mardi 21 février

Une journée de peu d'intérêt. Il en faut. Toutefois une belle promenade en vélo, malgré la lutte farouche contre le vent glacé. J'aurais aussi pu négocier un intéressant tarif de location de bicyclette au mois en testant un deuxième loueur (le premier offrant de belles machines, mais se montrant plutôt radin sur ses propositions)

Autrement visite des fresques de l'époque Ming du village de Baïcha. Intéressant mai sans plus, état donné leur mauvais état de conservation. Le plus intéressant restant l'intrigante architecture des charpentes soutenant le toit des pavillons d'exposition : des assemblages de poutres en forme de fleur très sophistiqués, ainsi qu'une rngée de statues de Bouddhas de bronze aux attitudes inhabituellement originales.

3 à quatre kilomètres de grimpette , moins difficile toutefois que celle d'hier, pour arriver à une sorte d'exposition « Naxi » Une entrée prétentieuse ornée de totems de ciments récents imitant l'ancien style, un village reconstruit (et vide) Je n'ai pas eu trop de mal à me faire rembourser le billet d'entrée en arguant auprès du guichetier de la nullité de ce qui était proposé.

Mais là encore soyons positifs : superbe vue sur la montagne, et au retour, le satané vent était dans le dos, d'où record de vitesse.

Mercredi 22 février.

La nuit a été glaciale et le lever éprouvant, car une fois sortie de la quiétude de la couverture chauffant il faut bien se rendre dans la salle de bain. -2 dehors, et à l'intérieur ce doit être à peine mieux : le shampoing et le liquide douche sont tellement figés que je dois d'abord tremper les flacons dans l'eau chaude pour les ramollir.

En plus comme je suis le seul client ce jour, le cuisinier ne s'est pas levé. Kim la jeune fille de la maison a pu me faire un café, puis accompagné chez une de ses copines, spécialiste de la « noodle soup » La j'ai été gâté : une portion monstrueuse pour un prix dérisoire.

Demain je fais le trek des gorges du saut du tigre. C'est le plus célèbre de Chine et beaucoup de touristes ne viennent ici que pour cela. Deux jours de marche au bord et dans les gorges les plus profondes du monde bordant le jeune Yang Tze.

C'est un trek assez difficile et qui peut être dangereux par mauvais temps, c'est d'ailleurs pour cela que je ne l'avais pas fait l'an passé, les risques de pluie étant trop grands. Ce matin les conditions sont excellentes pour tester mes capacités d'autant qu je suis un peu fatigué de la mauvaise nuit ce sera donc significatif.

La colline de « L'éléphant » domine le parc du « Dragon Noir » de ses 300 mètres juste au nord est de la ville. L'un des chemins qui accède aux sommets (il y en a deux) est un escalier de grosses pierres, raide et quasi continu : 250 mètres de dénivelé en montée, 80 de descente, et encore une bonne centaine de montée. Près de 7000 marches au total, entre 2400 et 2700 mètres d'après le GPS (il doit être un peu généreux) C'est un exercice parfait pour voir comment réagissent souffle et cœur dans les montées et les genoux dans les descentes. L'an passé je n'avais pas eu le courage d'aller au delà de la moitié, il est vrai qu'il faisait très chaud.... Un rêve ?

A l'entrée de l'escalier une... Guichetière tient un registre où il faut inscrire son nom à l'aller et au retour. Comme je m'apprête à écrire le mien elle refuse me montrant une affichette en anglais : il faut être au moins 4 personnes pour être autorisé à passer ! C'est ridicule. Ce n'est pas l'Everest tout de même ! Pourquoi pas un guide avec un fanion jaune ? J'essaie de lui expliquer que j'irais seul et ne signerais pas son registre, comme cela elle n'aura rien à se reprocher : « Ne pas perdre la face c'est important en Chine. Mais son Anglais et mon Chinois ne permettent pas de passer un message aussi subtil. Donc je choisis la solution évidente : je passe rapidement la laissant vitupérer derrière moi. De toute façon je suis plus leste qu'elle et elle ne peut abandonner son poste.

Pendant les premières minutes de la grimpette je réfléchit à l'incident. Pourquoi cette règle ? Si le chemin est difficile il n'est pas dangereux. Puis me revient un avertissement du Lonely : ces chemins ont été parfois le lieux d'agressions de marcheurs solitaires par des voleurs. Je suppose que la municipalité cherche à se dédouaner. M'en fiche j'ai mon Opinel !

Les débuts sont un peu difficiles. Le souffle est court, le cœur bât la chamade, mais c'est aussi parce que j'ai démarré trop vite pour échapper à la cerbère. Il faudra trois pauses pour atteindre le premier sommet. Elles font du bien, ne serait-ce que pour contempler le paysage impressionnant du haut de cet escalier un peu vertigineux.

Et puis la forme revient . J'arriverais presque frais au deuxième sommet, après avoir rencontré un militaire isolé, et un jeune couple... Et la règle des 4 ???? Un jeune couple c'est bien plus vulnérable aux agressions qu'un homme seul en bonne santé : il suffit de prendre la femme en otage !

Le sommet est une récompense. De la haut je peux repérer de nombreux endroits pour de futures balades que n'indiquent pas les misérables cartes en ma possession, il y a aussi dans les environs de la colline tout un réseau de chemin : des jours de randos en perspectives. Je prends photos et schémas pour les documenter.

J'entreprends la descente par l'autre versant de la colline. Plus sombre car le soleil est masqué, il y règne un climat étrange : il est couvert  de tombes semées entre les pins. Entre celles ci de bizarres « bouquets » de « fleurs » de papier crépon et de bandes d'aluminium multicolores et brillants. En s'approchant on peut voir que cela ressemble fort à des couronnes mortuaires. Le sol est jonché de faux billets de banque, ceux que les Chinois font brûler dans les cérémonies religieuses. C'est peut être cette atmosphère « crépusculaire » qui vaut aux lieux leur mauvaise réputation.

Le retour est sans problème. Et je n'ai pas croisé de voleurs ! Je regagne le parc du Dragon Noir, résiste à la tentation mesquine de retourner voir la guichetière. Une longue promenade en terrain plat le long du lac est ce qu'il y a de mieux pour détendre mollets et genoux.

A la GH, pendant le rite de la bière vespérale, Kim me bourre de sucreries et Mama de gâteaux. Leurs intentions sont elles honnêtes ?

En tout cas c'est sûr pour demain et après demain je suis prêt !  (Pas de blog avant trois jours donc)