Vendredi premier mars 2012

Depuis plusieurs jours le temps est partagé entre l'étude du Chinois et des promenades au hasard dans la région. Une fois sur deux je vais dîner chez Mama où finalement la nourriture est excellente pour un prix plutôt dérisoire : le cuisinier est là depuis deux ans et il est vraiment apprécié de tous. Je le soigne lui offrant régulièrement des petits cadeaux : cookies, bonbons trouvés au cours de mes pérégrinations. C'est un investissement tout à fait rentable au vu des portions et petits suppléments qu'il m'attribue.

Il est vrai que le climat actuel rend la nourriture particulièrement importante. J'ai fait quelques essais à l'extérieur pour essayer de découvrir de nouveaux horizons gustatifs. C'était bon, parfois surprenant comme dans le dernier restaurant Tibétain, mais bien trop léger pour mes besoins énergétiques, surtout pour quelqu'un qui ne prend que deux repas par jours.

Hier en particulier la journée fût sibérienne. Comme à l'habitude le lever avait demandé pas mal de courage pour quitter la tiédeur de la couverture chauffante et se précipiter dans la salle de bain glaciale, faire longuement couler la douche avant que n'arrive enfin l'eau chaude depuis les profondeurs du bâtiment où doit se terrer lâchement le cumulus.

Journée libre d'étude pour cause de congés liés à un festival Naxis. J'en ai profité pour pousser jusqu'à Baisha en vélo, espérant un peu vaincre le froid par la dépense physique. C'était compter sans le vent glacé descendant des proches montagnes Himalayennes. Vent qui, par un mécanisme sournois et pervers semble toujours arriver de face et transperce en quelques minutes toutes les couches vestimentaires que je peux empiler. Le pire étant les bourrasques inattendues, chargées de pluie et de neige, dont l'une, particulièrement violente, m'a déséquilibré et fait chuter, heureusement à trop faible vitesse pour présenter un danger quelconque.

Je ne suis resté que deux heures à Baisha, me limitant à une visite à mes « copains » Iris et Simon qui dirigent sur place l'école de broderie Naxi et à rencontrer à nouveau un groupe de motards français, congelés, vus la semaine dernière en partance pour le nord, et juste de retour. Puis, de retour à Lijiang en début d'après midi je me suis réfugié sous la couette pour bouquiner et travailler un peu le Chinois, avant d'aller dîner dans un restaurant dont le principal avantage est d'offrir le confort de braseros répartis entre les tables.

Journée presque semblable aujourd'hui. Je n'ai pas eu le courage d'entreprendre la randonnée que j'avais envisagée : ce sera pour plus tard : les prévisions météo annonçant un réchauffement relatif pour le début de semaine prochaine, au moins la fin des températures négatives la nuit et même un exceptionnel 17 degré en milieu de journée.

Fin de journée dans l'habituel bar à musique à siroter un vin Chilien de trois ans, ma fois pas si mauvais que cela...

Les flâneries en ville, ainsi que les courses permettent peu à peu de m'immerger dans la vie quotidienne d'une ville Chinoise moyenne. Liiang est intéressante à ce titre car elle offre plusieurs facettes très différentes. Il y a la ville « musée » pratiquement la seule vraiment connue des touristes, très « léchée » et un peu artificielle. Son classement au patrimoine mondial de l'Unesco pousse les habitants à soigner l'apparence : pas un mégot ni un papier par terre, poubelles tous les 10 mètres, armée permanente de balayeurs, ...WC public tous les 100 mètres, brillants de propreté.... Je n'ai jamais vu une ville aussi étincelante et autant nettoyée...

En revanche dès que l'on se rend dans la ville nouvelle on retrouve une ambiance plus classique de ville moyenne...Les automobilistes ne se gênent pas pour balancer leurs détritus par la fenêtre et les piétons pour cracher sur les trottoirs... Malgré cela cela n'est guère plus sale qu'à Paris car les services de nettoiement sont omniprésents.

Beaucoup de choses, comme les magasins et supermarchés, la circulation, les banlieues résidentielles et pavillonnaires, la foule sur les trottoirs ne semblent pas si exotiques : on pourrait très bien, mis à part les affichages et panneaux en Chinois, se croire en Europe. Il y a cependant des détails caractéristiques, qui même s'ils commencent à me devenir familiers, trahissent une autre culture, ou du moins une autre appréhension du mode de vie au quotidien.

Très peu de gens sont solitaires. Le groupe est la norme. Des couples bien sûr comme partout mais encore plus discrets que dans le reste de l'Asie du Sud Est où se tenir par la main est le comble de l’exhibitionnisme torride (bien que comme dans toutes les cultures Bouddhiste la sexualité soit libre et joyeuse et non frappée de la marque du péché !)

Ce qui me frappe le plus est l'utilisation des téléphones portables. J'étais déjà surpris dans le métro Parisien par le nombre « d'autistes » plongés dans leur smartphone, mais ici c'est la catharsis mobile ! Tout le monde dans la rue a le portable à l'oreille (appareils et communications sont très bon marché même compte tenu du niveau de vie Chinois) Je me rappelle lors du dernier Trek dans las gorges du saut du tigre avoir vu les guides, des paysans locaux, à cheval sur leur mulet, passer le temps le mobile vissé à l'oreille. Même chose pour les paysans dans les rizières, les vendeuses de fruit à la sauvette...

Dans les bistrots offrant le WIFI (ils sont nombreux) tous les consommateurs, y compris les couples face à face (peut être d'ailleurs qu'ils se transmettent ainsi des mots doux) sont occupés à caresser leur smartphone respectif. Et ceci même lorsque l'établissement offre spectacle ou musique. J'ai l'impression parfois d'être un martien en utilisant un petit carnet (il est difficile de trouver des fournitures de papeterie)

Les commerçants sont agréables. Mais autre surprise, il est très difficile de communiquer par mime. Peut être parce que, culturellement, nos représentations symboliques ne sont pas comprises. J'ai eu du mal à montrer que je voulais des gants et un caleçon long (pas triste à mimer devant la vendeuse surtout lorsque après lui avoir montré ses propres bas j'ai fait mine d'enfiler quelque chose sur mes jambes : qu'à-t-elle bien pu interpréter?) Idem pour les signes manuels désignant les chiffres qui n'ont rien à voir avec les nôtres : par exemple pouce et index levés signifient.... 8 pouce et petit doigt … 6 ! Gare aux mauvaises interprétations... Pour les curieux voir :

compter avec les mains

Bonne lecture

Zaijian ! 再见