Semaine du 15 Mars

Le blog a pris un tout autre rythme, formaté par celui du travail scolaire. Une douzaine d'heures de cours intenses en petit comité (3 ou 4) pendant trois jours de semaine, et 4 jours de libres. Mais ce ne sont pas des jours de paresse ! Il y a l'intendance, le ménage, les courses, et....Surtout le travail personnel. Surtout ne pas prendre de retard car ma prof est un vrai bourreau !

Elle s'appelle Huan Fan, mais ici tout le monde la nomme Fiona. C'est la tradition pour les Chinois au contact des étrangers de prendre un nom « Anglais » (quoique Fiona?) et à l'inverse les étrangers en longue durée en Chine se voient doter d'un nom Chinois, basé sur le prénom et aussi sur le caractère. Le définitif est encore en attente en ce qui me concerne, mais Fiona, incapable de prononcer correctement Denis, m'a provisoirement baptisé Dàn Nï Xi.

Cela ne se prononce pas vraiment comme je l'ai écrit, car , et c'est une des joyeuseté de la langue Chinoise moderne, chaque caractère « Hànyû » a un (un seul dans le meilleur des cas!)- équivalent en graphie occidentale. Alphabet agrémenté de quelques accents supplémentaires indiquant les tons, ce qui permet une communication plus facile, l'utilisation de claviers d'ordinateurs (imaginez ce que pourrait être un clavier permettant de saisir les quelques 8000 caractères Chinois ou du moins les 3000 plus usuels!) et, théoriquement un apprentissage plus rapide. Cet alphabet s'appelle le Pynying.

Mais comme je l'ai écrit plus haut, Fiona est un bourreau et finalement il nous faut apprendre les deux alphabets ! Double travail.... Donc.

Fiona fait un peu penser à ces boîtes d'où surgit brutalement un diable poussé par un ressort. A la seconde précise du début de chaque court elle bondit dans la classe en nous apostrophant en Chinois. D'ailleurs elle n'arrête pas de bondir, gesticuler, faire des grands signes. Ravissante, toujours souriante, mais une tornade de dynamite et ne laissant rien passer. On en bave. La mémoire est à rude épreuve : retenir les mots en pynying, les caractères Hànyû, et le sens.... Tout se mélange....

Mansel, mon collègue Américain et moi nous soutenons mutuellement le moral, relevant que de façon amusante si nous partageons les mêmes difficultés de mémorisation, les problèmes de prononciations nous sont bien spécifiques : il rit de mon incapacité à bien maîtriser les « h » aspirés, je lui renvoie les diphtongues nasalisées et les « r »... Chacun ses petites misères !

Et nous commentons aussi nos étonnements sur les habitudes Chinoises qui nous déroutent. Si nous commençons à ne plus trop nous émouvoir des crachats perpétuels, c'est pour en découvrir d'autres. Comme celles de toujours se déplacer lentement en groupes compacts (Un vrai Chinois n'est jamais seul) à trois ou 4 de fronts dans la rue, ce qui ne facilite pas les croisements, l'intense volume sonore des conversations, le besoin irrépressible de se faire photographier dans des positions excentriques devant monuments ou paysages sublimes.

Nous avons décelé aussi quelques bizarreries relatives aux prix des produits et services. Voulant acheter une ramette de papier machine (Les exigences de Fiona nous en font faire une grosse consommation) nous nous sommes rendus dans un super marché pour découvrir qu'une ramette coûtait près de 20 € ce qui est particulièrement élevé. Nous rendant ensuite dans une petite boutique de papeterie, un véritable capharnaüm, nous avons pu en acheter au détail pour environ 1,5 € l'équivalent d'une moitié de ramette. Mais comme c'était au détail, l'employé a compté, UNE PAR UNE, chacune des quelques 200 à 300 feuilles !

Dans le contexte studieux les sorties sont une détente. D'autant que le week-end sera court car les horaires changent la semaine prochaine. Du mercredi au vendredi ils passent du lundi au mercredi, ce qui fait que j'ai du renoncer à un petit voyage vers un joli lac : deux jours seulement de liberté suffisant à peine à écluser le travail personnel.

Le vélo dans Lijiang représente une bonne détente. Le pilotage contraint à rester vif et éveillé. Selon l'aphorisme bien connu en Chine il y a des vieux cyclistes, des cyclistes rêveurs ou maladroits, mais pas de vieux cyclistes rêveurs et maladroits.

Les Chinois sont pourtant loin d'être les pires conducteurs d'Asie : véhicules de bonne qualité en excellent état, souvent luxueux. Les feux sont respecté, la vitesse raisonnable et l'usage du klaxon modéré. En revanche en ce qui concerne les deux roues la loi du plus fort s'applique.

Que ce soit envers les bicyclettes ordinaires, les vélos et les motos électriques (le parc est impressionnant, il n'existe quasiment pas de moto ou scooter à moteur thermique) ou les piétons, le mépris est total : voitures et bus coupent la route sans vergogne en tournant à droite ou en se garant et personne ne regarde avant d'ouvrir sa portière. Mieux vaut éviter les pistes cyclables beaucoup trop dangereuses sous ce rapport, ou alors faire comme les locaux : les utiliser à contre-sens.

Quel contraste avec la courtoisie de l'accueil dans l'administration, courtoisie qui compense la complexité et la longueur des formalité. Presque autant qu'en Inde (ou l'absence de courtoisie et même une certaine forme de mépris sont fréquents) Après avoir obtenu la prolongation du visa pour 5 mois on m'a demandé de retourner au poste de police local, à l'autre bout de la ville, pour enregistrer le nouveau numéro de visa dans le permis de séjour... C'est pourtant la même administration ! Ce simple changement de numéro a bien demandé 20 minute de travail acharné sur le clavier de l'ordinateur au fonctionnaire. Il lui fallait passer du Hànyŭ au pynying, faire la modification, puis utiliser un traducteur pour retranscrire le pynying en Hànyŭ, mais cela n'explique certainement pas tout....

Bonne anniversaire à mon Sachounet préféré !