Samedi 11 au dimanche 12 mars 2012

Ouf un long week end (les 12 heures de cours hebdomadaires sont concentrées sur trois jours du mercredi au vendredi) Pas volé. Les cours sont intenses et fatigants, et chaque heure de cours en génère au moins autant de travail personnel pour ne pas être noyé.

Samedi travail pendant la première partie de la matinée, puis les températures confirmant les prévisions météorologiques (17 degrés et soleil dans la journée) vélo pour une balade à Băisha. Plusieurs prétexte à cela : faire un petit bonjour à Iris et Simon, récupérer dans un bistrot signalé par un autre voyageur un excellent plan des gorges du saut du tigre, et surtout vider la tête par l'effort physique.

A ce sujet Iris a une idée : elle me présente une de ses nouvelles enseignantes et propose de suivre des cours de broderie avec elle... Pourquoi pas Nalia (c'est le nom de jeune enseignante) est sympathique et comme elle ne parle quasiment pas Anglais, je ferais d'une pierre deux coups. Cependant je me demande si mes yeux sont encore assez bons pour un tel travail : les aiguilles utilisées sont parfois aussi fines qu'un cheveu... Enfin affaire à suivre.

Je n'avais pas encore réellement visité le nord de la ville. J'y découvre un gros bourg, encore à l'écart de la fréquentation touristique, où les maisons Naxis n'ont pas été refaites à la « Chinoise » Briques de terre crue séchées au soleil soutenant des charpentes de bois. Le cadre est magnifique avec en toile de fond le pic de la dent de jade enneigé devant une foule d'arbres fruitiers en fleurs. Symphonie de rose et de blanc. Le printemps frappe à la porte (et ce n'est pas trop tôt)

Le village est calme et discret. Silence à peine rompu par quelques meuglements de vaches et les soupirs du vent dans les toitures. Au début seul les chiens locaux remarquent ma présence, vite calmés lorsque je fais mine de saisir une pierre. Mais quand je commence à prendre des notes dans mon petit carnet, tout le monde m'entoure, lit par dessus mon épaule (qu'est ce qu'ils peuvent bien lire ?) et commentent à haute voix (un Chinois cela parle très très très très fort, mais 5 Chinois valent une salle de meeting électoral !)

Retour en ville par.... Le chemin des écoliers, mais il restera bien encore, après la douche, une bonne heure et demi de travail dans le jardin, encore ensoleillé qui entoure l'immeuble où se situe l'école et ma chambre. Puis il est temps d'aller dîner chez Mama, plaisanter un peu avec l'espiègle Lina qui s'amuse à s'habiller « loca » , et finir la soirée en musique au Fresnam café.

Dimanche

Il faut savoir sortir du cadre, scolaire en l’occurrence. Le réveil sonne à 6h00, mais bien sûr j'étais réveillé bien avant. Un peu engourdi par le froid matinal J'ai un peu de mal à bredouiller à la « chauffeuse » (nous sommes en pays Naxi) du taxi que je veux aller à la gare routière. Au début les tons sont un peu rouillés par le gel, puis ce la se débloque.

A la gare routière j'ai une heure d'avance ! Je suis venu à l'inspiration car en Chine il est très difficile d'obtenir des horaires (même en Chinois) Les agences de voyage ne savent pas ce que c'est (ou ne veulent pas le savoir) et aucun guichet à la gare routière n'en donne. Débrouille toi garçon. Enfin cela donne le temps de déguster sans me presser la traditionnelle soupe de nouilles(Meīn tôu)

Deux heures trente de route en montagne, comme à l'habitude superbe, alternance de forêts de pins et de points de vue surplombants de petites vallées sculptées de rizières en terrasse. Arrivé à JianShuan, je devrais me débrouiller pour trouver un autre moyen de transport : mini van, taxi collectif.... Pour la dernière partie du trajet. Cela va être chaud ! Mais non ! Un des autres passagers, Chinois assez bon anglophone, fait le même trajet et propose de partager. Grâce à lui nous trouverons un Minivan pour une poignée de Quäys (Si vous ne voulez pas paraître « touriste » ici il ne faut pas dire Yuän mais Quäy – prononcer kouaille-ou Maos : 10 Maos valant un Quäy ou un Yuan, ou un RMB (Littéralement la monnaie du peuple)) C'est tout simple n'est-ce-pas ?

Arrivée à Shānxi un peu avant midi. Shānxi est l'une des trois villes encore existantes qui jalonnaient la « route du thé » conduisant du sud du Yunnan vers le Sud de l'Inde, via le Tibet. et c'est la mieux conservée. Chō Lù Duëi, mon mentor Chinois, descend à l'auberge de jeunesse. Cela tombe bien car je souhaite en acheter la carte de membre, pas encore disponible en France lors de mon départ. En Chine les auberges de jeunesses sont ouvertes à tous, souvent très confortables, et disposent d'une gamme étendue de service. En effet la GH est parfaite Plusieurs bâtiments en bois autour d'une cour carrée à la mode Dai, remplie d'arbres en fleurs. La chambre est petite, mais il y a l'essentiel : salle de bain et... Couverture chauffante, et la convivialité habituelle.

Le village de Shānxi est incroyablement calme et paisible à côté des autres « villes musées » de la région. Les « rénovateurs » n'ont pas encore sévi. L'ancienne ville caravanière a continué vivre doucement sans perdre son âme, à part les inévitables rues à boutiques, il reste de nombreuses ruelles qui ne doivent pas être très différentes de ce qu'elles étaient à l'époque, modulo l'évolution et l'entretien des constructions.

La place du marché qui était l'ancien point de ralliement des caravanier est une grande cour carrée, pavée de granite, plantée d'un arbre antique et noueux au tronc boursouflé qui doit se souvenir peut être des chevaux chargés de galettes de thé compressé. Elle est bordée par un temple Bouddhiste d'architecture Dai (on a quitté le monde Naxi) Trois pavillons, tous coiffés du classique toit de tuiles à cartouches, supportés par des charpentes de bois, sophistiquées et élégantes. L'ensemble reposant sur un réseau de piliers de bois eux même posés sur des tambours de pierre. J'en ai vu des dizaines semblables, mais à chaque fois l'élégance de cette architecture me plonge dans le ravissement.

A l'extérieur du village proprement dit se trouve la route des caravanier et le pont qui leur permettait de franchir la rivière protégeant la ville. Un beau pont de pierre à la courbure prononcée. Les gardes corps sont ornés de têtes de.... ? (lions peut être) sculptées. Le temps et les conditions climatiques les ont polies et usées jusqu'à les rendre difficilement reconnaissables, mais sans leur ôter leur charme étrange. Il suffit de tendre l'oreille pour percevoir, par dessus le chant de la rivière et des oiseaux, les clipetis fantômes des chevaux des temps révolus.

Dans une des salles annexes du temple précédemment visité j'ai pu consulter les projets de « réhabilitation et de développement touristique » envisagés. Nul doute que la ville risque de devenir, comme Lijiang, une cité en grande partie reconstituée, et que les têtes de « lion » qui m'ont tant ému soient remplacées par des sculptures neuves sans trace d'usure, les maisons les plus branlantes abattues et remplacées par des copies neuves.... C'est la méthode Chinoise.

Au début cela me choquait un peu, et beaucoup de touristes occidentaux le sont aussi. Mais finalement, après réflexion, je suis devenu plus modéré. Certes on perd l'émotion induite par la « patine du temps » mais d'un autre côté on peut contempler les lieux tels que les contemporains les voyaient réellement, pas par exemple comme nos églises devenues austères, mais qui étaient à l'origine couvertes de peintures aux vives couleurs....Et je me mets à réfléchir.....

Si Léonard, ou celle qui lui a servi de modèle, où ses contemporains, voyaient la Joconde telle qu'elle est maintenant au Louvre, assombrie, craquelée que penseraient ils ? Seraient ils émus comme nous par les « cicatrices » du temps ou choqués par la dégradation.... Et nous que penserions nous en voyant l'oeuvre (ou une copie) avec toute la fraîcheur initiale ?

Je vous laisse y réfléchir, en tout cas mon opinion est loin d'être arrêtée.... L'idéal serait bien sûr pouvoir bénéficier des deux options...

Quoiqu'il en soit la ville est pleine de charme et les environs sont superbes. Je compte bien y retourner pour l'un de mes prochains week-end prolongés, ne serait-ce que pour randonner dans les montagnes environnantes, pleines de charmes et de souvenirs. Et le soir, la pureté de l'atmosphère et l'absence de lumière, offre un ciel étoilé d'une rare qualité.

Lundi

Promenade dans les environs en compagnie d'un couple de Français rencontrés à L'auberge. Nous refaisons une (toute petite) partie de la route des caravanes, visitant d'autres villages, tout aussi pittoresques, dialoguant avec les enfants, poussant les ânes pour avancer dans les ruelles, et contemplant les vieux en pleines parties acharnées de dominos.

Retour à Lijiang dans l'après midi... Cette fois je peux « rembourser » de son aide Chō Lù Duëi qui se rend également à Lijiang, mais ne sais pas où je trouve la YHA (Auberge de jeunesse) Or comme c'était là qu'étaient descendus Bert et Carole, je ne suis pas peux fier de pouvoir briller en guidant mon compagnon Chinois à travers bus et labyrinthe de la vieille ville.

Soirée habituelle. Mais en me rendant au « Fresnam Café » J'ai le plaisir de rencontrer un groupe de Chinois autour d'une lunette astronomique : ils sont en train d'admirer le spectacle magnifique offert déjà depuis plusieurs semaines : une belle conjonction Vénus et Jupiter avec Mars à l'opposé... Évidemment ils se font un plaisir d'autoriser l'usage de l'instrument et de m'enseigner le nom des planètes en Chinois.

Zaìjiän ! 再见