructions mégalomaniaques de Ceausescu, d'immeubles délabrés et des meutes de chiens sauvages dans les rues...

Et comme souvent la réalité ne correspond pas vraiment aux idées préconçues. Il est vrai que la perception d'un nouvel arrivant qui n'a pas connu les situations antérieures est quelque peu faussée.

On trouve un peu tout en flânant dans la ville. Des quartiers populaires et un centre plus branché, bourré d'étudiants et de touristes. Des immeubles de type HLM en très piteux état, et des réfections sommaires. Une grande quantité dans le centre de bâtiments historiques, construits en pierre de taille, et leurs successeurs en béton souvent

pseudo gothique. Dans certains quartiers on devine une certaine envie d'imiter la structure urbaine de Paris (Bucarest était avant guerre surnommé le « Petit Paris » de l'est) Grandes places type « étoile » avec avenues rayonnantes, y compris, près de la place du Général de Gaule, un arc de triomphe.

Évidemment on ne peut manquer de jeter un coup d'oeil au gigantesque palais de Ceausescu. un bâtiment follement démesuré (Le deuxième au monde en superficie!) 18 étages, 3000 pièces au centre d'une enfilade d'avenues type « Champs Élysées » mais aux bâtiments « classiques » en pur béton massif.

Une telle démesure induit un léger sentiment de malaise. des visites organisées existent, mais Rose nous le confirme : elles ne présentent aucun intérêt et flattent peut être un voyeurisme un peu malsain.

Bucarest n'est pas qu'une succession de monuments. La capitale du pays de Ionesco, Cioran, Brancusi, Ghergiu et bien d'autres est restée celle de la culture. Dans le centre et la zone universitaire, on compte autant de librairies que de boutiques de fleurs où d'églises orthodoxes : tous lieux d'activités qui semblent être des passions locales. S'y ajoutent la culture et la mode.

Les librairies sont magnifiques, souvent hébergés dans des locaux labyrinthiques à la décoration tarabiscotée. A côté de l'une d'elle un immense café en plein air où se retrouvent des consommateurs pour un verre ou une lecture. Essentiellement des jeunes bien-sûr, mais pas uniquement.

Nous aurons également l'occasion de passer quelques heures au sein d'un passionnant musée en plein air : celui de l'habitat et du paysan roumain où sont représentés, comme le nom l'indique, les principaux types d'habitats en fonction des régions et des époques. Le temps, la mosaïque culturelle et sociale du pays et les différentes conditions climatique en font un assortiment varié de solutions de constructions. Des huttes semi enterrées aux maisons des Marmarures composées d'épaisses planches de chêne plusieurs fois centenaires.

Le lendemain départ en train pour Brasov, l'une des villes touristique les plus appréciées du pays et surtout pour ce qui nous intéresse, lieu de départ de nombreuses randonnées pédestres à travers Carpates et Transylvanie.

Le voyage est l'occasion de se rendre compte de la gentillesse Roumaine. Ayant acheté mon billet de train à un automate, je ne me rends compte seulement qu'en arrivant au train que la machine ne m'a délivré qu'un billet pour une personne alors que j'en ai bien payé deux ! Nous décidons de tenter l'impasse.

Évidement le contrôleur arrive et nous fait remarquer le problème. Je dispose heureusement de la facturette de la carte bancaire. Très troublé le contrôleur retourne dans sa cabine d'où nous l'entendons longuement téléphoner. Ce n'est qu'un heure après qu'il repassera, nous expliquant avec un grand sourire que la gare a en effet constaté que le deuxième billet était resté coincé dans l'automate...Je ne sais si en France ses homologues se seraient donné tant de mal.

Nous resterons un ou deux jours à Brasov pour attendre la fin de la pluie. Départ ensuite en randonnée, en « autonomie » Il n'y aura pas de billet avant un certain temps....

La Revedere...

mercredi 22 mai 2013

Au long du Danube

Vendredi 17 au lundi 20 mai 2013

Le bus qui nous emporte de Munich à Budapest est parti de Berlin, ce qui explique son retard et aussi le fait que nous n'ayons pas trouvé de place côte à côte. Pas question qu'un passager accepte un échange pour que nous puissions reformer le « jeune couple » Les visages fermés, opposés à nos premières demandes, sont éloquents.

Quelques heures de sommeil entrecoupées de traversées de villes mythiques : Salzbourg, Vienne, … Le jour se lève sur une impressionnante forêt d'éoliennes. Il y en a à perte de vue, des centaines !! Surtout en Autriche, mais les implantations se continuent après la frontière Hongroise. A l'évidence ces régions ne jouent pas dans la même cour que la France pour la production de « renouvelable » !

L'artère qui relie Munich à Budapest est certainement de première importance pour le trafic trans Europe de l'Est. Les longs rubans de poids lourds qui nous accompagnent en sont la preuve. Le Danube, dont nous suivons le cours, reste invisible, masqué par de douces collines plantées de vignes et parsemées de villas coquettes alternant avec des plaines riches : céréales, pâturages.

Arrivée à la gare routière de Budapest presque à l'heure : le retard a été rattrapé.

Une arrivée matinale dans un nouveau pays est toujours l'occasion de quelques pataugeages. Par quoi commencer ? Prendre un petit déjeuner ? Repérer l'adresse de nos futurs couchsurfers et la façon de s'y rendre ? Pour cela il faut un plan avec les stations de métro, et donc un peu d'argent, … Mais tout se remet en place assez rapidement et facilement.

Nos hôtes, Sarah, Thomas et leurs deux enfants Hanna et Vera habitent en plein centre vile un appartement plutôt étonnant au sein d'un immeuble qui ne l'est pas moins. Des cours intérieures plantées d'arbres, des escaliers majestueux flanqués d'immenses colonnes corinthiennes, des passerelles...

L'appartement est composé de quelques pièces immenses, 4 mètres sous plafond. Nous dormirons dans la pièce commune.

Découvrir rapidement de l'intérieur la vie locale est l'un des avantages du couchsurfing. L'accueil est bénévole, mais il est d'usage pour les invités d'offrir un présent symbolique, la préparation d'un plat de son propre pays...Nous restons simples. Françoise composera une quiche sans pâte, je me lancerais dans des œufs à la neige. C'est l'occasion pour la famille de nous faire découvrir le vieux marché du centre de Budapest qui est aussi une attraction touristique réputée pour son architecture. Chemin faisant nous sommes l'objet de l'attention des deux fillettes (11 et 10 ans) Curieuses et spontanées, leur conversation est étonnement riche et mûre. Elle parlent un Anglais parfait, qui ne doit rien à l'école mais seulement à leurs parents (Le couple mixte alterne anglais et hongrois) et aux passages des couchsurfers.

Cette ouverture leur sera utile : la famille doit prochainement s'installer aux Pays Bas pays d'origine de Sarah.

Budapest est une ville double. Buda à l'ouest et Pest à l'est séparées par le Danube mais reliées par 5 ponts aux architectures aussi étonnantes que variées. Nous résidons à Pest qui sera l'objet de notre première demi journée de visite.

Ce qui frappe tout de suite l'attention ce sont les immeubles. C'est un festival de façades tarabiscotées, de balcons ornés de sculptures généreuses.

On y reconnaît parfois, assez rarement finalement, un style un peu pompier, « Socialiste » Mais la variété est impressionnante.

Art déco, néo renaissance ou gothique... Il est très agréable de flâner au sein d'une population détendue et souriante, dans des rues plutôt coquettes, entrecoupées d'immenses avenues et boulevards. Les transports en communs sont denses et variés, et gratuits pour tous les européens de plus de 65 ans.

Nous profitons de cette première journée pour nous rendre dans l'une des trois gares de la ville afin d'acquérir un billet de train pour Bucarest, notre prochaine étape. Accueil impeccable courtois et efficace d'une employée qui s'excuse presque (et à tort) de ne parler qu'un « petit peu anglais » Retour par le quartier juif. Il ne subsiste que de rares vestiges de l'ancien Ghetto. La synagogue en revanche est magnifiquement conservée.

Soirée chaleureuse avec nos hôtes. Les fillettes sont insatiables. Elles apprécient particulièrement mes vieilles histoires de requins et les cours de danse de Françoise.

Dimanche

Journée de visites variées et longues marches.... C'est le début de l'entraînement !

Départ de Pest, proche du vieux marché puis traversée du Danube en direction de Buda pour gravir la colline du Château et de la citadelle. Il n'y a pas grand chose à voir sur cette dernière en matière de constructions. Les promenades à flanc de collines sur les nombreux sentiers qui y sont tracés sont en revanche très agréables, éloignés des bruits de la circulation et occasions de points de vue superbes sur les sites emblématiques : la colline du Palais Royal de Pest, et, juste en face, en réponse « sociale » , l'extraordinaire Parlement de Buda.

Le Palais Royal lui même héberge un musée qui sera, j'espère, l'objet d'une autre visite.

Le reste de la colline est occupé par un lacis de charmantes petites rues et maisons calmes, au détour des quelles nous attendent quelques surprises comme une originale Trabant ou cette statue équestre dont la monture de bronze est dotée d'organes génitaux polis par de nombreuses caresses.

Nous marchons, nous marchons toujours....

Budapest est bâtie sur un faille géologique offrant de généreuses possibilités de thermalisme. Les bains sont une spécialité réputée. Rien de mieux donc pour se délasser d'une longue marche que de tester les plus grands d'entre eux : ceux de Kereli. Une douzaine de bassins intérieurs aux températures variées (de 20 à 40 degrés) Des salles de hammam, des saunas, un amusant hippodrome nautique....Et dehors encore plusieurs bassins dont un « Olympique » réservé à la natation.

Les lieux sont très fréquentés, mais la superficie disponible permet de ne pas se sentir envahi par la foule.

Les bains sont situés à l'intérieur d'un grand parc boisé et bordé de lacs où canotent les Budapestois. Sur les rives des « Guinguettes » où l'on peut déguster la spécialité de la ville : le « Spitzer » mélange de vin blanc et de limonade dont les proportions, fonction de l'heure et des occasions, sont l'objet de toute une culture. Nous y retrouvons Thomas, un autre couchsurfer qui s'était également proposé pour nous héberger, il connaît Françoise de réputation à travers le réseau des hébergeurs, ayant lui même hébergé « Jennifer » l'une des hôtes pékinoises de Françoise.

Agréable soirée et repas « Hongrois » avec nos hôtes. Non ce n'est pas de la goulash !!! Mais une sorte de ragoût accompagné de choucroute.... Délicieux.

Lundi

Dernière journée. Sarah nous propose de l'accompagner à Szentendre (comprendre « Saint André »!) petite ville située à une quinzaine de kilomètres. De Budapest.

Charmante petite ville résidentielle de banlieue. Au bord des rives du Danube, n peu ville musée, très touristique, mais il est possible de s'échapper vers des ruelles moins fréquentées et moins envahies de boutiques. La ville est pleine de pavillons charmants et.... D'églises !

Promenades sympathique, essai de la spécialité culinaire du coin (en fait revendiqué aussi paraît il par les Serbes et les Roumains!) une sorte de tortillon de pâte intermédiaire entre pain et gaufre,enroulée autour d'un manchon, puis garnie de parfum variés et cuite sur un feu de bois. Amusant certes....

Retour en ville pour de nouvelles flâneries architecturales et « bistrotales ».... Nous devenons de vrais Budapestiens.


Adieux et grosses bise... Nous nous rendons, un peu en mode stress, car en retard, dans la gare d'où doit partir notre train pour Bucarest. Évidement le convoi se trouve sur la dernière voie au fin fond de la gare. Mais on y arrive avec 5 bonnes minutes d''avance.

Compartiment couchette confortable, literie très honorable. Nous avons le plaisir d'être seuls dans le compartiment, retrouvant un peu de l'intimité perdue depuis le départ... Bonne nuit.

La traversée de la Roumanie le lendemain matin donne un bel avant-goût de ce qui nous attend. Longues plaines où se pressent les paysans en carrioles à cheval (la mécanisation semble rare ici) Villages aux petites maisons modestes et colorées. Villes industrielles avec immeubles HLM cauchemardesques, paysages de montagnes enneigées spectaculaires (on va vraiment aller là???) et douces collines chaleureuses : Ca cela fait envie.....

dimanche 19 mai 2013

Brêves de Bavière

Mercredi 14 au Jeudi 16 mai 2013

Les deux jours précédents ont été denses en préparatifs, formalités de dernières minutes.... Ne pas oublier... Quelques visites, souhaiter l'anniversaire de Nicolas, préparer les éléments pour la déclaration de revenu, choisir une bonne carte topographique de Roumanie, quelques médicaments, une assurance, le dernier accessoire indispensable, ceci en jonglant avec les retards et pannes de RER, un dîner sympathique en compagnie de la « Tigresse des Carpates » la charmante Gabriela pour récupérer quelques tuyaux de dernière minute.... Bref l'habituelle montée en pression avant le départ.

Mais tout arrive. Présents à 21h30 à la gare routière de Gallieni pour un départ, théorique, à 22h00 nous partirons avec à peine 15 minutes de retard. Pour notre confort moral nous ignorons encore que ce sera la meilleure performance d'Eurolines sur ce coup !

La gare est immense, mais quasiment vide. Le bus moyennement confortable : on voit nettement mieux en Asie. Nous nous retrouvons placés entre un pochard agressif et bavard et un malade dont les poumons et la trachée résonnent comme une station d'épuration. Bon, boules Quies aidant, nous trouvons un peu de rare sommeil.

Le chauffeur ne dort pas lui... Mais cela ne l'empêche pas de commettre des bêtises. Il commence par fumer au volant, vite remis en place par nos voisins de devant, un couple de noirs au gabarit très convaincant de basketteurs américains : ils n'ont même pas besoin d'élever la voix ... Ensuite il se trompe de route, gaspille énergie et temps en manœuvres mystérieuses à l'intérêt obscur. Pertes qui s'accumulent encore en arrivant à Stuttgart à l'heure des bouchons.

Malgré une forte présence industrielle le site de la capitale du Bade Wurtemberg est très agréable. Beaucoup de verdure, de parcs. Le Neckar serpente entre de douces collines couvertes de vignobles. Et puis je me rappelle que c'est la ville de mes premiers « émois » !

Malheureusement nous restons parqués au sein d'une gare routière. Pas de « pipi » (les toilettes du bus sont hors service) Il ne reste qu'à prévenir Dariya qui avait gentiment proposé de nous attendre à notre arrivée à la gare routière de Munich : l'ETA sera aussi tardive qu'incertaine.

Finalement malgré ses plaquettes fanfaronnes, les services de la compagnie Eurolines sont de piètre niveau. Certes il n'y a pas de cracheurs de bétel à bord, ni de transport de poules et cochons, mais finalement c'est tout juste mieux qu'en Birmanie ou au Laos (où de plus le sourire est en prime et les arrêts repos bien gérés) et très en deçà de la Chine et encore plus de la Thaïlande. Il est vrai que là bas la concurrence joue à fond, et on se bat pour capter et garder le client.

Région très verte entre Ulm et Augsburg. Alternance de paysages de bocages et de forêts de pins. Cependant la présence fréquente d'énormes éoliennes et de vastes « champs » de panneaux solaires, surmontés dans le lointain par la silhouette de quelques clochers en bulbes, rappelle que nous ne sommes plus en France.

L'arrivée à Munich, à la gare routière dont le nom met en joie les voyageurs francophones,  aura finalement lieu avec à peine trois heures de retard. Dariya a du partir travailler, mais elle nous a envoyé un texto avec l'itinéraire et la méthode pour récupérer ses clés. La douche est bienvenue.....

Moyennant la promesse « suggérée » de cuisiner une « ratatouille » Dariya nous a laissé la disposition de deux vélos. Et comme Munich est vraiment une des villes les plus « bike friendly » que je connaisse, nous n'hésitons pas, une fois les légumes nécessaires acquis, à profiter de l'après midi pour une visite.

Première pour Françoise qui prend autant de plaisir à découvrir l'architecture sophistiquée et foisonnante du « Rat Haus », les antiques murs de briques du Dôme, que les statues habitant les brasseries et les sandwiches au poissons fumés.

Retour ensuite dans l'appartement pour honorer notre promesse. Nous aurons le plaisir de partager repas et soirée non seulement avec Dariya, mais aussi avec ses amis Nicolas le Colombien que j'avais hébergé à Paris, et Albert son copain Munichois qui se révèle un redoutable connaisseur, et fournisseur, en vins locaux.

Après une nuit somme toute bien réparatrice nous voilà en pleine forme pour une visite plus approfondie qui aura lieu le ….

Jeudi

Grüss Got.

Les petits déjeuners Munichois sont solides, et cela convient bien à nos organismes affamés. Ensuite, Dariya qui a probablement choisi de faire fortune dans un trafic de vélos (elle en possède 4!) nous sert de guide pour une visite plus approfondie et documentée de ce que nous avons pu faire hier. Aux grands classiques déjà parcourus, nous ajoutons la séance de surf urbain sur « la » vague de l'Isar, une longue balade dans l'immense « english garden » présenté comme le parc urbain ayant la plus grande superficie au monde, et maints autres sites « cultes » pour terminer, je suis quand même avec deux filles ! Par des visites de magasin, et aussi une des célèbres brasseries de Munich.

Il y a déjà de longues et détaillées description de Munich dans ce blog et je n'y revient pas.

Le soir nous nous rendons à la gare routière pour attraper le bus réservé en direction de Budapest. Par prudence nous gérons une arrivée en gare une demi-heure avant le départ annoncé à 22h30.

Bien sûr le lecteur attentif l'aura deviné.....Le bus affiche (non d'ailleurs rien n'est affiché, mais les employés font courir la rumeur) un retard «indéterminé »

Pendant que j'en profite pour pousser la rédaction du blog, Françoise elle joue l'option « clochard » jusqu'à l'arrivée du bus, une heure et demi plus tard.

Wiedersen !

vendredi 10 mai 2013

Pluie d'étoiles sans étoiles mais avec pluie

7 au 8 mai 2013

Mercredi

C'est décidé, nous partons. Direction la Roumanie, … Les ancêtres, Dracula (aucun rapport avec ce qui précède, et les ours et les chiens des Carpathes sont probablement plus à redouter) La Transylvanie, les « Portes de Fer », …. De belles randonnées en perspective.

Nous ne comptons pas nous y rendre brutalement, privilégiant de longues et douces manœuvres d'approche. Ni avion, ni train nous débarquant directement au cœur de la capitale. Plutôt quelques étapes en bus. Un peu à l'inspiration, et aussi parce que le trajet s'aligne bien sur le cartes, nous retenons Paris, Munich, Budapest, …

Une étape préalable : Paris car Françoise à un enregistrement à effectuer le 15, et, préalable au préalable, quelques jours en Auvergne, précisément à Craponne sur Arzon pour participer aux « RAP » dont mon frère est l'un des organisateurs.

-  Tiens tu t'intéresses à la musique contemporaine maintenant ? C'est nouveau..»

- Euh pas vraiment. »RAP » est l'acronyme de « Rencontres Astronomiques de Printemps »

- ??

Il s'agit de ce que nos amis américains, très férus de la chose (mais nous les rattrapons) nomment une « Star Party » : quelques centaines d'astronomes amateurs se réunissent quelques jours... Quelques nuits (!) pour des séances d'observations et d'échanges. Chacun est fier de montrer ses instruments, ses bricolages personnels et bien sûr géniaux, organiser des conférences, …. La nuit on observe le ciel, le jour les instruments des copains.

…..

Bon allez Françoise, il est temps de te décrocher de ton mur, on part....

…..

L'observation astronomique c'est plutôt mon truc. Françoise manifeste bien sûr un intérêt solidaire, mais elle est moins concernée. Nous avons donc décidé de la répartition temporelle des occupations : à moi les nuits pour observer, à nous les journées pour randonner …

  • Euh tu n'as pas l'impression de t'être fait rouler là ? Tu dors quand ?

  • Rouler ? Non ! C'est mon choix. De toute façon comme la première nuit il a plu, et bien j'ai dormi. Pareil d'ailleurs pour la seconde..... Narrons donc les randonnées.

Nous voici donc arrivés à Craponne sur Arzon, grâce à la voiture aimablement prêtée par Louise afin de palier le vol récent de notre véhicule.

« Il pleut.... Il pleut sans cesse.... L'âpre hiver tombe en avalan ».... Non pardon pour ce pillage Victor, nous n'en sommes quand même pas à ce stade, mais bon enfin, l'option randonnée se révèle vite la seule disponible.

Mercredi après midi, nous nous rendons donc à la proche cité de la «Chaise Dieu »  qui a le bon goût d'héberger un office du tourisme ouvert le 8 mai, où théoriquement, il est possible de dénicher des cartes de randonnées. … La pratique n'est pas à la hauteur de la théorie : il semble d'ailleurs, par expérience, que les employés des offices de tourisme, charmants au demeurant, donnent l'impression de ne jamais avoir quitté leur bureau, en tout cas d'ignorer totalement ce qu'est la randonnée. Mais à partir de plaquettes, prospectus et cartes touristiques pas vraiment adaptées, nous arrivons à nous débrouiller, et puis Saint GPS (à nous deux nous en avons trois) nous épaule quelque peu.

Une fois la pâtisserie locale mise en coupe réglée par Françoise nous entreprenons une courte balade en direction de la « Rivière d'or » ainsi nommée pour la couleur rougeâtre de ses eaux. Couleur plus due à l'oxyde de fer qu'au noble métal, mais ne gâchons pas le rêve.

Promenade en zone humide (cela tombe bien!) au sein d'une épaisse, et parfois très sombre, forêt de pins sylvestres permettant quelques découvertes herboristiques. Mousses, fougères... A travers les sombres frondaisons, la rivière offre un aspect assez fantasmagorique.

Ce n'est qu'une mise en bouche, nous ferons mieux demain.

Jeudi 9 mai

La météo annonce des pluies intermittentes pour la journée et intenses pour la nuit. Il est donc inutile de se réserver. On nous a signalé de belles balades à faire près d'un village restauré au nom peu euphonique de Chalancon (sans cédille!)

Nous ne possédons pas vraiment de cartes détaillées, mais il existe une brassée de sentiers balisés. Certes sans indication de sites visités ni de distances. On fera confiance à l'instinct et....A nos trois GPS qui parfois sont d'accord entre eux !

Le village de Chalancon qui remonte au 12ème siècle, est entièrement habité par une poignée de passionnés qui ont fait un extraordinaire travail de réhabilitation. C'est, malgré la teinte sombre des pierres volcaniques, donnant un étrange petit côté Celte, magnifique et sans aucune faute de goût. Il est dominé par un château si semble avoir jailli d'un éperon de granite, flanqué d'une petite église romane aux murs de pierres polychromes.

L'ensemble domine les gorges de l'Hance dont le murmure rythme le chant des oiseaux.

Les habitants ont aménagé quelques pièces d'une maison en petit musé rempli d'outils anciens.

Peu de visiteurs car l'accès ne se fait que par un chemin caillouteux et escarpé, ce qui, ajouté à la distance du plus proche parking, décourage les visiteurs non équipés de chaussures de marche.

Du village on dégringole au fond de la vallée où galope la rivière. Elle se traverse par le « Pont du diable » dont l'architecture rappelle celle de son éponyme situé sur l'Ardèche. Est-ce que le « Malin », sensé en être l'architecte, aurait manqué d'inspiration ?

L'autre versant de la vallée est occupé par d'épaisses et sombres forêts de pins sylvestres alternant avec des passages plus clairs envahis par de la végétation de zone humide : mousses épaisses, fougères, bruyères, genêts au parfum entêtant. On devine encore de multiples lignes de terrasses bâties en pierres sèches, témoignages d'une intense activité agricole aujourd'hui disparue.

Après ce passage vraiment superbe, nous tentons de rejoindre la vallée au droit d'un pont qui nous permettrait de traverser la rivière pour terminer notre boucle. Descente à « l'estime » sur la foi des indications succinctes des GPS. C'est raide et casse gueule... D'ailleurs je me prends une gamelle qui heureusement ne se solde que par quelques écorchures.

Le pont trouvé et traversé permet d'atteindre un vrai bistrot de « bougnat ». Il y a là une dizaine de consommateurs, plat unique (Tripoux?) et boisson imposée : du « Regal Bar » vin rouge à la couleur intense proposé dans de vraies bouteilles « 5 étoiles » Nous étions persuadés que cela n'existait plus ! Mais nous ne pousserons pas le goût du retour à l'authentique jusqu'à tenter ce rude breuvage d'homme. Nous nous contenterons de bière et chocolat chaud pour arroser le casse croûte que nous disputeront les deux chiens, le paon et le lapin qui traînent sur la terrasse.

Nous marchons depuis près de 3 heures et demi, et il devrait en rester autant pour regagner notre point de départ en escaladant l'autre versant. Mais la pluie qui s'intensifie nous motive à pousser les feux et découvrir tous les raccourcis possibles pour ramener ce délai à deux heures.

Fourbus, trempés, mais heureux comme des rois de cette superbe balade, à prendre comme entraînement pour les jours à venir, nous serons dans les temps pour regagner le campement des astronomes : c'est qu'il ne faudrait pas non plus louper l'heure de l'apéro.

Pas d'observation nocturne, les nuages enchaînent les averses. Petit sommeil pollué par des voisins braillards et enivrés, que j'arriverais finalement à calmer en m'asseyant au milieu d'eux, les pieds sur la table, sans prononcer une parole. L'inquiétude généré par cet hurluberlu silencieux suffira à les déstabiliser et les envoyer au lit. Heureusement car à un contre trois, même alcoolisés, je n'étais pas sûr de faire le poids.

mardi 3 juillet 2012

Danse avec les Yunanaises

73星期一 (Lundi 3 juillet 2012)

Kunming, avant dernière étape avant le retour pour la France. Lors de ma dernière visite j'avais été plus qu'impressionné par la ville. Forêt de gratte-ciels en perpétuelle croissance, larges avenues sillonnées par une multitude de véhicules dont les surprenantes motos électriques. Cette fois sur les deux journées que j'y passerais je ne verrais (ou plutôt entendrais) qu'une seule moto à moteur thermique, une vieille machine appartenant peut être à un libertaire ou un nostalgique !

Cette année la croissance des gratte-ciels semble devenue exponentielle. Ou que se tourne le regard on tombe sur des tours géantes en construction, bâchées de vert à la mode Chinoise... On dirait de gigantesques épis de mais d'où vont éclore de nouveaux immeubles de verre et d'acier. Mais qu'y avait il auparavant à ces emplacements ? Probablement des immeubles, pas si vieux, impitoyablement rasés.

S'y ajoute cette fois le chantier d'un nouveau métro nord-sud apportant de gigantesques embouteillages aux heures de pointe.

Münzer me confie qu'il avait envisagé de s'inscrire dans une école de Chinois au centre de la ville, mais avait renoncé après avoir apprécié le caractère « provincial » de Lijiang. Il ne voulait pas, et il sait de quoi il parle, se retrouver « à Los Angeles. »

36 heures d'étape avant le départ pour l'aéroport destination Hong Kong. La pluie battante omniprésente n'encourage pas vraiment à visiter les sites touristiques que je connais déjà.

Ce sera « shopping » dans les mails modernes où subsistent encore quelques rares marchés de rue. Il y a même un « Carrefour ! » où je trouverais le meilleur prix pour un nouveau petit sac à dos destiné à relayer l'ancien un peu fatigué et aux fermetures éclair frappées de sénilité. D'autant qu'ici on peut (on doit) négocier les prix, même dans les « Carrefour !»

L'hôtel se situe dans un quartier un peu excentré au nord. Il y reste encore quelques maisons et boutiques «classiques» au milieu du cancer des gratte-ciels en gestation, et surtout des restaurants populaires, aux menus intégralement en Chinois mais où l'on peut composer sa prestation en jetant un coup d'oeil à la cuisine ou dans l'assiette des voisins.

Et le soir, comme dans de nombreuses villes Chinoises, on peut admirer les groupes de danses populaires qui se forment à chaque esplanade. Je me rends compte que cette ambiance me manquera ;-)

Taxi pour le nouvel aéroport tout neuf.... 40 km pour moins de 8 euros.... Inutile de se priver et de batailler avec les bagages dans les bus bondés.

Au moment de récupérer la carte d'embarquement l'employée me signale un « security problem » avec le gros sac à dos que je viens d'enregistrer. L'image du scanner révèle en effet le chargeur de batterie dont la forme évoque vaguement un pistolet, et les employés veulent vérifier. Cela m'ennuie un peu car ce chargeur est bien sur tout au fond du sac que j'ai soigneusement scellé un peu partout à l'aide de liens plastiques et le rangement interne est un peu laborieux...

Je demande à l'employé s'il peut me donner un couteau pour couper les liens.... Il a l'air aussi emm... que moi.... Finalement il renonce C'est OK !!! Bonne nouvelle d'autant que je n'aurais pas à enregistrer à nouveau le sac à Hong Kong, le transfert étant, en principe, pris en charge par les deux compagnies.... Enfin j'espère.

Ne reste plus qu'à visiter et à attendre tranquillement au sein de l'immense aéroport, tout neuf et quasiment vide....Dépenser mes derniers yuans pour un café du Yunan au prix astronomique (pourtant négocié à 50%) et un livre pour enfant en Chinois dont la lecture, même si ce sera un peu laborieux, semble à peu près accessible;-)

…............

Vol un peu secoué par les turbulences, et plutôt croquignolet à cause de ma voisine portant une minijupe des plus courtes. Comme elle passait son temps à croiser les jambes il était même possible de savoir que sa petite culotte était rouge ! Bon ce doit être la norme ici, une autre passagère, hélas moins jeune et moins sexy a débarqué en …. Collants nylon transparent, sans jupe ni robe ni pantalon. mais cela n'a ému personne....C'est un peu différent de l'Iran !!!

Arrivée à Hong Kong vers 18 heures.... Vue superbe sur la baie et les îles multiples. Je regrette un peu finalement de ne pas m'être donné quelques jours pour visiter. Mais bon, il y a des priorités....

vendredi 29 juin 2012

Protheses Market

Vendredi 29 juin 2012

Vendredi est jour de marché à Shaxi.

J'ai perdu le compte des marchés Asiatiques visités, mais c'est toujours amusant, et puis il ne pleut pas. Donc juste avant le départ une petite visite s'impose.

Marché assez classique, mais on sent bien qu'ici ce sont essentiellement les producteurs des villages voisins qui viennent vendre leurs produits. Pas beaucoup de stands réglés au cordeau donc, beaucoup d'étalages à même le sol. Pas mal de volaille vivante dont les propriétaire ont parfois du mal à maîtriser les tentatives d'évasion, ce qui met du sel, enfin de la plume, dans l'animation des allées déjà habituellement soutenue.

Autrement ce sont à peu près les mêmes produits qu'à Lijiang, y compris les fameux « oeufs de cent ans » Mais cette fois je crois que je vais me dispenser de l'achat.

Deux stands originaux . En tout cas c'est la première fois four moi mais Munzer en avait déjà vu : la vente de dents artificielles,

artistiquement présentées sur un fond permettant de jauger la couleur et donc de choisir au mieux de ses goûts...Je pense que Jack m'aurait étripé si je n'avais pas pris la photo. La mouche n'était pas prévue, mais sa présence est parfaite pour jauger de l'échelle.

Et puis, réminiscence des « Misérable » et de Fantine vendant sa toison pour subvenir aux besoins familiaux, quelques chevelures féminines à acquérir (des implants là aussi?)

De retour au centre ville, nous négocions deux places dans un van pour rejoindre Jianchui : finalement notre Chinois, bien que basique sera efficace. Arrivée là bas la chance nous sourit : un bus part pour Dali juste le temps de... Négocier et d'acheter les billets... Bon c'est minimal : 3 yuans sur un prix original de 35, mais c'est le geste qui compte.

Au départ nous ne comprenons pas bien pour quelle raison le chauffeur du bus ne dépasse pas les 35-40 km heures. Certes le véhicule n'est pas de première jeunesse, mais habituellement ce n'est pas vraiment un problème, puis au fur et à mesure des arrêts la lumière se fait : au départ nous étions six dans le bus, billets payés au guichet, donc en principe au bénéfice des caisses de la compagnie. Mais pour chaque passager ramassé en route, et le chauffeur « drague » ouvertement, le montant du voyage passe directement dans la poche du chauffeur (pas de billet bien sûr) et la tarification se négocie avec acharnement : nous verrons certains passagers payer 40 yuans (plus que nous!) Mais une vieille femme au verbe haut s'en sortira avec 3 seulement sous les regards furibonds du chauffeur. Bel exemple d'économie de marché appliquée (enfin peut être pas pour la compagnie et les impots!)

Une fois le bus plein, le chauffeur consent à passer les vitesses au delà de la troisième, pour se retrouver bien vite dans un embouteillage de près d'une heure causé par les travaux de la pharaonique autoroute Kunming Lhassa. Bon cela reste pipi de chat à côté de celui (une bonne dizaine d'heures) du voyage fait avec Françoise jusqu'à Chengdu.

Dali.... Négo pour le taxi, négo pour l'hôtel.... Il faut dire que le métier de Munzer est de manager des hôtels, que ce soit en propre ou à titre de conseil, et que de plus il est originaire du Moyen Orient.... C'est toujours amusant, et très instructif, de le voir à l'oeuvre face aux Chinois : choc de culture, mais en général ils apprécient un interlocuteur comme lui qui a du répondant, et qui, au contraire de bien des occidents, sait négocier sans perdre ni calme ni sourire. Et surtout sans agresser ni faire perdre la face au vendeur.

Si je reconnais bien la topographie du vieux Dali, j'ai du mal à me souvenir d'une telle densité de boutiques et d'un caractère aussi artificiel et « reconstruit » que finalement Lijiang. Même boutiques, mêmes airs de sonorisation musicales, même propreté obsessionnelle (à l'intérieur des murs !) A croire que dans le Yunan toutes les villes touristiques se clonent mutuellement. Mais malgré tout, une fois cette caractéristique acceptée (Dans un ancien billet j'avais évoqué les côtés malgré tout positifs des constructions neuves clonant les antiques) Ce n'est pas si désagréables. Beaux bâtiment, peintures, expo de calligraphies, séduisantes cours intérieures colorées de pierres diverses et d'arbres en fleur)

Plus original cette bande de fonctionnaires municipaux en uniforme, armée de bombes de peintures, en train de bomber les murs : ici on ne lave pas les tags, on les recouvre !

Demain visite plus approfondie...

再见

jeudi 28 juin 2012

Il pleuvait, il pleuvait toujours, l'âpre été....

Jeudi 28 juin 2012

Cela sent de plus en plus le départ. Enfin quand j'écris « cela sent » ce n'est pas seulement au figuré comme il facile de le constater, visuellement et olfactivement, lorsque voulant évacuer les dernières poubelles je me rapproche de la zone où sont regroupés les containers à ordures.

Lijiang est classée au patrimoine de l'humanité et consacre énormément d'effort pour conserver se classement. En particulier la vieille ville est d'une propreté absolue, maîtrisée par un nombre incroyable de WC publics, de réceptacles à déchets, et d'une armée de balayeuses pratiquement 24h sur 24 sur le pavé. Et même presque personne ne crache dans la rue. De quoi faire rougir bien des villes occidentales.

En revanche cela se relâche quelque peu dès les frontières de la vieille ville franchies. Les mauvaises habitudes reviennent au galop, et il n'est pas rare de voir passants ou automobilistes se débarrasser prestement sur la voie publiques de leurs épluchures, emballages ou canettes vides. L'abandon de la zone des containers ne semble donc pas trop déranger la population, et encore moins bien sûr les rongeurs du voisinage.

Mon sac était bouclé depuis la veille. Un peu délicat de faire rentrer les suppléments, malgré les 8 à 9 kilos que je me suis expédié par la poste la semaine dernière. La culture (les bouquins!) ça pèse, et puis il y a eu plein de petits achats de dernière minute

Je pensais être seul pour mon départ, mais, bonne surprise, mes enseignantes préférées sont venues un peu plus tôt pour me faire leurs adieux. Il y a même Soshana ma condisciple New Yorkaise. Son mérite est plus limitée car elle occupe la chambre voisine, mais enfin elle s'est levée ! Et bien levée !!! Car lui faire la bise au sommet de son mètre 85 m'oblige presque à me dresser sur la pointe des pieds.

Plus facile, topologiquement parlant pour Eva, Kiki et Fiona. Mais c'est compter sans la pudeur Chinoises.... Impossible de leur voler un bisou, elle fuient comme des moineaux effarouchés....

Mais bon on se retrouve quand même pour l'inévitable photo de départ. Et Fiona m'offre un petit cadeau de départ composé de colifichet Chinois dont je ne suis pas très sûr de comprendre l'utilité. Mais pas grave c'est l'intention qui compte. Veut elle se faire pardonner son interro surprise d'hier ? J'en doute un peu.... A propos pour tempérer l'enthousiasme du commentaire de mon amai Jack, il faut que j'avoue qu'elle m'a soufflé, (un peu comme l'instituteur dans le film Topaze de Pagol.... Vous vous rappelez sûrement la dictée avec les « Moutonssss ») quelques réponses pendant les examen (mais très très peu n’exagérons pas non plus)

Il est temps de prendre le bus pour me rendre chez mon copain Munsel. Il est prêt et un taxi nous dépose rapidement à la gare des bus. Trente petite minutes d'attente, et le bus pour Shaxi nous conduit bientôt hors de Lijiang. Ce n'est pas la première fois que je quitte la ville depuis 5 mois, mais cette fois c'est pour probablement un bout de temps, et j'éprouve un petit pincement, pas vraiment partagé par Munzer qui lui revient dans deux mois pour une deuxième session.

Le soleil chaud et brillant qui avait fêté la fin des cours nous accompagne jusqu'à Shaxi, puis nus abandonne.... Tempête de pluie, bourrasques.... Juste le temps de visiter un peu la ville. Heureusement minuscule, et puis je connais déjà, entre deux averses.

Je comptais m'offrir une randonnée d'une bonne journée demain dans la montagne et sur une partie de la « route du thé » célèbre pour ses difficultés géographiques et... météorologiques... C'est d'ailleurs ce qui a fait la réputation du « thé de Puer » transporté à dos de cheval sous forme de galettes comprimées. Le thé subissait les variations de température, la chaleur torride, la pluie au cours des logs mois de voyage ce qui déclenchait plusieurs fermentations successives, et son goût inimitable est issu de ces vicissitude.... Un peu comme les grands crus que l'on faisait voyager à fond de cale il y a quelques siècles.

Mais devant le pessimisme des prévisions, et aussi des gens du cru, j'y renonce... Nous partirons demain matin pour Dali. La météo ne sera probablement pas meilleure, mais la ville, plus grande, offre plus de possibilités de visites « protégées » et si cela ne suffit pas il restera Kunming....

Ah dernière minute.... J'ai moins de regret pour rentrer depuis que j'ai trouvé ce lien....


明天见?

mercredi 27 juin 2012

Vacances

Mercredi 27 juin 2012

Billet très difficile à passer car il semble que la censure Chinoise s'attaque maintenant, après ceux de google, aux blogs de Gandi. Résultat il faut naviguer finement, et laborieusement, avec l'aide de "VPN" situés un peu partout dans le monde pour arriver à, de temps en temps, traverser le "great firewall" ... Ce sera donc court

Vivent les vacances, plus de pénitence, les cahiers au feu, la maîtresse au milieu....

Comme c'est curieux, je n'ai plus chanté cette chanson d'écolier depuis plus de cinquante ans peut être. Pourtant les paroles reviennent sans effort de mémoire. Si seulement il pouvait en être de même pour le Mandarin !

Ce mercredi matin devaient avoir lieu les deux derniers cours. Pour le sport j'ai tenu à préparer la dernière leçon avec tout le soin nécessaire, ce qui m'a valu un coucher plus que tardif.

Hélas cette « peste » de Fiona ne nous a pas interrogé sur cette leçon ! Elle a trouvé bien plus amusant de nous coller un examen surprise, écrit et oral... Fiona parfois je te hais ! Heureusement lors des révisions de la veille j'avais aussi débordé sur les leçons précédentes. Résultat 18/20 ! Pas peu fier l'étudiant.... Et encore sans une grossière faute d'étourderie j'obtenais facilement le 19. Ensuite le « bourreau » m'a fait promettre, jurer, assurer de travailler un peu tous les jours afin de ne rien perdre pour la prochaine session, allant même jusqu'à suggérer que ce serait bien que je me trouve en France des « pengyou 朋友» Chinois.

J'ai promis, et je tiendrais.... Mais pour l'instant je goûte une journée de vacance, d'autant que le soleil, absent depuis plusieurs semaines, daigne enfin se montrer pour quelques heures (cela ne va pas durer hélas) Juste le temps de sécher une dernière lessive.

Je réserve la fin d'après midi à tenter de boucler le sac. Cela risque d'être croquignolet avec tous les achats de dernière minute et en attendant il faut résister à la proposition alléchante de ma jeune condisciple Thaï (de Bangkok) de l'accompagner pour une ballade à vélo dans la montagne. Même en Chine il faut se méfier des Thaïlandaises !

La semaine dernière c'était la fête de l'école. Comme prévu chaque élève y est allé de sa contribution.

Les « Chevaliers de la table ronde » ont eu le succès qu'ils méritaient, malgré les quelques faiblesses de tonalités ! D'ailleurs la preuve en est qu'il n'a plu qu'en fin de soirée. Le corps enseignant, en costume local, n'a pas été en reste... Chants, danses...

Allez il n'y a pas de raison qu'il n'y ait que moi à subir des examens. Sur les photos redonnez à Chacun sa bonne nationalité : Au choix … Russo-Américaine, Naxi, Chinoises Han, Bai, Thaïlandaises

Demain matin je reprends la route... Cela me fait drôle après plus de quatre mois plutôt casaniers à quelques exceptions près. Gageons que cela donnera aussi plus d'inspiration au blog ? Pour l'instant je reprends avec modération...

明天见?

vendredi 15 juin 2012

sur les traces du tigre légendaire

15 juin 2012 (aux environs du)

Paysages et villes sont un peu comme des vêtements. Ils possèdent leurs qualités intrinsèques, mais la façon de les habiter, comme un catalyseur, leur confère des valeurs inhabituelles.

Lijiang et ses environs, on peut dire que je connais. J'ai l'impression d'y habiter depuis des années. Rues et routes tellement familières que je les parcourt machinalement souvent en oubliant d'observer ce qui était étonnant quelques mois auparavant.

Et puis j'ai revisité ces lieux si connus avec mon amie voyageuse pédestre au long cours. Autant dire qu'ils ont pris une toute autre dimension...

Mercredi dernier je suis allé chercher à l'aéroport ma fille Isabelle, son mari et Maël, l'un de ses trois enfants. C'était une étape importante du séjour, prévue depuis belle lurette. Et à nouveau la région de Lijiang s'est revêtue d'habits neufs pour faire la fête à ce bout de famille réunie.

Nous avions en projet la randonnée emblématique des gorges du saut du tigre. Mais des doutes subsistaient quand à la capacité du petit garçon, sportif certes, mais juste âgé de 7 ans à posséder les qualité physiques et l'endurance pour affronter cette randonnée quand même sérieuse et parfois dangereuse.

J'avais prévu un test significatif : grimper sur la « colline de l'éléphant » une éminence plutôt raide située juste à côté de mon école, par des chemins escarpés et solitaires découverts quelques semaines auparavant après moult recherches et essais personnels. Dénivelé moyen (4 à 500 mètres) mais raidillons parfois abrupts et vertigineux, plus quelques escaliers assez éprouvants, suivis d'une descente elle aussi assez technique. Test concluant puisqu'il a fallu supporter presque en permanence le bavardage du jeune randonneur, prouvant que le souffle et les jambes suivaient. Pas de problème pour les autres bien sûr. Isabelle sortant du marathon de Paris et son mari plutôt athlétique.

Comme les prévisions méteo sur la fin de la semaine n'étaient pas très favorable, nous avons décidé de tenter l'expédition dès le lendemain matin.

A l'arrivée à Quiato, départ de la rando, le petit groupe n'est pas passé inaperçu des « guides » dont le gagne pain est d'offrir aux marcheurs en difficultés une place sur une mule pour franchir les étapes les plus rudes : 4 personnes sur trois générations offraient une probabilité non nulle de succès.

Au cours de l'ascension nous avons d'ailleurs souvent été dépassés par des convois de mules portant jeunes et moins jeunes, en particulier au cours des terribles (excruciating selon le Lonely Planet) « 28 bends » menant au premier col situé à 2700 mètres... Statistiquement les Chinois ne sont pas très portés sur l'effort physique de longue durée.

Là notre ange gardien, nous suivant tel un vautour savourant d'avance ses proies futures, a bien cru l'affaire dans la poche.... Puis il a fini par déchanter constatant que le gamin continuait à escalader des cailloux de la moitié de sa taille en continuant à jacasser... Dépité il a abandonné et fait demi tour. Heureusement car 100 à 200 mètres avant le sommet, Maël a failli craquer.... Il a fallu trouver tous les ressorts de la psychologie pour le motiver, même les plus « bas » : « tu as vu sur les mules il n'y avait que des filles et des gros , toi, garçon, tu peux le faire » et cela a marché (lui aussi!)

Le reste de la ballade, sur deux jours, n'était plus qu'une promenade de santé....Enfin pour tous sauf pour moi, terrorisé de voir le gamin gambader sur les sentiers étroits, creusés dans les flans des falaises, dominant parfois des à pics verticaux de près de 800 mètres ! Je ne pense pas avoir jamais été aussi stressé sur un parcours...Mais tout c'est bien passé....

(Pour la description plus détaillée de cette superbe randonnée je vous renvoie à mon billet du 23 février)

Arrivés au milieu du deuxième jour à la fin du sentier montagnard, nous avons pu cette fois faire la descente plutôt impressionnante jusqu'au lit du Yangze, gorge étroite où les eaux se précipitent dans un rugissement assourdissant. La aussi une descente et remontée vertigineuse (près de 80 mètres d'à pic ) sur des sentiers presque verticaux, parfois des échelles métalliques, elles plus que verticales ! La j'avoue que je n'étais pas loin de mes limites par rapport au vertige.... Mais les trois générations sont passées et sont remontées sans bobo....

Moins d'efforts les jours suivants... Location de vélos, la solution du tandem pour Maël et son père nous ayant paru offrir le maximum de sécurité. Les Chinois sont loin d'être les pires conducteurs d'Asie... Après l'Inde,le Myanmar et surtout l'Iran tout se relativise ! Mais ils manifestent un mépris total envers les deux roues et il faut une bonne dose d'agilité et d'expérience pour ne pas se faire coincer contre les trottoirs ou écraser par les portières ouvertes à la volée.

Baisha est toujours aussi belle... Pleine d'intéressantes boutiques d'artisanat aussi et surtout l'école de broderie sur soie où Iris, presque devenue une vieille amie, propose à la vente des toiles superbes.... Je n'ai plus qu'à choisir ;-)

La petite famille est repartie le 14 juin, direction Chengdu, puis Pékin et le retour en France.... Pour moi encore quelques semaines de labeur. Et aussi préparation de la fête « de l'école » du 21 juin. Chacun est chargé de préparer un plat de son pays, et de chanter une chanson ! Bon la saison des pluies a débuté et je ne peux guère empirer les choses... On va bien voir si ils sauront reprendre en cœur le refrain de « Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.... !

A bientôt pour le compte rendu

在建

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