Dimanche 26 février

Ce jour je panse mes blessures en flânant dans la vieille ville. Lèvres éclatées par le soleil des hautes altitudes lors de la randonnée aux gorges, et spleen chargé des au-revoir récents. Il faut savoir les gérer avec légèreté, mais lorsque les rencontres ont été, comme ces derniers jours, belles, ce sont toujours de petites ruptures, de petites blessures cachées sous les rires....Mais un autre l'a tellement joliment écrit que je ne peux que lui laisser la plume :


« Ah ! dit le renard… je pleurerai.
— C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
— Bien sûr, dit le renard.
— Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
— Bien sûr, dit le renard.
— Alors tu n’y gagnes rien !
— J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. »

Hier soir, traînant un peu dans la ville, d'abord avec Nati pour quelques courses, puis seul, je tombe sur un jeune couple poussant avec peine un tandem lourdement chargé sur les difficiles pavés de la vieille ville. Ils semblent chercher un logement, et je les aborde.

C'est ainsi que je fais la connaissance de Bertrand et Carole. Deux jeunes Belges, souriants, sympathiques et chaleureux (pour des Belges c'est presque un pléonasme) Je les guide jusque chez Mama Naxi où ils trouvent une chambre et parquent leur véhicule.

Le tandem, plutôt rustique est toutefois bien équipé : 24 vitesses, de grandes sacoches à l'arrière, deux plus petites à l'avant réalisées à l'aide de sacs pour ordinateur, plusieurs sacs de marins étanches (c'est la technique que j'utilise désormais pour les voyages en vélo : mieux vaut des vêtements chiffonnés et secs que le contraire!) sur les porte bagages... A peine plus d'une bonne vingtaine de kilos pour l'ensemble malgré l'ampleur du voyage entrepris.


Bertrand et Carole sont Belges comme écrit plus haut. Alors bien sûr on va descendre quelques bières dans un bistrot qui permet de jouir des derniers rayons du soleil, et ils me racontent leur périple, modestement, gaiement, comme s'il s'agissait d'une simple promenade à la journée.

Ils sont partis de Singapour, puis ont traversé Malaisie, Thaïlande et Laos. Le Laos et ses routes « crucifiantes » dans les cols au nord de Vang Vieng et de Muang Prabang...

Ils en parlent avec calme et humour, et c'est bien car après Lijiang ils se rendent à Shangrila, à la frontière du Tibet. La ville est à plus de trois mille mètres et je me souviens du froid de loup des petits matins de mars dernier.

Puis il y aura le Tibet (en train pour des contraintes de permis) puis la suite de la route sud de la soie : l’Afghanistan, l'Iran, la Turquie.... Chapeau !!!!

Cela me rappelle un couple Français, rencontré il y a deux ans à Paris, qui avaient entrepris une expédition un peu similaire (Nouméa, Australie, Thaïlande, Chine Tibet....) La même joie et la même modestie.... Mais dans le cas de Bertrand et Carole je trouve l'exploit encore plus grand car le tandem est un outil redoutable à gérer lors des inévitables moments de tensions et des aleas de tout poil.

Au retour chez Mama pour un dîner partagé, nous avons retrouvé Nati prête au départ. Effusions, promesses, émotions masquées...Encore une bulle qui s'envole...


Ce matin Bertrand et Carole sont partis aussi, sourire au lèvres, après une inévitable séance photo en compagnie de Mama et de son équipe. J'étais un peu ému en les accompagnant jusqu'à la sortie de la vieille ville pour les guider sur la route de Shangrila, mais surtout plein d'admiration

Vous pouvez trouver l'adresse de leur blog dans mes liens, mais peut être faudra-t-il attendre un peu pour les derniers développements : il est bloqué par le « Great Firewall » de la censure Chinoise, et même mes proxies habituels sont cette fois impuissants à le contourner.