Denis Blog

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Asie_2011_12

Fil des billets

mardi 3 juillet 2012

Danse avec les Yunanaises

73星期一 (Lundi 3 juillet 2012)

Kunming, avant dernière étape avant le retour pour la France. Lors de ma dernière visite j'avais été plus qu'impressionné par la ville. Forêt de gratte-ciels en perpétuelle croissance, larges avenues sillonnées par une multitude de véhicules dont les surprenantes motos électriques. Cette fois sur les deux journées que j'y passerais je ne verrais (ou plutôt entendrais) qu'une seule moto à moteur thermique, une vieille machine appartenant peut être à un libertaire ou un nostalgique !

Cette année la croissance des gratte-ciels semble devenue exponentielle. Ou que se tourne le regard on tombe sur des tours géantes en construction, bâchées de vert à la mode Chinoise... On dirait de gigantesques épis de mais d'où vont éclore de nouveaux immeubles de verre et d'acier. Mais qu'y avait il auparavant à ces emplacements ? Probablement des immeubles, pas si vieux, impitoyablement rasés.

S'y ajoute cette fois le chantier d'un nouveau métro nord-sud apportant de gigantesques embouteillages aux heures de pointe.

Münzer me confie qu'il avait envisagé de s'inscrire dans une école de Chinois au centre de la ville, mais avait renoncé après avoir apprécié le caractère « provincial » de Lijiang. Il ne voulait pas, et il sait de quoi il parle, se retrouver « à Los Angeles. »

36 heures d'étape avant le départ pour l'aéroport destination Hong Kong. La pluie battante omniprésente n'encourage pas vraiment à visiter les sites touristiques que je connais déjà.

Ce sera « shopping » dans les mails modernes où subsistent encore quelques rares marchés de rue. Il y a même un « Carrefour ! » où je trouverais le meilleur prix pour un nouveau petit sac à dos destiné à relayer l'ancien un peu fatigué et aux fermetures éclair frappées de sénilité. D'autant qu'ici on peut (on doit) négocier les prix, même dans les « Carrefour !»

L'hôtel se situe dans un quartier un peu excentré au nord. Il y reste encore quelques maisons et boutiques «classiques» au milieu du cancer des gratte-ciels en gestation, et surtout des restaurants populaires, aux menus intégralement en Chinois mais où l'on peut composer sa prestation en jetant un coup d'oeil à la cuisine ou dans l'assiette des voisins.

Et le soir, comme dans de nombreuses villes Chinoises, on peut admirer les groupes de danses populaires qui se forment à chaque esplanade. Je me rends compte que cette ambiance me manquera ;-)

Taxi pour le nouvel aéroport tout neuf.... 40 km pour moins de 8 euros.... Inutile de se priver et de batailler avec les bagages dans les bus bondés.

Au moment de récupérer la carte d'embarquement l'employée me signale un « security problem » avec le gros sac à dos que je viens d'enregistrer. L'image du scanner révèle en effet le chargeur de batterie dont la forme évoque vaguement un pistolet, et les employés veulent vérifier. Cela m'ennuie un peu car ce chargeur est bien sur tout au fond du sac que j'ai soigneusement scellé un peu partout à l'aide de liens plastiques et le rangement interne est un peu laborieux...

Je demande à l'employé s'il peut me donner un couteau pour couper les liens.... Il a l'air aussi emm... que moi.... Finalement il renonce C'est OK !!! Bonne nouvelle d'autant que je n'aurais pas à enregistrer à nouveau le sac à Hong Kong, le transfert étant, en principe, pris en charge par les deux compagnies.... Enfin j'espère.

Ne reste plus qu'à visiter et à attendre tranquillement au sein de l'immense aéroport, tout neuf et quasiment vide....Dépenser mes derniers yuans pour un café du Yunan au prix astronomique (pourtant négocié à 50%) et un livre pour enfant en Chinois dont la lecture, même si ce sera un peu laborieux, semble à peu près accessible;-)

…............

Vol un peu secoué par les turbulences, et plutôt croquignolet à cause de ma voisine portant une minijupe des plus courtes. Comme elle passait son temps à croiser les jambes il était même possible de savoir que sa petite culotte était rouge ! Bon ce doit être la norme ici, une autre passagère, hélas moins jeune et moins sexy a débarqué en …. Collants nylon transparent, sans jupe ni robe ni pantalon. mais cela n'a ému personne....C'est un peu différent de l'Iran !!!

Arrivée à Hong Kong vers 18 heures.... Vue superbe sur la baie et les îles multiples. Je regrette un peu finalement de ne pas m'être donné quelques jours pour visiter. Mais bon, il y a des priorités....

vendredi 29 juin 2012

Protheses Market

Vendredi 29 juin 2012

Vendredi est jour de marché à Shaxi.

J'ai perdu le compte des marchés Asiatiques visités, mais c'est toujours amusant, et puis il ne pleut pas. Donc juste avant le départ une petite visite s'impose.

Marché assez classique, mais on sent bien qu'ici ce sont essentiellement les producteurs des villages voisins qui viennent vendre leurs produits. Pas beaucoup de stands réglés au cordeau donc, beaucoup d'étalages à même le sol. Pas mal de volaille vivante dont les propriétaire ont parfois du mal à maîtriser les tentatives d'évasion, ce qui met du sel, enfin de la plume, dans l'animation des allées déjà habituellement soutenue.

Autrement ce sont à peu près les mêmes produits qu'à Lijiang, y compris les fameux « oeufs de cent ans » Mais cette fois je crois que je vais me dispenser de l'achat.

Deux stands originaux . En tout cas c'est la première fois four moi mais Munzer en avait déjà vu : la vente de dents artificielles,

artistiquement présentées sur un fond permettant de jauger la couleur et donc de choisir au mieux de ses goûts...Je pense que Jack m'aurait étripé si je n'avais pas pris la photo. La mouche n'était pas prévue, mais sa présence est parfaite pour jauger de l'échelle.

Et puis, réminiscence des « Misérable » et de Fantine vendant sa toison pour subvenir aux besoins familiaux, quelques chevelures féminines à acquérir (des implants là aussi?)

De retour au centre ville, nous négocions deux places dans un van pour rejoindre Jianchui : finalement notre Chinois, bien que basique sera efficace. Arrivée là bas la chance nous sourit : un bus part pour Dali juste le temps de... Négocier et d'acheter les billets... Bon c'est minimal : 3 yuans sur un prix original de 35, mais c'est le geste qui compte.

Au départ nous ne comprenons pas bien pour quelle raison le chauffeur du bus ne dépasse pas les 35-40 km heures. Certes le véhicule n'est pas de première jeunesse, mais habituellement ce n'est pas vraiment un problème, puis au fur et à mesure des arrêts la lumière se fait : au départ nous étions six dans le bus, billets payés au guichet, donc en principe au bénéfice des caisses de la compagnie. Mais pour chaque passager ramassé en route, et le chauffeur « drague » ouvertement, le montant du voyage passe directement dans la poche du chauffeur (pas de billet bien sûr) et la tarification se négocie avec acharnement : nous verrons certains passagers payer 40 yuans (plus que nous!) Mais une vieille femme au verbe haut s'en sortira avec 3 seulement sous les regards furibonds du chauffeur. Bel exemple d'économie de marché appliquée (enfin peut être pas pour la compagnie et les impots!)

Une fois le bus plein, le chauffeur consent à passer les vitesses au delà de la troisième, pour se retrouver bien vite dans un embouteillage de près d'une heure causé par les travaux de la pharaonique autoroute Kunming Lhassa. Bon cela reste pipi de chat à côté de celui (une bonne dizaine d'heures) du voyage fait avec Françoise jusqu'à Chengdu.

Dali.... Négo pour le taxi, négo pour l'hôtel.... Il faut dire que le métier de Munzer est de manager des hôtels, que ce soit en propre ou à titre de conseil, et que de plus il est originaire du Moyen Orient.... C'est toujours amusant, et très instructif, de le voir à l'oeuvre face aux Chinois : choc de culture, mais en général ils apprécient un interlocuteur comme lui qui a du répondant, et qui, au contraire de bien des occidents, sait négocier sans perdre ni calme ni sourire. Et surtout sans agresser ni faire perdre la face au vendeur.

Si je reconnais bien la topographie du vieux Dali, j'ai du mal à me souvenir d'une telle densité de boutiques et d'un caractère aussi artificiel et « reconstruit » que finalement Lijiang. Même boutiques, mêmes airs de sonorisation musicales, même propreté obsessionnelle (à l'intérieur des murs !) A croire que dans le Yunan toutes les villes touristiques se clonent mutuellement. Mais malgré tout, une fois cette caractéristique acceptée (Dans un ancien billet j'avais évoqué les côtés malgré tout positifs des constructions neuves clonant les antiques) Ce n'est pas si désagréables. Beaux bâtiment, peintures, expo de calligraphies, séduisantes cours intérieures colorées de pierres diverses et d'arbres en fleur)

Plus original cette bande de fonctionnaires municipaux en uniforme, armée de bombes de peintures, en train de bomber les murs : ici on ne lave pas les tags, on les recouvre !

Demain visite plus approfondie...

再见

jeudi 28 juin 2012

Il pleuvait, il pleuvait toujours, l'âpre été....

Jeudi 28 juin 2012

Cela sent de plus en plus le départ. Enfin quand j'écris « cela sent » ce n'est pas seulement au figuré comme il facile de le constater, visuellement et olfactivement, lorsque voulant évacuer les dernières poubelles je me rapproche de la zone où sont regroupés les containers à ordures.

Lijiang est classée au patrimoine de l'humanité et consacre énormément d'effort pour conserver se classement. En particulier la vieille ville est d'une propreté absolue, maîtrisée par un nombre incroyable de WC publics, de réceptacles à déchets, et d'une armée de balayeuses pratiquement 24h sur 24 sur le pavé. Et même presque personne ne crache dans la rue. De quoi faire rougir bien des villes occidentales.

En revanche cela se relâche quelque peu dès les frontières de la vieille ville franchies. Les mauvaises habitudes reviennent au galop, et il n'est pas rare de voir passants ou automobilistes se débarrasser prestement sur la voie publiques de leurs épluchures, emballages ou canettes vides. L'abandon de la zone des containers ne semble donc pas trop déranger la population, et encore moins bien sûr les rongeurs du voisinage.

Mon sac était bouclé depuis la veille. Un peu délicat de faire rentrer les suppléments, malgré les 8 à 9 kilos que je me suis expédié par la poste la semaine dernière. La culture (les bouquins!) ça pèse, et puis il y a eu plein de petits achats de dernière minute

Je pensais être seul pour mon départ, mais, bonne surprise, mes enseignantes préférées sont venues un peu plus tôt pour me faire leurs adieux. Il y a même Soshana ma condisciple New Yorkaise. Son mérite est plus limitée car elle occupe la chambre voisine, mais enfin elle s'est levée ! Et bien levée !!! Car lui faire la bise au sommet de son mètre 85 m'oblige presque à me dresser sur la pointe des pieds.

Plus facile, topologiquement parlant pour Eva, Kiki et Fiona. Mais c'est compter sans la pudeur Chinoises.... Impossible de leur voler un bisou, elle fuient comme des moineaux effarouchés....

Mais bon on se retrouve quand même pour l'inévitable photo de départ. Et Fiona m'offre un petit cadeau de départ composé de colifichet Chinois dont je ne suis pas très sûr de comprendre l'utilité. Mais pas grave c'est l'intention qui compte. Veut elle se faire pardonner son interro surprise d'hier ? J'en doute un peu.... A propos pour tempérer l'enthousiasme du commentaire de mon amai Jack, il faut que j'avoue qu'elle m'a soufflé, (un peu comme l'instituteur dans le film Topaze de Pagol.... Vous vous rappelez sûrement la dictée avec les « Moutonssss ») quelques réponses pendant les examen (mais très très peu n’exagérons pas non plus)

Il est temps de prendre le bus pour me rendre chez mon copain Munsel. Il est prêt et un taxi nous dépose rapidement à la gare des bus. Trente petite minutes d'attente, et le bus pour Shaxi nous conduit bientôt hors de Lijiang. Ce n'est pas la première fois que je quitte la ville depuis 5 mois, mais cette fois c'est pour probablement un bout de temps, et j'éprouve un petit pincement, pas vraiment partagé par Munzer qui lui revient dans deux mois pour une deuxième session.

Le soleil chaud et brillant qui avait fêté la fin des cours nous accompagne jusqu'à Shaxi, puis nus abandonne.... Tempête de pluie, bourrasques.... Juste le temps de visiter un peu la ville. Heureusement minuscule, et puis je connais déjà, entre deux averses.

Je comptais m'offrir une randonnée d'une bonne journée demain dans la montagne et sur une partie de la « route du thé » célèbre pour ses difficultés géographiques et... météorologiques... C'est d'ailleurs ce qui a fait la réputation du « thé de Puer » transporté à dos de cheval sous forme de galettes comprimées. Le thé subissait les variations de température, la chaleur torride, la pluie au cours des logs mois de voyage ce qui déclenchait plusieurs fermentations successives, et son goût inimitable est issu de ces vicissitude.... Un peu comme les grands crus que l'on faisait voyager à fond de cale il y a quelques siècles.

Mais devant le pessimisme des prévisions, et aussi des gens du cru, j'y renonce... Nous partirons demain matin pour Dali. La météo ne sera probablement pas meilleure, mais la ville, plus grande, offre plus de possibilités de visites « protégées » et si cela ne suffit pas il restera Kunming....

Ah dernière minute.... J'ai moins de regret pour rentrer depuis que j'ai trouvé ce lien....


明天见?

mercredi 27 juin 2012

Vacances

Mercredi 27 juin 2012

Billet très difficile à passer car il semble que la censure Chinoise s'attaque maintenant, après ceux de google, aux blogs de Gandi. Résultat il faut naviguer finement, et laborieusement, avec l'aide de "VPN" situés un peu partout dans le monde pour arriver à, de temps en temps, traverser le "great firewall" ... Ce sera donc court

Vivent les vacances, plus de pénitence, les cahiers au feu, la maîtresse au milieu....

Comme c'est curieux, je n'ai plus chanté cette chanson d'écolier depuis plus de cinquante ans peut être. Pourtant les paroles reviennent sans effort de mémoire. Si seulement il pouvait en être de même pour le Mandarin !

Ce mercredi matin devaient avoir lieu les deux derniers cours. Pour le sport j'ai tenu à préparer la dernière leçon avec tout le soin nécessaire, ce qui m'a valu un coucher plus que tardif.

Hélas cette « peste » de Fiona ne nous a pas interrogé sur cette leçon ! Elle a trouvé bien plus amusant de nous coller un examen surprise, écrit et oral... Fiona parfois je te hais ! Heureusement lors des révisions de la veille j'avais aussi débordé sur les leçons précédentes. Résultat 18/20 ! Pas peu fier l'étudiant.... Et encore sans une grossière faute d'étourderie j'obtenais facilement le 19. Ensuite le « bourreau » m'a fait promettre, jurer, assurer de travailler un peu tous les jours afin de ne rien perdre pour la prochaine session, allant même jusqu'à suggérer que ce serait bien que je me trouve en France des « pengyou 朋友» Chinois.

J'ai promis, et je tiendrais.... Mais pour l'instant je goûte une journée de vacance, d'autant que le soleil, absent depuis plusieurs semaines, daigne enfin se montrer pour quelques heures (cela ne va pas durer hélas) Juste le temps de sécher une dernière lessive.

Je réserve la fin d'après midi à tenter de boucler le sac. Cela risque d'être croquignolet avec tous les achats de dernière minute et en attendant il faut résister à la proposition alléchante de ma jeune condisciple Thaï (de Bangkok) de l'accompagner pour une ballade à vélo dans la montagne. Même en Chine il faut se méfier des Thaïlandaises !

La semaine dernière c'était la fête de l'école. Comme prévu chaque élève y est allé de sa contribution.

Les « Chevaliers de la table ronde » ont eu le succès qu'ils méritaient, malgré les quelques faiblesses de tonalités ! D'ailleurs la preuve en est qu'il n'a plu qu'en fin de soirée. Le corps enseignant, en costume local, n'a pas été en reste... Chants, danses...

Allez il n'y a pas de raison qu'il n'y ait que moi à subir des examens. Sur les photos redonnez à Chacun sa bonne nationalité : Au choix … Russo-Américaine, Naxi, Chinoises Han, Bai, Thaïlandaises

Demain matin je reprends la route... Cela me fait drôle après plus de quatre mois plutôt casaniers à quelques exceptions près. Gageons que cela donnera aussi plus d'inspiration au blog ? Pour l'instant je reprends avec modération...

明天见?

vendredi 15 juin 2012

sur les traces du tigre légendaire

15 juin 2012 (aux environs du)

Paysages et villes sont un peu comme des vêtements. Ils possèdent leurs qualités intrinsèques, mais la façon de les habiter, comme un catalyseur, leur confère des valeurs inhabituelles.

Lijiang et ses environs, on peut dire que je connais. J'ai l'impression d'y habiter depuis des années. Rues et routes tellement familières que je les parcourt machinalement souvent en oubliant d'observer ce qui était étonnant quelques mois auparavant.

Et puis j'ai revisité ces lieux si connus avec mon amie voyageuse pédestre au long cours. Autant dire qu'ils ont pris une toute autre dimension...

Mercredi dernier je suis allé chercher à l'aéroport ma fille Isabelle, son mari et Maël, l'un de ses trois enfants. C'était une étape importante du séjour, prévue depuis belle lurette. Et à nouveau la région de Lijiang s'est revêtue d'habits neufs pour faire la fête à ce bout de famille réunie.

Nous avions en projet la randonnée emblématique des gorges du saut du tigre. Mais des doutes subsistaient quand à la capacité du petit garçon, sportif certes, mais juste âgé de 7 ans à posséder les qualité physiques et l'endurance pour affronter cette randonnée quand même sérieuse et parfois dangereuse.

J'avais prévu un test significatif : grimper sur la « colline de l'éléphant » une éminence plutôt raide située juste à côté de mon école, par des chemins escarpés et solitaires découverts quelques semaines auparavant après moult recherches et essais personnels. Dénivelé moyen (4 à 500 mètres) mais raidillons parfois abrupts et vertigineux, plus quelques escaliers assez éprouvants, suivis d'une descente elle aussi assez technique. Test concluant puisqu'il a fallu supporter presque en permanence le bavardage du jeune randonneur, prouvant que le souffle et les jambes suivaient. Pas de problème pour les autres bien sûr. Isabelle sortant du marathon de Paris et son mari plutôt athlétique.

Comme les prévisions méteo sur la fin de la semaine n'étaient pas très favorable, nous avons décidé de tenter l'expédition dès le lendemain matin.

A l'arrivée à Quiato, départ de la rando, le petit groupe n'est pas passé inaperçu des « guides » dont le gagne pain est d'offrir aux marcheurs en difficultés une place sur une mule pour franchir les étapes les plus rudes : 4 personnes sur trois générations offraient une probabilité non nulle de succès.

Au cours de l'ascension nous avons d'ailleurs souvent été dépassés par des convois de mules portant jeunes et moins jeunes, en particulier au cours des terribles (excruciating selon le Lonely Planet) « 28 bends » menant au premier col situé à 2700 mètres... Statistiquement les Chinois ne sont pas très portés sur l'effort physique de longue durée.

Là notre ange gardien, nous suivant tel un vautour savourant d'avance ses proies futures, a bien cru l'affaire dans la poche.... Puis il a fini par déchanter constatant que le gamin continuait à escalader des cailloux de la moitié de sa taille en continuant à jacasser... Dépité il a abandonné et fait demi tour. Heureusement car 100 à 200 mètres avant le sommet, Maël a failli craquer.... Il a fallu trouver tous les ressorts de la psychologie pour le motiver, même les plus « bas » : « tu as vu sur les mules il n'y avait que des filles et des gros , toi, garçon, tu peux le faire » et cela a marché (lui aussi!)

Le reste de la ballade, sur deux jours, n'était plus qu'une promenade de santé....Enfin pour tous sauf pour moi, terrorisé de voir le gamin gambader sur les sentiers étroits, creusés dans les flans des falaises, dominant parfois des à pics verticaux de près de 800 mètres ! Je ne pense pas avoir jamais été aussi stressé sur un parcours...Mais tout c'est bien passé....

(Pour la description plus détaillée de cette superbe randonnée je vous renvoie à mon billet du 23 février)

Arrivés au milieu du deuxième jour à la fin du sentier montagnard, nous avons pu cette fois faire la descente plutôt impressionnante jusqu'au lit du Yangze, gorge étroite où les eaux se précipitent dans un rugissement assourdissant. La aussi une descente et remontée vertigineuse (près de 80 mètres d'à pic ) sur des sentiers presque verticaux, parfois des échelles métalliques, elles plus que verticales ! La j'avoue que je n'étais pas loin de mes limites par rapport au vertige.... Mais les trois générations sont passées et sont remontées sans bobo....

Moins d'efforts les jours suivants... Location de vélos, la solution du tandem pour Maël et son père nous ayant paru offrir le maximum de sécurité. Les Chinois sont loin d'être les pires conducteurs d'Asie... Après l'Inde,le Myanmar et surtout l'Iran tout se relativise ! Mais ils manifestent un mépris total envers les deux roues et il faut une bonne dose d'agilité et d'expérience pour ne pas se faire coincer contre les trottoirs ou écraser par les portières ouvertes à la volée.

Baisha est toujours aussi belle... Pleine d'intéressantes boutiques d'artisanat aussi et surtout l'école de broderie sur soie où Iris, presque devenue une vieille amie, propose à la vente des toiles superbes.... Je n'ai plus qu'à choisir ;-)

La petite famille est repartie le 14 juin, direction Chengdu, puis Pékin et le retour en France.... Pour moi encore quelques semaines de labeur. Et aussi préparation de la fête « de l'école » du 21 juin. Chacun est chargé de préparer un plat de son pays, et de chanter une chanson ! Bon la saison des pluies a débuté et je ne peux guère empirer les choses... On va bien voir si ils sauront reprendre en cœur le refrain de « Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.... !

A bientôt pour le compte rendu

在建

vendredi 25 mai 2012

Il faut bien s'alimenter

Mercredi 23 mai 2012

Depuis bientôt trois mois en Chine, et en particulier dans le Yunan, ne mangeant, faute de cuisine, et il faut bien le dire de volonté de cuisiner, qu'au restaurant, les expériences se sont multipliées.

J'ai certes mes préférences. Comme le repas communautaire du soir servi par Mama Naxi, la Guest House qui m'a hébergé les premiers jours après mon arrivée.

Préférence justifiée ! Le rapport qualité prix, du moins pour la vieille ville de Lijiang, est imbattable : 20 RMB soit moins de 2,5 € pour un repas complet, varié : souvent 5 à 6 plats différents posés au milieu de la table et dans lesquels chacun pique à la Chinoise, poisson viandes, profusion de légumes, riz et thé à volonté...

La nourriture n'est qu'un élément du repas. Comme les Français, les Chinois le savent. Il y a bien sûr des repas « utilitaires » Ils ne font pas oublier ceux où sont privilégiés la fête, la qualité de la vaisselle, l'ambiance, la communion... Sur ce plan, malgré des coutumes parfois assez étonnement différentes, nous sommes proches.

Chez Mama Naxi je jouis d'un privilège appréciable : celui d'ancien, quasi permanent, ce qui vaut les faveurs du personnel, la patronne et sa fille, le cuistot (essentiel!) et le personnel de service, dont l'adorable Lina, comme tous les autres, travailleuse forcenée, et aussi clown désopilant et affectueux.

C'est le lieu privilégié pour connaître des hôtes, toujours renouvelés, bien que souvent un peu identiques : j'ai du rencontrer une trentaine d'Israéliens semblant tous sortis du même moule, ce qui vaut aussi pour les Allemands, les Australiens, les Néerlandais pour ne parler que des plus représentatifs. Il y a aussi les personnages hors du commun... Souvent des « solos » mais pas toujours, comme ce adorable et formidable couple de cycliste Belges qui retournent chez eux en tandem depuis Singapour (voir leur blog étonnant dans mes liens)

Et puis c'est là aussi que j'ai rencontrée la pétulante et somptueuse rousse Nathalie qui m'a fait le plus beau cadeau en me faisant connaître Françoise dont une bible ne suffirait pas à recenser les étonnantes qualités.

Périodiquement, pour éviter la lassitude de la routine, des conversations parfois un peu répétitives : where you from ? When did you arrive in Lijiang, in China, how long ? Do you intend to hike the « Tiger Leaping..... » An so on.... Je cherche la nouveauté ailleurs.

Il y a les bistrots du petit déjeuner. Soupe de nouille de rigueur, typiquement Chinois ! Il faut parfois avoir le cœur bien accroché pour absorber la mixture, délicieuse, mais fortement épicée, face aux convives plutôt plébéiens qui absorbent la nourriture avec des gestes et des manières que nous ne tolérerions pas d'un enfant de 4 ans, quand ils ne crachent pas directement à mes pieds... C'est la version la plus populaire.

Tout aussi typiques certains restaurants du soir, éloignés des quartiers touristiques. Pas de menu en Anglais bien sûr, d'ailleurs rarement non plus en Chinois, du moins en Mandarin. On va directement vers le frigo accompagné de la patronne et l'on se compose son menu en désignant du doigt de mystérieux produits visibles à travers la vitrine réfrigérée. Souvent surprenant, toujours, ou presque, délicieux.

Mon préféré est celui qui se trouve le plus proche de l'école, pratique lorsque je ne veux pas trop perdre de temps de travail. Pa tant pour la cuisine, peu différente des autres, que pour la patronne...

Talons de près de 15 centimètres, une minijupe si serrée que je me demande si elle ne l'enfile pas mouillée pour la laisser ensuite sécher et rétrécir sur elle, un corsage du même métal.... De puis des jours j'espère le faux pas qui provoquera la rupture explosive de ces quelques centimètres carrés de tissu. Espoir toujours déçu : la bougresse est adroite.

Et non ce n'est pas la bonne photo... Dommage hein !

Il y en a d'autres, comme les bistrots destinés aux « westerniens » qui m'ont valu à deux reprises, lorsque j'y buvais un verre en vue de la rue, la surprise de voir débarquer une Chinoise venant se faire photographier à mes côtés, et même une fois sur mes genoux ! Après demande d'autorisation certes, mais je n'ai pas eu les cacahuètes !

Il y a les branchés où ceux qui veulent l'être. Sur les murs et la façade un panneau « Language Coffee » laisse augurer une ambiance de rencontres intellos... Depuis la fenêtre on peut distinguer un mur couvert de gravures Européennes, dans des styles s'échelonnant du 17ème au 19ème siècle. Certaines ressemblent à des tableaux de Boucher, d'autres de Daumier, il y a même une salle de restaurant Anglais du 19ème, une autre Rococo... Intéressant à première vue....

Mais à l'intérieur tout change. Des tables immenses couvertes d'un tapis vert de billard, entourées de banquettes tellement basses, moelleuses et éloignées de la table que le plateau de cette dernière se trouve à peu près au niveau du menton... Et pour tant je suis plus grand que la moyenne des Chinois. A l'évidence à moins d'être un contorsionniste éprouvé, on ne vient pas ici pour manger.

On peut boire en revanche. Je commande un bière que l'on m'apporte accompagnée d'un récipient de la taille d'un verre à Calvados. Fort du vocabulaire récemment acquis j'en réclame un plus grand et obtiens l'équivalent d'un petit verre à vin.... Bon tant pis il ne reste plus qu'à boire, cela fera oublier les bruits de crachats en provenance de l'office (j'espère que c'est au moins dans l'évier)

Il y a aussi les vrais bars sympas, comme le Fresnam, mon premier port d'attache où les chanteurs, Coréens, Chinois, Canadiens et.... Français (des potes à la longue) distillent du Blues et du contemporain de remarquable qualité pour le prix modeste d'un verre de vin Chilien pas si modeste que cela.

Deuxième port d'attache, un autre Pub Irlandais, mais sans chanteur ! Ou je peux me faire servir un Paddy par un autre copain, également occasionnel compagnon de classe où il récupère ses couchers tardifs en sommeillant sur la table malgré les tentatives désespérées de Fiona pour le sortir de sa léthargie.

De vrais restaurants Chinois plutôt chics. Celui tenu par Iouri (un autre copain Sino-Russe, lui aussi présenté par Nathalie) Plutôt bon …. Ah les tripes de porc à l'ail ! Les convives comme dans tous les restaurants sont plus intéressés par leur téléphone portable que par les plats ou même leur convives ! On se croirait dans le métro à Paris (je ne pense pas que les choses aient changé depuis mon départ)

Iouri est surpris non seulement par le plaisir procuré par ce plat, mais aussi de découvrir qu'il est assez populaire en France (bon en oubliant les piments!)

Je ne voudrais pas laisser croire que je passe mon temps à bâfrer et à boire ! Le travail est toujours là.

Ce soir retour à l'école vers 20h30. Fiona, toujours là (elle s'appuie quand même des journées de 12 heures, 6 jours sur 7) s'apprête à partir.

Loin de la frénésie de la journée on peut bavarder un peu, à la fraîche sous les étoiles, de façon plus détendue et moins « professionnelles » Je ne sais si beaucoup de Chinois de sa génération sont de la même trempe, quoique si je m'en doute ! Si c'est le cas la concurrence sera rude ! Bourreau de travail, perfectionniste, dynamique, se remettant sans arrêt en question, et tout cela sans jamais se prendre au sérieux... Mais je suis flatté car elle retourne le compliment... Elle n'a jamais vu des Occidentaux comme Munzel et moi travailler avec autant d'acharnement.... C'est bien.... On relève la réputation des Arabes et des Français (Munzel,bien qu'Américain est d'origine Palestinienne)

在建

德尼斯 炼金术士

vendredi 18 mai 2012

Homme de marine et supplices Chinois

Semaine du 15 mai

Le printemps semble définitivement installé à Lijiang. La preuve : il pleut ! Mais trêve de grognements, il est bien agréable de pouvoir sortir tous les jours méprisant parka et chaussures de randonnée, travailler dans la chambre en manche de chemise et oublier la couverture chauffante même si les nuits sont délicieusement fraîches (on est quand même à 2000 mètres)

Nuits qui seraient parfaites sans le vacarme horripilant des roquets voisins, heureusement pour eux bien enfermés, sinon je pense qu'il y aurait des noyés depuis longtemps.

La routine est installée : trois jours de cours, 4 jours, non de repos, mais de travail personnel... Les soirées où je ne travaille pas le lendemain sont l'occasion de brèves sorties et de rencontres parfois Chinoises (il faut quand même mettre les cours en pratique) parfois « westerniennes » avec la communauté locale des « semi-expats » locaux : Irlandais, Anglais, Indiens, Américains et même quelques rares Français avec qui j'ai bien du mal à ne pas rire lorsque,courtoisie oblige, nous devisons.... En Anglais. Au moins j'aurais autant progressé dans la langue de Shakespeare que dans celle de Lao Tzeu (qui de façon amusante s'écrit en Chinois « vieux machin » 老子) même si les niveaux de départ sont bien différents.

Un petit extra la semaine passée : j'ai accompagné Eva, l'une des enseignantes de l'école pour jouer l'accompagnateur lors d'une sortie « nature » des tous petits. Ce ne fût pas une journée perdue loin de là : parler avec les enfants est redoutablement instructif, et puis je me suis fait une jolie copine (n'est ce pas qu'elle est ravissante !) qui, complètement subjuguée, n'a pas lâché ma main de toute la journée, sauf (c'est quand même une fille!) lors de la distribution de bonbons.

Pour le reste, routine toujours favorisée par une tendance presque pathologique, obsessionnelle même, des Chinois d'ici (je suppose que c'est pareil ailleurs) à répéter sans cesse les mêmes actions. C'est presque Freudien.

La ville bruisse en permanence d'une chanson, toujours la même, éternellement diffusée dans les rues et les boutiques. Impossible de ne pas l'entendre 5 à 10 fois par jour (l'an passé c'était déjà la même) Face à l'école, un groupe tente de vendre des CD « folkloriques » Naxis, et diffuse de façon tonitruante, en boucle, une autre rengaine (oui il y en a au moins deux) de 14h00 à 18h00. Ce doit être, avec les chiens, la version contemporaine sonore de ce que l'on appelait le « supplice Chinois »

En ville des millions de visiteurs prennent inlassablement la même photo : la copine (ou le copain) sur fond de roues de moulin à eau, le sourire figé et les mains écartées, passent au stand de brochettes pour consommer des millions de pièces identiques devant les centaines de boutiques clonées.

Le soir, sur la place principale officient quelques marchands à la sauvette. Tous proposent le même objet. Cet hiver il s'agissait d'un jouet lumineux, lancé à l'aide d'un fronde, qui retombe en spiralant lentement dans les mains du lanceur (du moins s'il est habile) Colossal changement ce printemps : ils ont été remplacé par de petits parachutes colorés dont les centaines de corolles fleurissent dans le couchant.

Heureusement de temps à autre, on voit passer, au milieu des touristes sapés comme à Ibizza et des groupes folkloriques appointés de vrais habitants des villages venus faire des emplettes en ville.

Ce comportement collectif monomaniaque devient hypnotique. S'il n'y avait le travail je crois que je serais devenu fou ! Non en réalité je ne serais pas resté, j'aurais vite repris le sac à dos pour quitter ce monde kafkaien.

Bon j'exagère. Il reste la ville nouvelle, celle qui n'est pas touristique mais ou il fait si bon flâner pour voir vivre les gens « du bas » et puis il y a les myriades de collines qui offrent des promenades sans fin où, dans l'isolement, se déploie enfin une nature presque vierge.

Jeudi de l'ascension... Je travaille (et oui ce n'est pas la France ici!) mais l'occasion était trop belle pour ne pas en faire une grimpette sur la colline voisine. Quelques errements pour trouver un chemin détourné évitant les gardes chiourmes à l'entrée, errances parmi les tas d'ordures et les chantiers : le gars en photo ici a bien failli me coller les troncs en pleine figure, pour finalement trouver la solitude à 2400 mètres devant le superbe panorama habituel.

Là j'ai pu sortir mon MP3 pour écouter en boucle (ben oui je suis contaminé) puis répéter, tous les enregistrements des cours passés sans un chat pour me déranger. Finalement je recommencerais c'est bien plus agréable et productif que dans ma chambre.

Mais tout ceci n'est que pipi de chat à côté des performances Françoise qui bataille pour faire, munie seulement de 4 jours de nourriture et d'eau, une randonnée solitaire dans les environs de Kyoto sur un parcours que les « vrais hommes » ( il n'y a pas plus macho qu'un Japonais) bouclent péniblement en 6 selon la police qui lui a fait promettre de téléphoner tous les soirs. On voit qu'ils ne la connaissent pas bien....Une femme qui se permet de grimper puis redescendre les 66000 (Oui il n'y a pas d'erreur de zéro!) marches de la montagne d'Emeishan en chantant avec un sac de 20 kg sur le dos pourrait sûrement leur donner quelques leçons ! (Voir le dernier billet de son blog dans mes liens)

Je me sens l'âme d'une Bretonne resté au pays dont l'homme viendrait d'embarquer pour pêcher la morue sur les grands bancs. Mais après tout il faut savoir assumer tous les rôles, surtout face à une comédienne !

Petite déception, relative : je me suis fait voler mon vélo. Ici c'est une vraie plaie ! On dit qu'il n'y a pas de vieux vélos à Lijiang : ils n'ont pas le temps de le devenir. Mais comme je suis le chouchou de Fiona, elle me prête le sien, tout mignon tout plein... Je vais devoir remonter un peu la selle. !

在见!

jeudi 10 mai 2012

Il n'y a pas qu'une seule longue marche

Début mai 2012

Oui je sais. Comme me l'on fait remarquer mes aimables lecteur, et plus précisément lectrices, ce blog est en souffrance depuis quelque temps déjà. A cela plusieurs raisons.

Le travail, de plus en plus intensif, l'immersion de plus en plus prégnante dans la vie quotidienne d'une petite ville touristique Chinoise, et l'évolution inattendue, passionnante et passionnée d'une récente rencontre.

Les cours de Chinois ont en effet pris une importance que l'on pourrait trouver démesurée si l'on oubliait que c'était à l'origine l'une des principales motivations de ce retour en Chine. Ce n'est rien de dire que c'est très difficile, surtout pour une mémoire « amortie «  par l'âge. En moyenne douze heures par semaines, très denses (Fiona fait preuve d'un niveau d'exigence, mais aussi d'un dynamisme et d'une patience que j'ai rarement connus chez un enseignant occidental) Une simple anecdote pour illustrer ce qui précède : nous avons « récupéré » le pont du premier mai (fête nationale en Chine) par des séances supplémentaires le week-end suivant ! Il m'aura fallu aller en Chine pour constater que la « récupération » des jours fériés pouvait aussi se faire dans ce sens inattendu ! Je n'ai même pas essayé d'expliquer les psychodrames vécus en France lors des tentatives brouillonnes de récupération du 8 mai, ici je serais passé pour un extra terrestre.

Il est vrai qu'en discutant un peu avec les enseignants on peut apprendre qu'ils nous (les occidentaux) considèrent un peu comme d'aimables dilettantes, un peu paresseux, parfois à la limite du parasitisme social, mais tellement étranges : autonomes forcenés, indépendants, « romantiques »....Et cela inclut aussi les anglos-saxons ;-)

Ces douze heures ne sont rien à côté du travail personnel généré « hors cours ». Tous les après midi de 13 à 18 heures, deux ou trois heures en soirée, et, souvent un réveil matinal vers 5 ou 6 heures du matin pour grappiller encore quelques heures de révisions et d'entraînement.... Le régime classique d'un « Taupin » en somme !

Parler et comprendre ne sont pas aussi difficiles que je ne l'aurais pensé au départ, une fois un peu maîtrisées les subtilités des intonations qui peuvent donner à un même mots 5 sens différents (sans compter les homophones!)

Le vrai défi réside dans les caractères. En réalité il faut apprendre deux langues écrites : le pinying, en caractères latins dotés d'accents supplémentaires représentant les tons et en parallèle les caractères Chinois (version simplifiée, ne compliquons pas trop) beaucoup plus complexes avec la taquinerie supplémentaire que beaucoup de sons identiques se traduisent par des caractères différents, et que moult caractères identiques représentent des mots et sons différents....

L'alphabet Chinois (chiffre variable selon les sources) compte environ 8000 caractères, et pour pouvoir prétendre lire sommairement un journal il faut en connaître environ 2000.... J'en suis loin ! Nous en avons déjà étudié environ 600 mais le taux de mémorisation dépasse rarement 20 %.

汉子太难!

En pynying : hànze tài nán (Les caractères chinois sont très difficiles)

Parfois le découragement me prend en constatant que ce que je connaissait il y a deux jours s'est évaporé, mais cela dure peu : je suis psychologiquement du type « roseau obstiné » et le moral remonte lorsque je commence à percevoir une certaine logique de construction des sinogrammes, ce qui aide beaucoup pour la mémorisation.

Fort heureusement la technologie offre des outil puissants que ne possédaient pas mes prédécesseurs : que ce soit sur le smartphone, l'e Book, ou l'ordinateur. Des logiciels d'écriture et de conversion anglais – pynying – Chinois, des dictionnaires, des outils de reconnaissance d'écriture, des logiciels d'entraînement. C'est un atout considérable et j'ignore si sans eux j'aurais eu le courage de m'obstiner.

Lijiang est une petite ville, une sorte de Disney Land Naxi reconstruit en permanence, où même les urinoir disposent de la télé, souvent submergé par des hordes touristiques.

Mais la population locale finit par reconnaître les habitants permanents. Je suis toujours surpris par le nombre de personnes qui me saluent dans la rue, engagent un bout (limité ne rêvons pas) de conversation. Et ce ne sont pas toujours des commerçants ! Cela fait un peu drôle de commencer à se sentir devenir progressivement un peu Chinois, ne plus être trop dérangé par le bruit ambiant, les groupes compacts qui déambulent au pas d'escargot sans regarder devant eux, les crachats permanents...

Et, grâce à l'ambiance familiale et chaleureuse de l'école, il est difficile de rester blasé.

J'ai appris à me régaler de thé à longueur de journée, et même des classiques tasses d'eau chaude ! Ici on boit rarement de l'eau froide, et c'est finalement une excellente habitude. Seule, hélas, la bière est glacée. Les petits déjeuners de soupe de nouille, les « baozis »... Je sens que mes yeux commencent à se brider. J'ai même subi, pendant deux jours, les attaques sournoises d'une espèce de grippe dont le virus se moquait comme d'une guigne du vaccin Français injecté l'an passé. Soignée par la bonne vieille méthode : viande rouge (pas facile à trouver ici sauf à aller directement dans la cuisine) et cure de sommeil.

J'évite aussi, autant que faire se peut, les cafés dédiés aux « westerners » A force de me faire prendre en photo comme une bête en cage par les groupes de touristes qui défilent devant, expérience récente, recevoir sur mes genoux une superbe créature pendant que sa copine nous mitraillait avec son téléobjectif. (Je crois, sans certitude, qu'elles avaient toutefois demandé la permission) j'ai fini par redouter que l'on ne me lance des cacahuètes et tende des bananes.

Cela faisait des semaines que j'avais sacrifié voyages et découvertes des environs au profit du travail. Et puis.... J'ai fait une rencontre...

Ce blog n'est pas le lieu pour des épanchements intimes. Disons simplement qu'il suffit de se reporter au billet précédent, où j'évoque une passion commune, mais qui heureusement ne se limite pas à cela, pour la marche et l'aventure. Vous trouverez plus concret dans les liens du blogs, et je vous recommande particulièrement celui sur l'émission de France Inter consacrée à la marche...

Évidement le travail s'est trouvé un peu sacrifié pendant quelques semaines. Mais Fiona s'est montrée compréhensive : les Chinois sont si éperdument romantiques ! Et nous nous sommes offert une petite escapade de trois jours à Chengdu, ce qui va me permettre de donner un tour plus « classique » à ce Blog et même de publier quelques photos.

Asie_2011_2012.kmz Chengdu, capitale de la province du Sichuan n'est « qu'à «  600 km à vol d'oiseau de Lijiang. Une paille pour la Chine, mais le trajet peut se révéler plein de surprises. Françoise l'avait fait, deux semaines avant, par petites étapes, sans trop de souci, avant de revenir sur Lijiang... Coup de tête partagé.

Cette fois elle y retourne. Etape avant Shanghai, puis un bateau pour le Japon où attendent de belles et mystérieuses randonnées. Je profite de quelques jours de libertés « scolaires » pour l'y accompagner.

Nous avons décidé, sans jamais l'évoquer explicitement, de poursuivre, pour un temps, chacun notre propre aventure, certains que cela n'obérera pas l'avenir et même le rendra plus fort. La forte communion de pensées que nous nous sommes découverte rendant inutile d'exprimer des évidences.

Départ aux aurores donc,le jeudi 26 avril pour Panzihua, première étape sur la route du Sichuan où nous espérons trouver un autre bus en correspondance pour Chengdu.

A vol d'oiseau il n'y a que 150 km... Mais dans cette région du Yunnan les oiseaux sont des privilégiés. Le cours tourmenté du Yang Ze (la même rivière qui a creusé les spectaculaires gorges voisines du « Saut du Tigre ») déchire les montagnes en un complexe réseau de vallées étroites qui s'entrecroisent en d'incroyables imbroglios.

Encore un paradis pour randonneurs (aguerris!) des fenêtres du bus on rêve sur ces paysages tentateurs, alternativement sauvages et aux denses cultures en terrasses qui s'accrochent sur les moindres recoins disponibles. Les agriculteurs ici sont à la fois des acrobates et des terrassiers fabuleux. La beauté des paysages et la facilité relative du déplacement motorisé pourrait facilement masquer la somme d'effort et de génie qu'il a fallu déployer pour exploiter ces terres exigeantes. Une fois de plus on réalise que seule la marche lente, pas à pas, peut nous mettre en communion avec la vie réelle. Nous sommes comme dans un aquarium, munis de notre seule imagination, toujours insuffisante

Et puis, au moins sur le plan esthétique, cela se gâte vers le milieu d'après midi. Le relief s'apaise en une succession de plateaux plus doux. D'agricole le paysage devient industriel. Une longue succession d'usines gigantesques, et de centrales électriques grises et fumantes, des colonnes de camion chargés de charbon, des terrils et des mines à ciel ouvert. La population de la Chine à soif d'énergie, et il a bien fallu mettre ces centrales quelque part. Les villes, laides, se succèdent. Eternel dilemme : on préfère les paysages somptueux, mais pour les décrire ils nous faut alimenter électriquement appareils photos, ordinateur, et il nous faut manger, dormir, s'abriter au chaud.....

La gare routière de Panzihua est coincée en bordure d'une rivière grise. De l'autre côté une ville grise, assez glauque. Ce n'est pas vraiment un endroit des plus romantiques ! Mais ce n'est pas bien grave, il nous reste dans l'imaginaire du rêve en stock !

Un peu plus ennuyeux est la découverte en arrivant à la gare routière qu'il n'y a pas de bus pour Chengdu ! On nous conseille le train, mais nous savons qu'en cette préparation des congés du premier mai ils sont bondés, et que nous ne pourrons y trouver que des « sièges durs » pour y passer toute une nuit. J'ai déjà donné l'an passé entre Xian et Pékin, et nous ne sommes pas vraiment tentés par l'expérience.

Mais c'est l'Asie. A chaque problème sa solution, parfois boiteuse ou folklorique. La ce sont des « rabatteurs » qui nous proposent ce que nous comprenons de prime abord pour un voyage en « minibus avec sleeper »

Cela paraît bien un peu bizarre, mais nous n'avons pas trop le choix. Cela nous semble encore plus bizarre lorsque le minibus, où nous ont rejoints trois autres passagers Chinois, s'arrête sous un énorme entrelacs de voies bétonnées d'un échangeur autoroutier. Va t on se faire détrousser ? Non... Du moins pas encore. Nous escaladons à pied un sentier escarpé et terreux pour déboucher sur... la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute pour Chengdu ! Et là nous attendons....

Nos rabatteurs n'ont rien fait d'autres que de négocier des places sur un bus qui relie Kunming à Chengdu. Places probablement non officielles, car nous découvrons que toutes les couchettes sont occupées. Assis dans le couloir étroit sur des poubelles renversées, la nuit risque d'être longue !

Mais nous sommes en Asie, mais nous sommes d'incorrigibles optimistes, mais nous sommes des voyageurs aventureux et chanceux ! Un jeune Chinois galant, et oui cela arrive, offre sa couchette à Françoise pendant que je tente de trouver un repos relatif allongé à même le couloir, espérant que les passagers crachent bien directement dans les poubelles consacrées à cet usage.

Et puis la chance tourne. Après quelques heures, lors d'un arrêt intermédiaire, quelques places se libèrent. Nous trouvons refuge, bonheur indicible, sur les couchettes placée à l'arrière. Certes nous sommes sur les roues, certes nous sommes 6 alignés, certes la longueur des couchettes est calée sur les standard Chinois, certes ma voisine est une jeune mère de famille accompagnée d'un bébé que je crains d'écraser dans mon sommeil. mais au moins nous sommes à côté l'un de l'autre, et je peux même laisser dépasser mes pieds dans le couloir. ! Le confort, comme le bonheur, c'est relatif ! (A moins que ce ne soit l'inverse)

C'est étonnant, mais nous finissons par nous endormir, et ne nous réveillons qu'au lever du jour. Le bébé a été étonnement sage, et le restera jusqu'à la fin, sa mère le cajolant et le stimulant sans relâche, et les cahots ne nous ont pas dérangés. Tiens les cahots d'ailleurs il n'y en a pas : nous sommes arrêtés, coincés au sein d'une file sans limite de camions et autres bus. Bigre on ne va pas être en avance, l'arrivée était prévue pour le début de matinée. Un coup d'oeil au GPS révèle l'ampleur du retard : nous sommes encore à près de 200 km de Chengdu, coincés dans ce qui semble un embouteillage sans fin sur une étroite route de montagne.

On va y passer plusieurs heures, la file avançant parfois de quelques mètres pour se figer à nouveau. C'est bien on peut descendre se promener, aller faire des promenades pipi, acheter un peu de nourriture, sourire aux chauffeurs de camions qui tapent philosophiquement le carton, et faire risette aux habitants du village voisin qui n'ont pas l'air plus étonnés que cela de ce gigantesque capharnaüm.

Mètres après mètres, puis dizaines de mètres par dizaine de mètres le serpent de véhicule progresse. Nous aurons l'explication en début d'après midi. Des travaux routiers en phase avec la prolongation de l'autoroute imposent, sur seulement quelques dizaines de mètres, une circulation alternée. Encore et toujours la Chine ! Petites causes, effets démesurés.

Près de 24 heures de voyage ! Je m'étais pourtant bien juré.... Mais en voyage j'ai rompu tellement de serments et renversé tant de certitudes...

Finalement arrivés à Chengdu en milieu d'après midi et après une courte errance à la recherche d'un hôtel, nous avons du évidemment renoncer à notre programme initial d'excursion dans les environs. Pas grave, nous avons re, revisités Chengdu...

Et le lendemain matin, instruits par une longue expérience, nous avons écourté au possible les « au-revoir » faisant comme si ce n'était que pour quelques heures... Bus et avion pour moi, train pour Françoise direction Shang Hai. (au moment où je rédige ce billet) elle n'y est déjà plus, un ferry vient de la débarquer au Japon.

L'avenir n'est pas écrit, de cela au moins, plus quelques autres choses, comme notre retour en France, un de ces jours, nous sommes sûrs.

En attendant je retourne travailler : 我回来学校学习!

Zàijiän ! 在见

jeudi 12 avril 2012

Décidément je hais les chiens !!!!

Semaines du 1 au 12 avril

Et oui, la fréquence de publication s'est encore ralentie. Une première explication, facile, résiderait dans l'absence de découvertes et de rencontres causée par l'arrêt des voyages. Une seconde que les longues, intenses et répétitives tâches d'apprentissage ne sont propices ni à la disponibilité ni à l'inspiration de la rédaction.

Mais la première ne tient pas ! Comme un bateau temporairement mouillé dans un chenal fréquenté, je jouis du passage obligé d'autres wanderers venus du monde entier. Les rencontres sont donc au moins aussi fréquentes, aussi passionnantes. Ne manquent hélas que le temps et la disponibilité, sinon pour les exploiter (heureusement!) du moins pour les narrer.

Et puis il y a l'école ! C'est un bouillon de personnalités riches et attractives. Personne, ne s'amuse à étudier le Chinois par hasard. L'investissement est lourd et « chronophage » Pour les personnes de mon âge ce n'est pas un problème : le temps ne compte plus, mais les plus jeunes ne peuvent se le permettre qu'à condition de posséder les « outils» intelligence, culture, ouverture d'esprit, leur permettant une optimisation maximum de la performance.

J'ai déjà parlé de Mansel, mon « tóngxuésheng » (condisciple) Palestino-Jordano-Américain, il y en a bien d'autres. Le plus souvent, mais est-ce si surprenant, d'ascendances et cultures hétérogène. Comme par exemple l'étonnante Katia. Au départ on la voit comme une poupée Barbie d'un mètre 55... Au départ seulement... Puis on découvre que cette ravissante jeune femme, Russe d'origine, vivant maintenant en Alaska, d'une agréable simplicité et ouverture, parle Russe, Anglais, Japonais, et Français. Et que, probablement dans chacun de ces langages, maîtrise la culture du pays. En tout cas c'est vrai pour le Français que je l'aide parfois à pratiquer : elle connaît aussi bien poètes et auteurs du 17ème que le théâtre ou l'économie politique contemporaine.

Il en est de même pour les enseignants. Souvent très jeunes, sous des aspects déconcertants de fraîche gaminerie (regardez donc Fiona ma

  « Lâoshï »  

ne se prenant pas trop au sérieux) ils (enfin très souvent elles d'ailleurs) hébergent aussi une profonde culture, compétence et ouverture.

Mercredi dernier l'école entière a remplacé les cours par une visite « sortie de classe » dans un zone agricole modèle peuplée par des Naxis bons teint. Visite de fermes, de vergers, apiculture, exercices de labours, guidant à la main une charrue tractée par un Yak (cela demande du savoir faire, de l'habileté et de la force!) et bien sûr les inévitables démonstrations de danses et chants Naxis... Du coup je me suis surpassé, assez surpris d'ailleurs d'être le seul homme du groupe à avoir participé aux danses, et même à avoir très rapidement intégré les rythmes (celles qui me connaissent reconnaîtront l'exploit)

Même si nous n'étions pas vraiment dupe : il s'agissait à l'évidence de « villages Potemkine » la journée était agréable et instructive. Amusant aussi d'avoir pu faire jouer les contrastes en habillant Katia d'un costume Naxi : il s'agissait de la collision entre deux antipodes, et le résultat était plutôt réussi. Il est vrai que en réfléchissant bien c'est la femme qui habille le costume, pas le contraire.

Parmi les voyageurs, une rencontre m'a particulièrement impressionné, voire même touché. Ma copine Nathalie, vous vous souvenez probablement de cette flamboyante rousse dont j'ai publié la photo au milieu d'un champs de Colza, en visite à Shangrilla, frontière du Tibet quelque 200 km au nord de Lijiang, a fait la connaissance d'une autre française, Françoise, et a décidé qu'elle devait absolument me la faire rencontrer lors de leur retour à Lijiang. Car je ne pourrais qu'être en admiration devant elle. Et elle avait combien raison.

En effet, intelligente, ouverte, curieuse, passionnée.. Mais cela devient quasiment le minimum syndical des belles rencontres, Françoise est aussi une randonneuse. Mais pas une petite randonneuse du dimanche. Elle est venue de France.... A pied ! A travers Europe du sud, Turquie, Iran, Inde..... Au départ avec un compagnon, qui a du abandonner en Turquie suite à une blessure au pied, elle a continué seule, sans peur ni reproche comme au sein d'une profonde forêt Laotienne où elle a du gérer les menaces explicites de deux hommes armés, ne devant son salut qu'à son calme qui lui a permis de suffisamment temporiser pour voir passer du secours.

Bien évidement je suis tombé sous le charme. Nous avons donc, lors de mes quelques moment de liberté, pratiqué quelques randonnées dans les environs de Lijiang, entraînant dans un rythme soutenu la pauvre Nathalie, qui, pleine de courage, encore une belle qualité, a suivi, sans broncher, les deux spécialistes de la grimpette sur les raides collines de Lijiang. Puis pendant mes intercours, les deux femmes sont venues régulièrement me soutenir le moral, profitant aussi du thé coulant à flot dans le « campus ».

Chaque belle rencontre de voyage se termine par... Une séparation. Comme je l'ai déjà écrit, c'est à chaque fois une petite rupture, petite blessure, qu'il vaut mieux essayer de rendre le plus indolore possible. C'est pourquoi, malgré de longues conversations sous les étoiles ou dans les bars à musique, non pas à refaire le monde, mais à le vivre ensemble à travers nos différentes expériences, les au-revoir furent sobres et brefs....

Mais heureusement l'époque des bateaux qui se croisent dans la nuit et ne gardent de leur brève rencontre que l'écho d'un coup de sirène est révolue. De nos jours il y a les blogs (je vous engage à admirer celui de Françoise dont l'adresse est dans mes liens) les courriels et les téléphones portables.

Et c'est ainsi que nous en arrivons à l'explication du titre de ce billet...

Déjà le mauvais souvenir d'une morsure d'un sale cabot à Pnom Pen il y a trois ans, qui m'avait valu 14 douloureuses injections de sérum anti rabique 6 mois plus tard.

Il y a aussi ce roquet qui gueule toutes les nuits vers trois heures du matin, et que malgré tous mes efforts, je ne suis pas encore parvenu à dégommer (il est protégé, le veinard, par une haute clôture, mais il ne perd rien pour attendre)

Il y a aussi la chienne de Kiki, l'une des enseignantes, qui s'est pris, malgré ma haine des canidés et les coups de pieds que je lui balance en douce, d'une étonnante affection pour moi, et hélas pour le linge que je mets à sécher sur des étendoirs dans une arrière cours de l'école.

Mais ce n'est rien....

Il y a trois jours, appel téléphonique de Françoise depuis Lugu Lake où elle était partie avec Nathalie. <<Mauvaise nouvelle : à la fin d'une longue promenade cycliste, 40 km , la pauvre Nathalie s'est fait attaquer par un clébard, a lourdement chuté, et souffre de blessures inquiétantes aux deux mains. En l'absence d'Hôpital sur place, il est donc prévu de rapatrier la blessée sur Lijiang... Puis-je la réceptionner et m'occuper de son hébergement ? Bien sûr que oui>>

A réception de la malade, aidé par Iuri (un copain Russo Chinois de la belle rouquine) Nous constatons en effet que les blessures semblent sérieuses : la main gauche est très enflée, très douloureuse. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait de fractures car la majorité des mouvements sont possibles, mais la main est tellement complexe, tellement remplie de petits os, que l'on ne peut jurer de rien. Nous arrivons à convaincre Nathalie, que la perspective  d'aller à l'hôpital inquiète un peu de passer une radio.

Juste avant nous nous payons, histoire de détendre l'atmosphère, une bonne tranche de rigolade lorsque je tente, et finit par réussir, de retirer de son pouce gonflé, une bague très serrée, la lubrifiant à l'eau tiède savonneuse. Je vous laisse imaginer les dialogues que, hélas pour ma réputation, je n'ai pas enregistrés !

Nous avions eu tort de nous inquiéter de l'hôpital. Un peu crasseux certes, mais au terme d'une attente somme toute raisonnable (deux heures et demi) et pour un montant tout à fait modique (8à 9 € de radio et une quinzaine pour les médicaments) Nous avons la bonne surprise d'un diagnostic optimiste : pas de fracture... Juste une bonne semaine de repos. Nathalie va pouvoir se faire dorloter par Mama Naxi et peut être (?) par Iuri ?

Et voilà, une fois de plus pourquoi, comme de dit Françoise (cette femme est décidément pleine de qualités) je n'aime les chiens que dans mon assiette ou sous forme de tapis de descente de lit !

Sur ce reprise du boulot....

Zaìjiàn !!!!

对汉语太难! 比较 写很难

vendredi 30 mars 2012

Girls, women, nü and so so

30 mars 2012

Difficile de tenir un blog de voyage lorsque l'on ne voyage plus ! Du coup il perd en volume.... Pour tenter de pallier l'absence de matière, essayons un sujet de qualité, quoique souvent discutable, en tout cas toujours discuté, et... Inépuisable : Les filles serviront de fil rouge à ce court billet.

Trois semaines de cours déjà (il y a eu des interruptions) Des moments de découragement, et d'autres d'optimisme...Rien que de bien normal lorsque l'on se lance dans une tâche difficile.... Hier soir lors d'un petit bilan je me suis rendu compte que à ce jour une soixantaine de caractères, une bonne centaine de mots, sont maintenant assimilés. Et quelques dizaines de plus sont utilisables. Être capable de demander mon chemin dans la rue, de commander au restaurant, de compter sans limites, voire même de négocier un peu sur les marchés, de demander à Lina des nouvelles de la santé de son frère qui vient d'être opéré c'est gratifiant.

Mais d'ici la vue des montagnes qui restent à gravir est toujours aussi effrayante.

Le travail ne s'arrête pas avec les cours. J'ai pour l'instant renoncer à profiter des 4 journées libres pour effectuer des excursions. J'ai trop peur d'être « largué » Je m'offre juste quelques extra.

Une jolie balade en vélo avec Nathalie, un vrai fantasme personnel : rousse flamboyante, cheveux fous et yeux verts. Je lui ai fait découvrir les environs de Baisha, et même tenté, sans grand succès, de lui faire grimper à vélo les 500 mètres de dénivelé jusqu'au monastère Fuguo.... Elle est montée à pied ! Mais cela m'a permis au retour d'être gratifié d'un « Merci pour cette magnifique après midi, mais je suis épuisée, et j'ai mal au c... » Heureusement (Quoique une bonne réputation c'est également gratifiant) cela n'a pas été prononcé en public !

Soirées musicales au Freshnam café où attend maintenant un rond de serviette personnel. Hier j'ai même eu droit à un accueil triomphal et chaleureux des deux serveuses car j'étais le premier client à inaugurer leurs nouveau locaux. Accueil qui plus matériellement se traduit aussi par une réduction permanente de 50 % sur les consommations (Vin Chilien de préférence)

Mais cela ne doit pas perturber le travail ! Mansel, mon collègue Arabo-Américain vient me rejoindre régulièrement dans la journée pour des séances approfondies de révisions et d'entraînement dans les locaux de l'école normalement vides d'étudiants en cette fin de semaine. Nous sommes comme deux coqs dans un poulailler : Eva Kiki, et Fiona (La bondissante) toutes aussi charmantes les unes que les autres, assurent la permanence, nous chouchoutent, offrant thé, collations et répétitions improvisées.

Les filles nous ont confié que c'était la première fois qu'elles voyaient travailler autant des étudiants, et aussi, coïncidence ? La première fois que l'école recevait un Arabe et un Français.... Comme quoi les réputations !

Cela doit aussi les épuiser comme le montre la photo ci_jointe : Fiona et Eva en « pleine action » ( C'est aussi presque la seule façon d'arriver à photographier Fiona, à moins de disposer du 1/1000 sur l'appareil)

Nous avons également découvert nombres d'outils informatiques permettant d'accélérer l'apprentissage : répétiteurs automatique, synthèses vocales, reconnaissance de caractères, dictionnaires en ligne... Il existe vraiment des outils extraordinaires maintenant....


Mais c'est quand même mieux avec Fiona, Eva, Kiki et Lina ;-) (Oui je sais les Arabes et les Français....!)


Ce soir je suis seul chez Mama Naxi : dîner cuisiné spécialement pour moi seul par Lina....


Girls Girls...

奴是男的日


Je vous laisse traduire. Vous avez 24 heures...Chaque faute retire 4 points comme au bon vieux temps de mes études !

jeudi 22 mars 2012

Impressionantes femmes Naxi

Semaine du 21mars

Une fatigante semaine de travail ! Je ne me rappelle pas avoir fait autant d'efforts intenses et continus depuis les années de préparations et de concours qui suivirent le Bac. Mais à l'époque mon cerveau, plus jeune, absorbait les nouvelles connaissances comme Gargantua ses repas quotidiens.

Il n'en est plus de même maintenant. Effet de l'âge, et également perte de l'habitude, en des proportions que je préfère ne pas élucider. L'acquisition de connaissances est plus laborieuses. Les 4 heures de cours quotidiennes génèrent autant, sinon plus, de travail personnel. L'après midi y est consacrée, et, depuis la semaine dernière, j'ai également abandonné les sorties nocturnes pour pouvoir travailler un peu le soir, me coucher tôt, et reprendre l'étude le matin.

Heureusement les cours sont concentrés sur 3 jours, laissant 4 journées de liberté. J'ai décidé de m'en octroyer une complète de détente : randonnée, promenade,.... Et de réserver les trois dernières pour des révisions à un rythme un peu plus modéré, n'interdisant pas les sorties nocturnes.

Le dernier cours de la semaine coïncide avec l'arrivée du printemps. Mais ce n'est pas uniquement un repère calendaire : la température a enfin consenti à monter un peu depuis quelques jours. 5 à 6 degrés de plus, mais cela change tout : il ne gèle plus la nuit, et je peux abandonner la polaire une bonne partie de la journée. C'est bon pour le moral, et c'est bon aussi pour le travail.

La première détente de la journée, s'est passée avec la souriante et adorable Eva (Huï Fän)

Ayant appris en effet que je payais 50 € par mois pour louer un vélo, elle a proposé de m'accompagner pour.... En acheter un ! Nous avons donc fait les boutiques vélocipédiques. Et le choix est tombé sur un superbe VTT, 24 vitesses, freins à disques, dérailleur Shimano...Assez léger, pour la somme faramineuse de..... 60 € (après il est vrai une belle négociation de la part d'Eva) L'équivalent en France coûterait entre 400 et 500 € ! Et avec ça je peux grimper l'Himalaya, enfin une partie.

Il sera amorti en un mois de location !!! Et même moins si j'arrive à le revendre à la fin du séjour. Sinon Eva m'a proposé de le garder en pension, et je pourrais le retrouver lors de ma prochaine venue. Bon je dois acheter en plus quelques outils, un peu d'huile, un antivol, une pompe, mais là aussi les coûts sont dérisoires....Évidement Eva a eu droit à une énorme boîte de chocolats, plus une invitation à dîner.

Demain matin Mansel, mon condisciple américain vient me rejoindre. Nous avons décidé de nous offrir, pour nous vider la tête, une bonne randonnée, bien exigeante physiquement. Comme écrivait Rabelais : Mens sana in corpore sano....


Il y a toujours des surprises en Chine ! Avant d'aller dîner chez Mama Naxi, je décide de m'offrir une bière au bistrot musique où j'ai quasiment un rond de serviette. Et hop me volilà invité à dîner. Sympathique repas Coréen et Chinois ! Heureusement plusieurs des convives ne se limitent pas à ces langues mais pratiquent aussi un bon Anglais !

La matinée suivante est en principe plus calme. Mais c'est compter sans la présence quasi permanente de Fiona à l'école ! Je la soupçonne d'avoir les dents qui rayent le plancher (vu sa taille ce n'est pas difficile!) car elle travaille beaucoup et semble s'occuper de tout. A la place de la Directrice, beaucoup plus « relax » Je me ferais du souci. Il est vrai que Fiona est une Naxi et la réputation des femmes Naxi n'est pas usurpée : bosseuses, volontaires, autoritaires et dominatrices.... En tout cas elle semble m'avoir pris sous son aile (vu sa taille c'est un exploit) peut être par respect pour la somme de travail qu'elle me voit abattre. Ce qui fait que tous les matins j'ai droit à une rafale de questions et d'interrogations en Chinois. Dur dur au réveil, mais finalement merci Fiona ! Cela me fait un bien fou...

Mais ensuite il n'est pas question d'abandonner notre journée de détente. Mansel et moi abandonnons l'idée de la rando en montagne car le temps est menaçant. A la place nous prenons le bus pour Baisha. Et là j'ai droit à un autre type de leçon : comment négocier les prix ! Mansel souhaite s'acheter quelques pièces artisanales particulièrement intéressantes ici. Or Mansel est d'origine Palestino-Jordanienne (et non Lybienne comme je l'avais cru) et la négociation c'est évidemment sa culture ! Assez drôle d'être le spectateur d'une négociation entre lui et une femme Naxi ! Et je dois reconnaître qu'il est très bon.... Il arrive à diviser le premier prix (folklorique il est vrai) par 5 ou 6.... Impressionnant.

Ensuite nous allons nous faire offrir un thé par Iris à l'école de broderie. Elle présente encore de nouvelles pièces, toutes plus belles les unes que les autres. Et sa mémoire est toujours impressionnante : je ne l'ai pas vue depuis 10 jours, mais elle constate que j'ai changé de polaire ! Oui Iris aussi est Naxi....

Et bien sur au retour, nouvelles rafales de questions en Chinois... Fiona est toujours là et même Eva, pourtant habituellement plus discrète, s'en mêle.... J'adore être tourmenté par les femmes.


在建 德尼斯

samedi 17 mars 2012

Petits étonnements au quotidien

Semaine du 15 Mars

Le blog a pris un tout autre rythme, formaté par celui du travail scolaire. Une douzaine d'heures de cours intenses en petit comité (3 ou 4) pendant trois jours de semaine, et 4 jours de libres. Mais ce ne sont pas des jours de paresse ! Il y a l'intendance, le ménage, les courses, et....Surtout le travail personnel. Surtout ne pas prendre de retard car ma prof est un vrai bourreau !

Elle s'appelle Huan Fan, mais ici tout le monde la nomme Fiona. C'est la tradition pour les Chinois au contact des étrangers de prendre un nom « Anglais » (quoique Fiona?) et à l'inverse les étrangers en longue durée en Chine se voient doter d'un nom Chinois, basé sur le prénom et aussi sur le caractère. Le définitif est encore en attente en ce qui me concerne, mais Fiona, incapable de prononcer correctement Denis, m'a provisoirement baptisé Dàn Nï Xi.

Cela ne se prononce pas vraiment comme je l'ai écrit, car , et c'est une des joyeuseté de la langue Chinoise moderne, chaque caractère « Hànyû » a un (un seul dans le meilleur des cas!)- équivalent en graphie occidentale. Alphabet agrémenté de quelques accents supplémentaires indiquant les tons, ce qui permet une communication plus facile, l'utilisation de claviers d'ordinateurs (imaginez ce que pourrait être un clavier permettant de saisir les quelques 8000 caractères Chinois ou du moins les 3000 plus usuels!) et, théoriquement un apprentissage plus rapide. Cet alphabet s'appelle le Pynying.

Mais comme je l'ai écrit plus haut, Fiona est un bourreau et finalement il nous faut apprendre les deux alphabets ! Double travail.... Donc.

Fiona fait un peu penser à ces boîtes d'où surgit brutalement un diable poussé par un ressort. A la seconde précise du début de chaque court elle bondit dans la classe en nous apostrophant en Chinois. D'ailleurs elle n'arrête pas de bondir, gesticuler, faire des grands signes. Ravissante, toujours souriante, mais une tornade de dynamite et ne laissant rien passer. On en bave. La mémoire est à rude épreuve : retenir les mots en pynying, les caractères Hànyû, et le sens.... Tout se mélange....

Mansel, mon collègue Américain et moi nous soutenons mutuellement le moral, relevant que de façon amusante si nous partageons les mêmes difficultés de mémorisation, les problèmes de prononciations nous sont bien spécifiques : il rit de mon incapacité à bien maîtriser les « h » aspirés, je lui renvoie les diphtongues nasalisées et les « r »... Chacun ses petites misères !

Et nous commentons aussi nos étonnements sur les habitudes Chinoises qui nous déroutent. Si nous commençons à ne plus trop nous émouvoir des crachats perpétuels, c'est pour en découvrir d'autres. Comme celles de toujours se déplacer lentement en groupes compacts (Un vrai Chinois n'est jamais seul) à trois ou 4 de fronts dans la rue, ce qui ne facilite pas les croisements, l'intense volume sonore des conversations, le besoin irrépressible de se faire photographier dans des positions excentriques devant monuments ou paysages sublimes.

Nous avons décelé aussi quelques bizarreries relatives aux prix des produits et services. Voulant acheter une ramette de papier machine (Les exigences de Fiona nous en font faire une grosse consommation) nous nous sommes rendus dans un super marché pour découvrir qu'une ramette coûtait près de 20 € ce qui est particulièrement élevé. Nous rendant ensuite dans une petite boutique de papeterie, un véritable capharnaüm, nous avons pu en acheter au détail pour environ 1,5 € l'équivalent d'une moitié de ramette. Mais comme c'était au détail, l'employé a compté, UNE PAR UNE, chacune des quelques 200 à 300 feuilles !

Dans le contexte studieux les sorties sont une détente. D'autant que le week-end sera court car les horaires changent la semaine prochaine. Du mercredi au vendredi ils passent du lundi au mercredi, ce qui fait que j'ai du renoncer à un petit voyage vers un joli lac : deux jours seulement de liberté suffisant à peine à écluser le travail personnel.

Le vélo dans Lijiang représente une bonne détente. Le pilotage contraint à rester vif et éveillé. Selon l'aphorisme bien connu en Chine il y a des vieux cyclistes, des cyclistes rêveurs ou maladroits, mais pas de vieux cyclistes rêveurs et maladroits.

Les Chinois sont pourtant loin d'être les pires conducteurs d'Asie : véhicules de bonne qualité en excellent état, souvent luxueux. Les feux sont respecté, la vitesse raisonnable et l'usage du klaxon modéré. En revanche en ce qui concerne les deux roues la loi du plus fort s'applique.

Que ce soit envers les bicyclettes ordinaires, les vélos et les motos électriques (le parc est impressionnant, il n'existe quasiment pas de moto ou scooter à moteur thermique) ou les piétons, le mépris est total : voitures et bus coupent la route sans vergogne en tournant à droite ou en se garant et personne ne regarde avant d'ouvrir sa portière. Mieux vaut éviter les pistes cyclables beaucoup trop dangereuses sous ce rapport, ou alors faire comme les locaux : les utiliser à contre-sens.

Quel contraste avec la courtoisie de l'accueil dans l'administration, courtoisie qui compense la complexité et la longueur des formalité. Presque autant qu'en Inde (ou l'absence de courtoisie et même une certaine forme de mépris sont fréquents) Après avoir obtenu la prolongation du visa pour 5 mois on m'a demandé de retourner au poste de police local, à l'autre bout de la ville, pour enregistrer le nouveau numéro de visa dans le permis de séjour... C'est pourtant la même administration ! Ce simple changement de numéro a bien demandé 20 minute de travail acharné sur le clavier de l'ordinateur au fonctionnaire. Il lui fallait passer du Hànyŭ au pynying, faire la modification, puis utiliser un traducteur pour retranscrire le pynying en Hànyŭ, mais cela n'explique certainement pas tout....

Bonne anniversaire à mon Sachounet préféré !

mardi 13 mars 2012

Clipeticlop sur la route du thé

Samedi 11 au dimanche 12 mars 2012

Ouf un long week end (les 12 heures de cours hebdomadaires sont concentrées sur trois jours du mercredi au vendredi) Pas volé. Les cours sont intenses et fatigants, et chaque heure de cours en génère au moins autant de travail personnel pour ne pas être noyé.

Samedi travail pendant la première partie de la matinée, puis les températures confirmant les prévisions météorologiques (17 degrés et soleil dans la journée) vélo pour une balade à Băisha. Plusieurs prétexte à cela : faire un petit bonjour à Iris et Simon, récupérer dans un bistrot signalé par un autre voyageur un excellent plan des gorges du saut du tigre, et surtout vider la tête par l'effort physique.

A ce sujet Iris a une idée : elle me présente une de ses nouvelles enseignantes et propose de suivre des cours de broderie avec elle... Pourquoi pas Nalia (c'est le nom de jeune enseignante) est sympathique et comme elle ne parle quasiment pas Anglais, je ferais d'une pierre deux coups. Cependant je me demande si mes yeux sont encore assez bons pour un tel travail : les aiguilles utilisées sont parfois aussi fines qu'un cheveu... Enfin affaire à suivre.

Je n'avais pas encore réellement visité le nord de la ville. J'y découvre un gros bourg, encore à l'écart de la fréquentation touristique, où les maisons Naxis n'ont pas été refaites à la « Chinoise » Briques de terre crue séchées au soleil soutenant des charpentes de bois. Le cadre est magnifique avec en toile de fond le pic de la dent de jade enneigé devant une foule d'arbres fruitiers en fleurs. Symphonie de rose et de blanc. Le printemps frappe à la porte (et ce n'est pas trop tôt)

Le village est calme et discret. Silence à peine rompu par quelques meuglements de vaches et les soupirs du vent dans les toitures. Au début seul les chiens locaux remarquent ma présence, vite calmés lorsque je fais mine de saisir une pierre. Mais quand je commence à prendre des notes dans mon petit carnet, tout le monde m'entoure, lit par dessus mon épaule (qu'est ce qu'ils peuvent bien lire ?) et commentent à haute voix (un Chinois cela parle très très très très fort, mais 5 Chinois valent une salle de meeting électoral !)

Retour en ville par.... Le chemin des écoliers, mais il restera bien encore, après la douche, une bonne heure et demi de travail dans le jardin, encore ensoleillé qui entoure l'immeuble où se situe l'école et ma chambre. Puis il est temps d'aller dîner chez Mama, plaisanter un peu avec l'espiègle Lina qui s'amuse à s'habiller « loca » , et finir la soirée en musique au Fresnam café.

Dimanche

Il faut savoir sortir du cadre, scolaire en l’occurrence. Le réveil sonne à 6h00, mais bien sûr j'étais réveillé bien avant. Un peu engourdi par le froid matinal J'ai un peu de mal à bredouiller à la « chauffeuse » (nous sommes en pays Naxi) du taxi que je veux aller à la gare routière. Au début les tons sont un peu rouillés par le gel, puis ce la se débloque.

A la gare routière j'ai une heure d'avance ! Je suis venu à l'inspiration car en Chine il est très difficile d'obtenir des horaires (même en Chinois) Les agences de voyage ne savent pas ce que c'est (ou ne veulent pas le savoir) et aucun guichet à la gare routière n'en donne. Débrouille toi garçon. Enfin cela donne le temps de déguster sans me presser la traditionnelle soupe de nouilles(Meīn tôu)

Deux heures trente de route en montagne, comme à l'habitude superbe, alternance de forêts de pins et de points de vue surplombants de petites vallées sculptées de rizières en terrasse. Arrivé à JianShuan, je devrais me débrouiller pour trouver un autre moyen de transport : mini van, taxi collectif.... Pour la dernière partie du trajet. Cela va être chaud ! Mais non ! Un des autres passagers, Chinois assez bon anglophone, fait le même trajet et propose de partager. Grâce à lui nous trouverons un Minivan pour une poignée de Quäys (Si vous ne voulez pas paraître « touriste » ici il ne faut pas dire Yuän mais Quäy – prononcer kouaille-ou Maos : 10 Maos valant un Quäy ou un Yuan, ou un RMB (Littéralement la monnaie du peuple)) C'est tout simple n'est-ce-pas ?

Arrivée à Shānxi un peu avant midi. Shānxi est l'une des trois villes encore existantes qui jalonnaient la « route du thé » conduisant du sud du Yunnan vers le Sud de l'Inde, via le Tibet. et c'est la mieux conservée. Chō Lù Duëi, mon mentor Chinois, descend à l'auberge de jeunesse. Cela tombe bien car je souhaite en acheter la carte de membre, pas encore disponible en France lors de mon départ. En Chine les auberges de jeunesses sont ouvertes à tous, souvent très confortables, et disposent d'une gamme étendue de service. En effet la GH est parfaite Plusieurs bâtiments en bois autour d'une cour carrée à la mode Dai, remplie d'arbres en fleurs. La chambre est petite, mais il y a l'essentiel : salle de bain et... Couverture chauffante, et la convivialité habituelle.

Le village de Shānxi est incroyablement calme et paisible à côté des autres « villes musées » de la région. Les « rénovateurs » n'ont pas encore sévi. L'ancienne ville caravanière a continué vivre doucement sans perdre son âme, à part les inévitables rues à boutiques, il reste de nombreuses ruelles qui ne doivent pas être très différentes de ce qu'elles étaient à l'époque, modulo l'évolution et l'entretien des constructions.

La place du marché qui était l'ancien point de ralliement des caravanier est une grande cour carrée, pavée de granite, plantée d'un arbre antique et noueux au tronc boursouflé qui doit se souvenir peut être des chevaux chargés de galettes de thé compressé. Elle est bordée par un temple Bouddhiste d'architecture Dai (on a quitté le monde Naxi) Trois pavillons, tous coiffés du classique toit de tuiles à cartouches, supportés par des charpentes de bois, sophistiquées et élégantes. L'ensemble reposant sur un réseau de piliers de bois eux même posés sur des tambours de pierre. J'en ai vu des dizaines semblables, mais à chaque fois l'élégance de cette architecture me plonge dans le ravissement.

A l'extérieur du village proprement dit se trouve la route des caravanier et le pont qui leur permettait de franchir la rivière protégeant la ville. Un beau pont de pierre à la courbure prononcée. Les gardes corps sont ornés de têtes de.... ? (lions peut être) sculptées. Le temps et les conditions climatiques les ont polies et usées jusqu'à les rendre difficilement reconnaissables, mais sans leur ôter leur charme étrange. Il suffit de tendre l'oreille pour percevoir, par dessus le chant de la rivière et des oiseaux, les clipetis fantômes des chevaux des temps révolus.

Dans une des salles annexes du temple précédemment visité j'ai pu consulter les projets de « réhabilitation et de développement touristique » envisagés. Nul doute que la ville risque de devenir, comme Lijiang, une cité en grande partie reconstituée, et que les têtes de « lion » qui m'ont tant ému soient remplacées par des sculptures neuves sans trace d'usure, les maisons les plus branlantes abattues et remplacées par des copies neuves.... C'est la méthode Chinoise.

Au début cela me choquait un peu, et beaucoup de touristes occidentaux le sont aussi. Mais finalement, après réflexion, je suis devenu plus modéré. Certes on perd l'émotion induite par la « patine du temps » mais d'un autre côté on peut contempler les lieux tels que les contemporains les voyaient réellement, pas par exemple comme nos églises devenues austères, mais qui étaient à l'origine couvertes de peintures aux vives couleurs....Et je me mets à réfléchir.....

Si Léonard, ou celle qui lui a servi de modèle, où ses contemporains, voyaient la Joconde telle qu'elle est maintenant au Louvre, assombrie, craquelée que penseraient ils ? Seraient ils émus comme nous par les « cicatrices » du temps ou choqués par la dégradation.... Et nous que penserions nous en voyant l'oeuvre (ou une copie) avec toute la fraîcheur initiale ?

Je vous laisse y réfléchir, en tout cas mon opinion est loin d'être arrêtée.... L'idéal serait bien sûr pouvoir bénéficier des deux options...

Quoiqu'il en soit la ville est pleine de charme et les environs sont superbes. Je compte bien y retourner pour l'un de mes prochains week-end prolongés, ne serait-ce que pour randonner dans les montagnes environnantes, pleines de charmes et de souvenirs. Et le soir, la pureté de l'atmosphère et l'absence de lumière, offre un ciel étoilé d'une rare qualité.

Lundi

Promenade dans les environs en compagnie d'un couple de Français rencontrés à L'auberge. Nous refaisons une (toute petite) partie de la route des caravanes, visitant d'autres villages, tout aussi pittoresques, dialoguant avec les enfants, poussant les ânes pour avancer dans les ruelles, et contemplant les vieux en pleines parties acharnées de dominos.

Retour à Lijiang dans l'après midi... Cette fois je peux « rembourser » de son aide Chō Lù Duëi qui se rend également à Lijiang, mais ne sais pas où je trouve la YHA (Auberge de jeunesse) Or comme c'était là qu'étaient descendus Bert et Carole, je ne suis pas peux fier de pouvoir briller en guidant mon compagnon Chinois à travers bus et labyrinthe de la vieille ville.

Soirée habituelle. Mais en me rendant au « Fresnam Café » J'ai le plaisir de rencontrer un groupe de Chinois autour d'une lunette astronomique : ils sont en train d'admirer le spectacle magnifique offert déjà depuis plusieurs semaines : une belle conjonction Vénus et Jupiter avec Mars à l'opposé... Évidemment ils se font un plaisir d'autoriser l'usage de l'instrument et de m'enseigner le nom des planètes en Chinois.

Zaìjiän ! 再见

jeudi 8 mars 2012

Tons sur tons

Mardi 6 au Jeudi 8 mars 2012

Le changement de rythme et d'atmosphère est complet. Redevenir étudiant compose une toute autre vie que celle de voyageur. Il y a les cours, le travail personnel, les instants de détentes, et, inévitables, le traitement des questions administratives.

Dans la classe des « super débutants » (On se valorise comme on peut) nous sommes 5 inscrits, mais le plus régulièrement 4. Cela permet une excellente intensité de travail.

Un couple de Coréens (mais la femme ne vient pas souvent) leur fille, née au Chili mais de nationalité Brésilienne où elle vit un Californien qui vit à Paris (mais ne parle pas Français) et un Français (moi) qui ne rajoute pas à la simplicité vu mon lieu de naissance et ma filiation.

Ces imbroglios identitaires ne troublent pas Fān, notre enseignante qui en a probablement vu d'autres. Elle est particulièrement dynamique et pleine d'humour, et, ce qui ne gâte rien, très jolie. Malgré son très jeune âge elle se révèle excellente pédagogue. Et c'est utile car les débuts sont ardus !

Lors des premiers cours on acquiert peu de vocabulaire. La vraie difficulté est ailleurs. Le Mandarin est une langue tonale ( 4 tons plus le ton « normal ») Et il est nécessaire de bien les maîtriser car les mots sont très courts (une ou deux rarement plus, syllabes) dont l'intonation peut complètement modifier la signification.

De façon assez surprenante ce sont les Coréens qui éprouvent le plus de difficulté (leur langue n'est pas tonale, et leurs consonnes sont très différentes) et celui qui s'en sort le moins mal, mais tout est relatif, c'est.... Moi (suivi par la Brésilienne) L'américain souffre de l'emploi de certaines consonnes « dures » et certaines diphtongues nasales, pour les quelles les francophone sont avantagés. En particulier le « e » très employé qui se prononce presque comme en Français « e » très fermé lui cause beaucoup de souci, de même pour le « i » qui se prononce entre i et é, très proche encore du Français, et sans parler des nasales « ing » « ang » « eng »....

Cela demande en plus beaucoup de travail et d'entraînement répétitif lorsque les cours sont terminés, et la saturation vient vite. Ensuite il faudra mémoriser tous les mots avec leur tonalité propre, et ça c'est une autre paire de manche, qui reste cependant « a walk in the park » par rapport à leur graphie en Chinois (simplifié ouf!)

En revanche je m'inquiétais à l'avance par d'éventuelles difficultés dues à un enseignement en Anglais, mais finalement cela se passe très bien, Fān est en effet une excellente anglophone et son accent reste très accessible.

Pendant les travaux, les formalités administratives continuent ! Pour prolonger le visa qui expire normalement le 14 mars, je me suis rendu, en vélo, au péril de ma vie ! au « Government Building » Une immense bâtisse à l'architecture Stalinienne, véritable ruche de fonctionnaires et de policiers.

Accueil irréprochable : un policier à l'anglais irréprochable, m'a accueilli en m'offrant une tasse de thé après m'avoir fait asseoir. Les formalités furent un peu longues, mais semble-t-il sans anicroches. En tout cas j'ai rendez vous mardi 13 (le dernier jour du visa) pour en recevoir un tout neuf valable jusqu'au 7 juillet... Touchons du bois !

Et puis la vie d'étudiant se doit de comporter des instants de détentes. Des réguliers comme les dîners chez Mama Naxi, parfois un peu stressants car l'un de ses aides, John, un Écossais, s'est pris d'amitié pour moi. Il est sympathique certes, mais particulièrement bavard, et il parle à toute vitesse avec un accent disons... Spécifique et c'est souvent très fatigant ! Mais cela me permet aussi de rencontrer chaque soir des personnes de différents horizons et c'est bien agréable.

Le soir j'ai ma table au « Freshman » café. Musique et vin Chilien à moitié prix (la patronne m'a à la bonne) Le vin est bon. Belle robe, nez de fruits mûrs, bien équilibré. Dommage que, probablement pour satisfaire au goût américain, il ait été autant chargé en « boisé »

Pendant ce temps là Lijiang est en fête. Des centaines, si ce ne sont des milliers, de femmes en costumes ethniques différents mais tous aussi brillamment colorés, envahissent les rues et se lancent dans des danses endiablées. Circuler dans les rues étroites devient encore plus difficile qu'à l'accoutumée, surtout compte tenu de l'habitude Chinoise de se déplacer non seulement en groupe, mais aussi tous de front, méprisant totalement le piéton solitaire qui vient en face.

Mais tous les groupes ethniques ne sont pas si classiques. Le modernisme frappe aussi parmi les clientes de chez Mama.

Ainsi va la vie au « quartier latin » de Lijiang.... Bien remplie, ce qui explique la rareté des billets.

mardi 6 mars 2012

Avions de Chasse, vélo et Chinoiseries

Samedi 3 au lundi 5 mars 2012

Toujours des rencontres pleines d'intérêt. Jusqu'à cette année les Israéliens croisés en Asie, plutôt rares d'ailleurs, ne m'avaient pas laissé ne excellente impression. Souvent bruyants et arrogants. Mais cette année toute une série s'est succédé à Lijiang. Coïncidence peut être car d'après ceux que j'ai rencontré ils sont assez rares à voyager en Asie, donnant en général la préférence à l'Amérique du Sud. Cette fois ils sont beaucoup plus sympathiques. Peut être est-ce aussi mon regard qui change.

Imery et Tamara forment un jeune couple bien attachant. Ouverts, curieux, dynamiques. Ils ont décidé de s'offrir une longue période de voyage entre leur service militaire (3 ans!) et la reprise des études. Tamara en particulier m'impressionne : petit bout de femme d'à peine 1,60 mètre, études scientifiques de haut niveau, elle a passé son service militaire à entraîner les pilotes de chasse Israéliens sur simulateurs de vol.

A première vue sa simplicité et son sourire, et même une apparente timidité, masquent une forte personnalité et volonté qui transparaît lorsqu'on la connaît un peu mieux. Et j'imagine qu'il en fallait pour survivre dans le milieu des pilotes qui doit être (à moins que je ne sois encore victime d'un préjugé) assez macho.

Le dimanche a ensuite été consacré à une longue randonnée dans les environs de la colline de « l'éléphant » Celle là précisément dont les cerbères interdisent l'entrée aux groupes inférieurs à 4 personnes. Mais maintenant que la région m'est familière je connais les passages « secrets » permettant d'entrer dans le domaine en évitant les contrôle, ce qui me donne la joie au retour de passer par les check points en laissant les coordonnées d'une personne qui sort mais n'est jamais entrée. Gaminerie certes, mais les pays « pointilleux » comme la Chine ou l'Inde excitent mes envies de provocations gratuites : c'est la revanche de « l'administré » sur la bureaucratie.

En tout cas les chemins escarpés sont un excellent outil de maintien de la forme physique et aussi de la lutte contre le froid.

Lundi a été consacré à l'étude. Je commence à me « désensibiliser » de la tendance à utiliser l'Anglais et les signes... Les progrès sont lent, mais, du moins à l'oral, il m'est possible de demander mon chemin, commander au restaurant, réclamer verre, fourchette,...Réclamer l'addition en respectant un minimum de formalisme et de courtoisie. Et à l'oral et à l'écrit je maîtrise bien maintenant les chiffres, ce qui permet de compter, et une bonne partie des expressions calendaires et temporelles. Très basique encore, je n'en suis pas à pouvoir compter ….Fleurette... Mais Beijing ne s'est pas fait en un jour.

En soirée une bonne surprise (pour moi, mais une petite déception pour eux) : le retour de Carole et Bert ! Les récents événements dans le Sichuan (suicide d'un moine Tibétain en particulier) rendent les autorités paranoïaques et ils n'ont pu obtenir de permission pour se rendre à Chengdu par la route directe en longeant la frontière (pourtant relativement éloignée) du Tibet.

Soirée sympathique donc à parler d'un peu tout, et pas seulement de technique vélo « au long cours » malgré mon vif intérêt pour la chose, car ce sont des personnes cultivées et pleines d'ouverture d'esprit. Nous avons aussi confronté nos vues sur le « pinpointing » c'est à dire la conception Chinoise souvent assez rigide pour nous de la réglementation.

Le règlement c'est le règlement et il est inutile de discuter pour obtenir assouplissement ou tolérance. En revanche on peut assez facilement les désarçonner par une action de « désobéissance » tranquille et affirmée car ils ne s'y attendent pas. L'exemple de Bert, vidant autoritairement la soute du bus de ses bagages pour y enfourner le tandem alors que, malgré la place disponible, le chauffeur ne voulait pas prendre de vélo, est caractéristique : le chauffeur a accepté le « fait accompli »

Idem lorsque la cerbère du parc ne voulait pas me laisser passer : J'ai simplement dit « Non » avec le sourire et je suis entré...Aucun Chinois ne ferait cela, et elle s'est trouvée désarçonnée.

Mais il faut bien sûr éviter de se fâcher, car en général les fonctionnaires ou employés sont d'une courtoisie exemplaire. Comme ce mardi matin où je me suis rendu au poste de police pour obtenir un « permis de séjour ».. On ne m'a pas offert le thé mais presque, et le fonctionnaire de police parlant heureusement un excellent Anglais, m'a laissé son numéro de téléphone personnel pour le cas où j'aurais des soucis ou interrogations.

Il n'empêche qu'en sortant des locaux de la police je suis tombé sur un spectacle plus dérangeant. Un homme, mains liés dans le dos et tenu par deux policiers, s'est vu bâillonner à l'aide de plusieurs tour d'un épais et large ruban adhésif (du type de celui utilisé pour fermer les cartons de déménagement) En France je n'aurais pu m'empêcher de l'ouvrir, et faire remarquer que si l'homme était enrhumé il pourrait mourir asphyxié, mais ici que faire ? que dire ?

Bert&CaroleDépart ce matin de Bert et Carole vers Lugu Lake... Ils ont quelques milliers de mètres de cols à vaincre.... J'irais visiter ce lac lors de mes prochains congés (mais en bus) Eux seront probablement à Chengdu, espérant obtenir un permis pour le Tibet début avril.... Bonne chance !!


samedi 3 mars 2012

Tranches de vie au quotidien

Vendredi premier mars 2012

Depuis plusieurs jours le temps est partagé entre l'étude du Chinois et des promenades au hasard dans la région. Une fois sur deux je vais dîner chez Mama où finalement la nourriture est excellente pour un prix plutôt dérisoire : le cuisinier est là depuis deux ans et il est vraiment apprécié de tous. Je le soigne lui offrant régulièrement des petits cadeaux : cookies, bonbons trouvés au cours de mes pérégrinations. C'est un investissement tout à fait rentable au vu des portions et petits suppléments qu'il m'attribue.

Il est vrai que le climat actuel rend la nourriture particulièrement importante. J'ai fait quelques essais à l'extérieur pour essayer de découvrir de nouveaux horizons gustatifs. C'était bon, parfois surprenant comme dans le dernier restaurant Tibétain, mais bien trop léger pour mes besoins énergétiques, surtout pour quelqu'un qui ne prend que deux repas par jours.

Hier en particulier la journée fût sibérienne. Comme à l'habitude le lever avait demandé pas mal de courage pour quitter la tiédeur de la couverture chauffante et se précipiter dans la salle de bain glaciale, faire longuement couler la douche avant que n'arrive enfin l'eau chaude depuis les profondeurs du bâtiment où doit se terrer lâchement le cumulus.

Journée libre d'étude pour cause de congés liés à un festival Naxis. J'en ai profité pour pousser jusqu'à Baisha en vélo, espérant un peu vaincre le froid par la dépense physique. C'était compter sans le vent glacé descendant des proches montagnes Himalayennes. Vent qui, par un mécanisme sournois et pervers semble toujours arriver de face et transperce en quelques minutes toutes les couches vestimentaires que je peux empiler. Le pire étant les bourrasques inattendues, chargées de pluie et de neige, dont l'une, particulièrement violente, m'a déséquilibré et fait chuter, heureusement à trop faible vitesse pour présenter un danger quelconque.

Je ne suis resté que deux heures à Baisha, me limitant à une visite à mes « copains » Iris et Simon qui dirigent sur place l'école de broderie Naxi et à rencontrer à nouveau un groupe de motards français, congelés, vus la semaine dernière en partance pour le nord, et juste de retour. Puis, de retour à Lijiang en début d'après midi je me suis réfugié sous la couette pour bouquiner et travailler un peu le Chinois, avant d'aller dîner dans un restaurant dont le principal avantage est d'offrir le confort de braseros répartis entre les tables.

Journée presque semblable aujourd'hui. Je n'ai pas eu le courage d'entreprendre la randonnée que j'avais envisagée : ce sera pour plus tard : les prévisions météo annonçant un réchauffement relatif pour le début de semaine prochaine, au moins la fin des températures négatives la nuit et même un exceptionnel 17 degré en milieu de journée.

Fin de journée dans l'habituel bar à musique à siroter un vin Chilien de trois ans, ma fois pas si mauvais que cela...

Les flâneries en ville, ainsi que les courses permettent peu à peu de m'immerger dans la vie quotidienne d'une ville Chinoise moyenne. Liiang est intéressante à ce titre car elle offre plusieurs facettes très différentes. Il y a la ville « musée » pratiquement la seule vraiment connue des touristes, très « léchée » et un peu artificielle. Son classement au patrimoine mondial de l'Unesco pousse les habitants à soigner l'apparence : pas un mégot ni un papier par terre, poubelles tous les 10 mètres, armée permanente de balayeurs, ...WC public tous les 100 mètres, brillants de propreté.... Je n'ai jamais vu une ville aussi étincelante et autant nettoyée...

En revanche dès que l'on se rend dans la ville nouvelle on retrouve une ambiance plus classique de ville moyenne...Les automobilistes ne se gênent pas pour balancer leurs détritus par la fenêtre et les piétons pour cracher sur les trottoirs... Malgré cela cela n'est guère plus sale qu'à Paris car les services de nettoiement sont omniprésents.

Beaucoup de choses, comme les magasins et supermarchés, la circulation, les banlieues résidentielles et pavillonnaires, la foule sur les trottoirs ne semblent pas si exotiques : on pourrait très bien, mis à part les affichages et panneaux en Chinois, se croire en Europe. Il y a cependant des détails caractéristiques, qui même s'ils commencent à me devenir familiers, trahissent une autre culture, ou du moins une autre appréhension du mode de vie au quotidien.

Très peu de gens sont solitaires. Le groupe est la norme. Des couples bien sûr comme partout mais encore plus discrets que dans le reste de l'Asie du Sud Est où se tenir par la main est le comble de l’exhibitionnisme torride (bien que comme dans toutes les cultures Bouddhiste la sexualité soit libre et joyeuse et non frappée de la marque du péché !)

Ce qui me frappe le plus est l'utilisation des téléphones portables. J'étais déjà surpris dans le métro Parisien par le nombre « d'autistes » plongés dans leur smartphone, mais ici c'est la catharsis mobile ! Tout le monde dans la rue a le portable à l'oreille (appareils et communications sont très bon marché même compte tenu du niveau de vie Chinois) Je me rappelle lors du dernier Trek dans las gorges du saut du tigre avoir vu les guides, des paysans locaux, à cheval sur leur mulet, passer le temps le mobile vissé à l'oreille. Même chose pour les paysans dans les rizières, les vendeuses de fruit à la sauvette...

Dans les bistrots offrant le WIFI (ils sont nombreux) tous les consommateurs, y compris les couples face à face (peut être d'ailleurs qu'ils se transmettent ainsi des mots doux) sont occupés à caresser leur smartphone respectif. Et ceci même lorsque l'établissement offre spectacle ou musique. J'ai l'impression parfois d'être un martien en utilisant un petit carnet (il est difficile de trouver des fournitures de papeterie)

Les commerçants sont agréables. Mais autre surprise, il est très difficile de communiquer par mime. Peut être parce que, culturellement, nos représentations symboliques ne sont pas comprises. J'ai eu du mal à montrer que je voulais des gants et un caleçon long (pas triste à mimer devant la vendeuse surtout lorsque après lui avoir montré ses propres bas j'ai fait mine d'enfiler quelque chose sur mes jambes : qu'à-t-elle bien pu interpréter?) Idem pour les signes manuels désignant les chiffres qui n'ont rien à voir avec les nôtres : par exemple pouce et index levés signifient.... 8 pouce et petit doigt … 6 ! Gare aux mauvaises interprétations... Pour les curieux voir :

compter avec les mains

Bonne lecture

Zaijian ! 再见

mardi 28 février 2012

A la recherche du mystérieux artefact

Mardi 28 février 2012

Cette fois me voici bien installé ! J'ai eu le temps car les cours ne commencent réellement que demain, et c'est très bien car ils restait quelques réglages à effectuer. Hier soir, après une longue soirée dans mon bar à bière préféré (Bonne musique produite par un duo  de guitaristes chanteurs Chinois et Suédois, et patronne ravissante et surtout qui me consent facilement un rabais sur la Beer Lao Dark, finalement bien plus agréable que les bières Chinoises) J'ai essayé de regagner ma chambre « universitaire » pour m'apercevoir que la porte d'entrée fermait à 22h00 et que le cadenas restait obstinément indifférent à toutes les sollicitations de la clé que l'on m'avait remise. Il m'a fallu, comme un voleur, escalader le mur d'enceinte de plus de deux mètres pour regagner mon abri. Heureusement ni flics ni chiens à proximité.

Puis lorsque j'ai voulu allumer la couverture chauffante du lit... Crac...une gigantesque étincelle, puis plus rien : couverture neuve de fabrication Chinoise, n'épiloguons pas. Comme le thermomètre flirte avec les  moins 4 durant la nuit, qu'il n'y a aucun chauffage et que l'étanchéité des fenêtre est plus que relative, j'ai du dormir avec mes sous-vêtements technique de randonneur (Fabriqués au Québec : c'est du sérieux !)

Petits problèmes réglés en matinée : le gestionnaire m'a montré, en rigolant, où se trouvait la porte officielle ! Celle que ma clé ouvre !!! (Sans commentaire) et nous avons piqué une couverture dans une autre chambre.

Ensuite premier petit déjeuner dans un vrai restaurant Chinois, un de ceux où ne vont jamais d'occidentaux. Pas un mot d'anglais, mais de vrais sourires. Les patrons se sont installés face à moi pour me dévisager pendant que je mangeais ma soupe de nouilles, et m'abreuver de thé et de conseils sur les « bonnes manières »... Renifler est mal vu (mon rhume est bien sûr revenu) en revanche cracher ne pose aucun problème. Le restaurant ne disposait que d'une seule fourchette que j'ai donc laissée à sa solitude égoïste, mais quand j'ai demandé une cuillère (un des nouveaux mots de mon vocabulaire) pour finir le reliquat de soupe on m'a apporté, l'air un peu étonné... Une louche ! J'ai donc fait comme tout le monde, c'est à dire bu au bol avec de grands slurps après avoir poussé les nouilles directement dans ma bouche avec les baguettes au lien de m'embêter à essayer de saisir plus ou moins agilement les serpents visqueux et glissants. En revanche question piment j'ai assumé, avec sourires approbateurs du patron.

Rien à voir avec les restaurants et hôtels de la vieille ville où le personnel est formé et entraîné à la « Japonaise » : tous les matins cuistots et serveurs, encadrés par un animateur, manifestent leur « joie d'aller travailler » par des chants et slogans proférés en groupe devant la porte de ce qui doit être une école hôtelière.

Nouvelle négociation chez le loueur de vélo... J'ai pu arracher environ 50€ par mois, ce qui est encore élevé vu que les bicyclettes de ce type en valent à peine le triple, mais cela me convient ainsi : mon autonomie « véhiculaire » est donc assurée.

En farfouillant les jours précédents sur Google Earth, j'avais été intrigué par Shengsemu un petit lac à l'est de Lijiang. Pas vraiment indiqué sur les cartes, ni référencé dans les guides. Sur ses bords une grosse structure qui ressemblait à un barrage. L'ensemble étant situé en pleine forêt, enchâssé dans les montagnes, pas très élevées de ce côté de la ville. En route donc vers le mystérieux artefact. (Voir le site Shengsemu dans les Liens Google Earth a jour que je vous donne régulièrement)

Route pénible : elle longe plusieurs gigantesques cimenteries et d'énormes camion font la noria entre celles ci et probablement le chantier d'autoroute plus loin à l'ouest. La « chaussée » est défoncée et poussiéreuse et l'on se sent bien misérable à vélo.

Heureusement l'endroit visé n'est pas trop éloigné, et les pentes raisonnables. Il s'agit bien d'un barrage « poids » tout neuf qui retient, en un joli lac artificiel, les eaux de la rivière en amont et permet de les redistribuer régulièrement dans la vallée de Lijiang couverte de rizières en terrasses. Un gardien, accompagné d'un gros chien loup, sort de sa guérite au moment où je m'approche de l'ouvrage. Sourires, gestes, j'obtiens l'autorisation de le traverser pour me rendre sur la rive en face, plus calme, en plein bois de pins. Le vent est violent et j'ai du mal à avancer droit sur la crête du barrage.

De là un labyrinthe de sentiers s'entrecroise dans le chaos de collines boisées : il y a des jours de randonnées à faire par ici, mais gare à ne pas se perdre : je ne rencontrerais dans les heures suivantes qu'un seul passant, de plus armé d'un long fusil... On se croirait dans Colomba ! Par sécurité j'allume le GPS en mode enregistrement.

Le bords du lac, couverts de bouquets de pins torturés à travers les quels scintillent les eaux azur ont des allures, vent aidant (mais pas la température encore très basse) de calanques Méditerranéennes. Des dizaines de canards sauvages font des exercices de décollage et d'amerrissage avec un bruit qui, dans le silence ambiant, semble infernal. Mais détails caractéristique, les bois sont remplis des habituelles tombes fleuries de plastique et de bandes d'aluminium.

Vers la fin de la ballade je débouche sur un village isolé. Détail plutôt amusant, alors qu'il n'est accessible que par des chemins de terre, les rues sont entièrement en ciment, creusé de traces de pattes de volailles et de chien à qui les habitants n'ont pas du expliquer qu'il fallait attendre le séchage avant de marcher dessus. Le village est presque vide : la majorité des habitants travaillent dans les rizières voisines. Seuls quelques vieux, un peu soupçonneux, surveillent mon passage.

C'est l'occasion d'examiner en détail les habitations « Naxi » telles qu'elles sont utilisées, et non pas les reconstitutions plus où moins heureuses de la vieille ville de Lijiang. Les granges, et parfois les locaux habitables les plus modestes, sont construits sur un socle de granite supportant une charpente de bois qui sert d'armature à une triple, parfois quadruple (il fait froid ici) rangée de briques de terre séchée au soleil formant le premier étage. Le second lui est en bois et ne dispose pas de plafond : il sert plutôt de stockage que de logement.

Les fermes et maisons d'habitation sont plus confortables : une enceinte de pierre entoure une grande cour pavée de pierre avec autour 3 ou 4 ailes d'habitations et de granges. L'enceinte est invariablement fermée par de belles portes de bois peintes de motifs aux vives couleurs. Les ailes d'habitation elles sont entièrement en bois, souvent décoré de frises ou de sculptures. Nul risque de se croire dans un village agricole du Beaujolais ou de Normandie. Comme toujours chez les Naxis il y a débauche de fleurs partout.

Grâce au GPS j'arriverais à revenir en une boucle sur Lijiang, évitant cette fois l'enfer de l'autoroute cimentière.... Encore quelques courses utilitaires au Super Marché, dont, je peux maintenant me le permettre, un stock d'eau potable, de produits de ménage et de lessive, des fruits, quelques aliments de secours.... la chambre ne dispose pas de frigo, mais pour encore un mois le frigo c'est... La chambre.

Tout est prêt. Ne restent que la douche et... La bière vespérale.  Les découvertes ne sont cependant pas terminées car Google Earth me montre d'autres barrages, plus éloignés. Quoique au vu des lacets de la route qui y mène l'aventure doit être musclée ! J'attendrais pour cela d'avoir plus exploré les endroits proches.

dimanche 26 février 2012

L'insoutenable légèreté de la bulle

Dimanche 26 février

Ce jour je panse mes blessures en flânant dans la vieille ville. Lèvres éclatées par le soleil des hautes altitudes lors de la randonnée aux gorges, et spleen chargé des au-revoir récents. Il faut savoir les gérer avec légèreté, mais lorsque les rencontres ont été, comme ces derniers jours, belles, ce sont toujours de petites ruptures, de petites blessures cachées sous les rires....Mais un autre l'a tellement joliment écrit que je ne peux que lui laisser la plume :


« Ah ! dit le renard… je pleurerai.
— C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
— Bien sûr, dit le renard.
— Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
— Bien sûr, dit le renard.
— Alors tu n’y gagnes rien !
— J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. »

Hier soir, traînant un peu dans la ville, d'abord avec Nati pour quelques courses, puis seul, je tombe sur un jeune couple poussant avec peine un tandem lourdement chargé sur les difficiles pavés de la vieille ville. Ils semblent chercher un logement, et je les aborde.

C'est ainsi que je fais la connaissance de Bertrand et Carole. Deux jeunes Belges, souriants, sympathiques et chaleureux (pour des Belges c'est presque un pléonasme) Je les guide jusque chez Mama Naxi où ils trouvent une chambre et parquent leur véhicule.

Le tandem, plutôt rustique est toutefois bien équipé : 24 vitesses, de grandes sacoches à l'arrière, deux plus petites à l'avant réalisées à l'aide de sacs pour ordinateur, plusieurs sacs de marins étanches (c'est la technique que j'utilise désormais pour les voyages en vélo : mieux vaut des vêtements chiffonnés et secs que le contraire!) sur les porte bagages... A peine plus d'une bonne vingtaine de kilos pour l'ensemble malgré l'ampleur du voyage entrepris.


Bertrand et Carole sont Belges comme écrit plus haut. Alors bien sûr on va descendre quelques bières dans un bistrot qui permet de jouir des derniers rayons du soleil, et ils me racontent leur périple, modestement, gaiement, comme s'il s'agissait d'une simple promenade à la journée.

Ils sont partis de Singapour, puis ont traversé Malaisie, Thaïlande et Laos. Le Laos et ses routes « crucifiantes » dans les cols au nord de Vang Vieng et de Muang Prabang...

Ils en parlent avec calme et humour, et c'est bien car après Lijiang ils se rendent à Shangrila, à la frontière du Tibet. La ville est à plus de trois mille mètres et je me souviens du froid de loup des petits matins de mars dernier.

Puis il y aura le Tibet (en train pour des contraintes de permis) puis la suite de la route sud de la soie : l’Afghanistan, l'Iran, la Turquie.... Chapeau !!!!

Cela me rappelle un couple Français, rencontré il y a deux ans à Paris, qui avaient entrepris une expédition un peu similaire (Nouméa, Australie, Thaïlande, Chine Tibet....) La même joie et la même modestie.... Mais dans le cas de Bertrand et Carole je trouve l'exploit encore plus grand car le tandem est un outil redoutable à gérer lors des inévitables moments de tensions et des aleas de tout poil.

Au retour chez Mama pour un dîner partagé, nous avons retrouvé Nati prête au départ. Effusions, promesses, émotions masquées...Encore une bulle qui s'envole...


Ce matin Bertrand et Carole sont partis aussi, sourire au lèvres, après une inévitable séance photo en compagnie de Mama et de son équipe. J'étais un peu ému en les accompagnant jusqu'à la sortie de la vieille ville pour les guider sur la route de Shangrila, mais surtout plein d'admiration

Vous pouvez trouver l'adresse de leur blog dans mes liens, mais peut être faudra-t-il attendre un peu pour les derniers développements : il est bloqué par le « Great Firewall » de la censure Chinoise, et même mes proxies habituels sont cette fois impuissants à le contourner.

samedi 25 février 2012

We survived the Tiger Leap !

Jeudi 23 février

La veille bière et Irish Coffee dans le bistrot voisin. Il y avait de la bonne musique et un écran géant LCD diffusant en boucle de superbes photos de voyage. Mais la journée du lendemain s'annonçant difficile le coucher se fera tôt. Même non avouée en public, j'éprouve un petite appréhension pour ce trek, réputé difficile et dangereux (il y a toujours quelques morts chaque année sur ce chemin surtout parmi les occidentaux)

Si j'avais su j'aurais été moins ronchon avec les deux jeunes femmes un peu bruyantes de ce matin, car elles sont également passagères du bus en direction des gorges. Néanmoins dès le début de la route nous aurons fait la paix : comment se fâcher avec Nati et Zuzana, pleines de charme et de chaleur humaine ?

La route des gorges est aussi celle de Shangrilla, déjà prise l'an passé. Durant les premières dizaines de kilomètres elle joue à saute mouton avec les collines au milieu de denses forêts de pins. Souvent longeant des travaux pharaoniques, tunnels et viaducs, qui préparent l'arrivée d'une future autoroute (et probablement aussi une ligne de chemin de fer)

Bientôt c'est la descente, rapide et impressionnante, vers la vallée du Yang Tze. plus de mille mètres de dénivelé. Les travaux routiers ont disparu, et je me demande bien comment les ingénieurs Chinois ont prévu de gérer cette descente. Mais nul doute que tout est bien planifié. En tout cas on retrouve les travaux dans la vallée, et même ils vampirisent l'ancienne route qui devient dans sa dernière partie une piste plutôt cahoteuse, sinon chaotique.

Arrivée chez Jane GH, départ du trek classique, aux environs de 10h45. Tout le monde tourne un peu en rond dans la salle commune, hésitant, à la recherche du maximum d'informations, tout en échangeant avec les voisins. De façon un peu informelle nous nous retrouvons, les 4 originaires de chez Mama Naxi, à prendre le départ ensemble. Nati (Natalia) une jolie blonde aux yeux bleus, originaire du Brésil, Zuzana, Allemande de Cologne, qui ressemble pourtant plus à un bel oiseau des îles Antillaises... Cherchez l'erreur ! Et Lalo un souriant et solide Espagnol aux superbes dreadlocks.

J'avais au début envisagé de faire le parcours seul, mais au fil du trajet, qui se montrera en effet difficile et risqué, je réalise que le groupe présente l'avantage de la sécurité, d'autant que les personnalités de chacun sont attachantes. Suzana en particulier m'impressionne : médecin, native de Slovaquie, résidant en Allemagne et maîtrisant 4 langues... Lalo lui semble parfaitement à l'aise en Chinois et se débrouille en Français, et est de plus un marcheur infatigable. Natalia pleine de courage et de bonne humeur dans les passages difficiles.

Le début de la montée est plutôt aisé. La route d'abord, puis un bon chemin, offrant des vues spectaculaires sur la rivière et les cultures en terrasse qui l'encadrent. Quelques hameaux, où des mulets se reposent sous des arbres en fleurs, rythment la montée. Mais tous les mulets ne sont pas au repos : nous serons accompagnés jusqu'au point culminant de la randonnée (près de 2700 mètres pour un départ à 1900) par un guide bénévole monté sur un solide baudet, ce qui ne l'empêche pas, contraste culturel toujours étonnant, de passer son temps le téléphone portable à l'oreille.

Une première pause « panoramique » permet de découvrir ce qui est parmi les WC les plus spectaculaires de mes séjours Asiatiques. Rigole commune à la Chinoise donnant sur un panorama montagneux splendide et vertigineux : de quoi couper toutes les envies !

Puis les choses sérieuses commencent. La montée devient rude, les à pics impressionnants. Parfois le sentier, juste suffisant pour un marcheur (ou un mulet) s'accroche à une pente de 70 à 80 degrés, dominant le lit de la rivière de quelques 700 mètres : Il y a 5 ans, époque où le vertige me terrassait encore, je ne serais probablement jamais passé sans aide extérieure...En face les montagnes, culminant au delà de 5000 mètres, sont couvertes de neige et de glaciers étincelants au soleil. Ce sont probablement les paysages les plus spectaculaires que j'ai contemplés en randonnée, même les extraordinaires sentiers de la Réunion ou de Corse ne font pas le poids à côté, que ce soit pour la beauté ou la difficulté. C'est à juste titre que cette balade est classée comme la plus belle du Yunan, et probablement de Chine.

Après la « tonique » grimpette des « agonizing 28 bends » comme le décrivent les guides, on redescend un peu sur un hameau où se trouve l'une des étapes classiques pour la nuit « Tea Horse GH » Nous nous apprêtons à y trouver un hébergement, lorsque nous rencontrons David (Espagnol) Mathieu (Français) et Mathilde (Uruguayenne) D'après David la GH suivante n'est qu'à une heure de marche, et la vue y est encore plus belle. C'est acheté, nous ré-endossons les sacs et partons tous les 7.

C'était une bonne idée. D'abord parce que les nouveaux compagnons sont agréables et intéressants. Mathieu jeune routard sans contrainte ni planning, David plein d'humour, et l'impressionnante Mathilde, petit bout de jeune femme, pleine de charme, parlant 4 langues(Espagnol, Portugais, Anglais et un excellent Français) capable de citer des morceaux entiers de Guy de Lautréamont (né à Montevideo) mais qui connaît aussi bien Villon.

Le Panorama de la « Half Way GH » est en effet à couper le souffle. Il y a une terrasse en plein ciel accrochée sous les étoiles, une salle de restaurant aux larges baies vitrées plongeant sur les gorges. Les douches sont chaudes, les WC encore plus extraordinaires (mais aussi rustiquement Chinois) que les précédents. Je ne me pose même pas la question de la chambre individuelle : nous sommes devenus une petite famille : ce sera dortoir commun pour le petit groupe de 7. Sommeil profond et réparateur après un chaleureux repas où nous sommes rejoint par une instit Chinoise plutôt « pushy » que Lalo, bon Sinologue, tente de canaliser avec plus ou moins de succès, et Lucie, une chaleureuse Coréenne. Pendant le repas, pas vraiment triste, on conjure, à coup d'Espagnol, Chinois, Anglais, et Français la malédiction de Babel.

Vendredi 24

On paresse un peu le matin avant de reprendre la route en deux groupes. Je me sens un peu le coq, du village en accompagnant Natalia, Zuzana et Mathilde. Le froid est vif mais le soleil, et la marche, le dissipent rapidement.

Le paysage est toujours aussi fantastique. Le chemin plus facile : moins de dénivelé, mais encore de délicats passages vertigineux parfois au milieu de cascades irisées rendant le sol humide et glissant. Je m'offre une belle revanche sur le passé en guidant et tenant par la main la pauvre Mathilde qui, un peu sensible au vide n'est pas équipée de très bonnes chaussures.

On traîne pas mal en jouissant du paysage que l'on mitraille de photo, jouant également avec quelques chèvres de rencontre, et parfois obligés de négocier (c'est à dire « céder »)  le passage avec quelques mulets solitaires et, pléonasme, têtus ! Au milieu d'un petit éboulis un petit chevreau, juché sur une pierre pleure pour rejoindre sa mère : je le soulève délicatement pour le déposer près des mamelles maternelles : aucun effroi de l'un ni de l'autre (mais aucun remerciement non plus!) Nous nous attendrissons un bon moment devant le spectacle (« so cute »)avant de reprendre la progression.

La balade est plus courte : nous atteignons l'étape suivante aux environs de midi. Il y a un bus qui retourne sur Lijiang vers 16 heures. Cela passe assez vite en bavardages, casse croûtes et bières, puis une tentative, avortée, pour descendre jusqu'au fond des gorges : c'est à la fois trop long et trop raide (passage délicats par des échelles) pour le temps qui nous reste. David, Lalo et Mathieu nous ont rejoints.

Retour un peu somnolent à Lijiang en bus. Mathilde doit repartir, en compagnie de Lalo, le soir même en train pour Kunming où elle attrapera un vol pour la ville du nord de la Chine où elle réside. On partage une gigantesque « assiette Chinoise » en guise de repas d'au revoir (ah si j'avais quelques dizaines d'années de moins...) pendant que Natalia et Zuzana tentent d'obtenir à la gare un billet pour la même destination. Sans succès puisque nous les voyons revenir peu de temps après. Elles dormiront encore une nuit chez « Mama ».

Accolades , étreintes, bisous avec Mathilde et Lilo. Pointe de nostalgie habituelle, teintée d'espoirs de retrouvailles éventuelles, des séparations de voyageurs de rencontre. Zuzana et Natalia meurent de faim... Je retourne donc au restaurant pour de derniers fou rires... Surtout lorsque les filles se lancent dans une longue description de leurs frénésies acheteuses, en particulier pour les petites culottes : « Can you imagine ten panties for 25 Kuais ! » J'imagine très bien, mais, «(You're a man ») ne comprends toujours pas.

En tout cas à voir la taille du sac de Suzana, presque deux fois le mien, je devine qu'elle doit souvent céder à la tentation. Mais ce n'est rien à côté de ce que nous a avoué la menue Mathilde un peu plus tôt : son sac a pesé jusqu'à 61 kg (bien plus qu'elle) Je me sens un peu misérable avec mes 18 kg (mais tellement plus à l'aise aussi)

Le lendemain, malgré la fatigue, je fais l'effort de me lever aux aurores pour saluer, bisous, accolades et promesses....Zuzana qui fait une nouvelle tentative ferroviaire. Natalia reste encore une journée : elle doit rejoindre le Brésil dans moins d'une semaine, et consacre sa journée à des achats de dernière minute (encore des petites culottes?) Pour ma part ce sera écriture et calmes promenades en ville.

mercredi 22 février 2012

Entraînement chez les voleurs

mardi 21 février

Une journée de peu d'intérêt. Il en faut. Toutefois une belle promenade en vélo, malgré la lutte farouche contre le vent glacé. J'aurais aussi pu négocier un intéressant tarif de location de bicyclette au mois en testant un deuxième loueur (le premier offrant de belles machines, mais se montrant plutôt radin sur ses propositions)

Autrement visite des fresques de l'époque Ming du village de Baïcha. Intéressant mai sans plus, état donné leur mauvais état de conservation. Le plus intéressant restant l'intrigante architecture des charpentes soutenant le toit des pavillons d'exposition : des assemblages de poutres en forme de fleur très sophistiqués, ainsi qu'une rngée de statues de Bouddhas de bronze aux attitudes inhabituellement originales.

3 à quatre kilomètres de grimpette , moins difficile toutefois que celle d'hier, pour arriver à une sorte d'exposition « Naxi » Une entrée prétentieuse ornée de totems de ciments récents imitant l'ancien style, un village reconstruit (et vide) Je n'ai pas eu trop de mal à me faire rembourser le billet d'entrée en arguant auprès du guichetier de la nullité de ce qui était proposé.

Mais là encore soyons positifs : superbe vue sur la montagne, et au retour, le satané vent était dans le dos, d'où record de vitesse.

Mercredi 22 février.

La nuit a été glaciale et le lever éprouvant, car une fois sortie de la quiétude de la couverture chauffant il faut bien se rendre dans la salle de bain. -2 dehors, et à l'intérieur ce doit être à peine mieux : le shampoing et le liquide douche sont tellement figés que je dois d'abord tremper les flacons dans l'eau chaude pour les ramollir.

En plus comme je suis le seul client ce jour, le cuisinier ne s'est pas levé. Kim la jeune fille de la maison a pu me faire un café, puis accompagné chez une de ses copines, spécialiste de la « noodle soup » La j'ai été gâté : une portion monstrueuse pour un prix dérisoire.

Demain je fais le trek des gorges du saut du tigre. C'est le plus célèbre de Chine et beaucoup de touristes ne viennent ici que pour cela. Deux jours de marche au bord et dans les gorges les plus profondes du monde bordant le jeune Yang Tze.

C'est un trek assez difficile et qui peut être dangereux par mauvais temps, c'est d'ailleurs pour cela que je ne l'avais pas fait l'an passé, les risques de pluie étant trop grands. Ce matin les conditions sont excellentes pour tester mes capacités d'autant qu je suis un peu fatigué de la mauvaise nuit ce sera donc significatif.

La colline de « L'éléphant » domine le parc du « Dragon Noir » de ses 300 mètres juste au nord est de la ville. L'un des chemins qui accède aux sommets (il y en a deux) est un escalier de grosses pierres, raide et quasi continu : 250 mètres de dénivelé en montée, 80 de descente, et encore une bonne centaine de montée. Près de 7000 marches au total, entre 2400 et 2700 mètres d'après le GPS (il doit être un peu généreux) C'est un exercice parfait pour voir comment réagissent souffle et cœur dans les montées et les genoux dans les descentes. L'an passé je n'avais pas eu le courage d'aller au delà de la moitié, il est vrai qu'il faisait très chaud.... Un rêve ?

A l'entrée de l'escalier une... Guichetière tient un registre où il faut inscrire son nom à l'aller et au retour. Comme je m'apprête à écrire le mien elle refuse me montrant une affichette en anglais : il faut être au moins 4 personnes pour être autorisé à passer ! C'est ridicule. Ce n'est pas l'Everest tout de même ! Pourquoi pas un guide avec un fanion jaune ? J'essaie de lui expliquer que j'irais seul et ne signerais pas son registre, comme cela elle n'aura rien à se reprocher : « Ne pas perdre la face c'est important en Chine. Mais son Anglais et mon Chinois ne permettent pas de passer un message aussi subtil. Donc je choisis la solution évidente : je passe rapidement la laissant vitupérer derrière moi. De toute façon je suis plus leste qu'elle et elle ne peut abandonner son poste.

Pendant les premières minutes de la grimpette je réfléchit à l'incident. Pourquoi cette règle ? Si le chemin est difficile il n'est pas dangereux. Puis me revient un avertissement du Lonely : ces chemins ont été parfois le lieux d'agressions de marcheurs solitaires par des voleurs. Je suppose que la municipalité cherche à se dédouaner. M'en fiche j'ai mon Opinel !

Les débuts sont un peu difficiles. Le souffle est court, le cœur bât la chamade, mais c'est aussi parce que j'ai démarré trop vite pour échapper à la cerbère. Il faudra trois pauses pour atteindre le premier sommet. Elles font du bien, ne serait-ce que pour contempler le paysage impressionnant du haut de cet escalier un peu vertigineux.

Et puis la forme revient . J'arriverais presque frais au deuxième sommet, après avoir rencontré un militaire isolé, et un jeune couple... Et la règle des 4 ???? Un jeune couple c'est bien plus vulnérable aux agressions qu'un homme seul en bonne santé : il suffit de prendre la femme en otage !

Le sommet est une récompense. De la haut je peux repérer de nombreux endroits pour de futures balades que n'indiquent pas les misérables cartes en ma possession, il y a aussi dans les environs de la colline tout un réseau de chemin : des jours de randos en perspectives. Je prends photos et schémas pour les documenter.

J'entreprends la descente par l'autre versant de la colline. Plus sombre car le soleil est masqué, il y règne un climat étrange : il est couvert  de tombes semées entre les pins. Entre celles ci de bizarres « bouquets » de « fleurs » de papier crépon et de bandes d'aluminium multicolores et brillants. En s'approchant on peut voir que cela ressemble fort à des couronnes mortuaires. Le sol est jonché de faux billets de banque, ceux que les Chinois font brûler dans les cérémonies religieuses. C'est peut être cette atmosphère « crépusculaire » qui vaut aux lieux leur mauvaise réputation.

Le retour est sans problème. Et je n'ai pas croisé de voleurs ! Je regagne le parc du Dragon Noir, résiste à la tentation mesquine de retourner voir la guichetière. Une longue promenade en terrain plat le long du lac est ce qu'il y a de mieux pour détendre mollets et genoux.

A la GH, pendant le rite de la bière vespérale, Kim me bourre de sucreries et Mama de gâteaux. Leurs intentions sont elles honnêtes ?

En tout cas c'est sûr pour demain et après demain je suis prêt !  (Pas de blog avant trois jours donc)

- page 1 de 5