Début mai 2012

Oui je sais. Comme me l'on fait remarquer mes aimables lecteur, et plus précisément lectrices, ce blog est en souffrance depuis quelque temps déjà. A cela plusieurs raisons.

Le travail, de plus en plus intensif, l'immersion de plus en plus prégnante dans la vie quotidienne d'une petite ville touristique Chinoise, et l'évolution inattendue, passionnante et passionnée d'une récente rencontre.

Les cours de Chinois ont en effet pris une importance que l'on pourrait trouver démesurée si l'on oubliait que c'était à l'origine l'une des principales motivations de ce retour en Chine. Ce n'est rien de dire que c'est très difficile, surtout pour une mémoire « amortie «  par l'âge. En moyenne douze heures par semaines, très denses (Fiona fait preuve d'un niveau d'exigence, mais aussi d'un dynamisme et d'une patience que j'ai rarement connus chez un enseignant occidental) Une simple anecdote pour illustrer ce qui précède : nous avons « récupéré » le pont du premier mai (fête nationale en Chine) par des séances supplémentaires le week-end suivant ! Il m'aura fallu aller en Chine pour constater que la « récupération » des jours fériés pouvait aussi se faire dans ce sens inattendu ! Je n'ai même pas essayé d'expliquer les psychodrames vécus en France lors des tentatives brouillonnes de récupération du 8 mai, ici je serais passé pour un extra terrestre.

Il est vrai qu'en discutant un peu avec les enseignants on peut apprendre qu'ils nous (les occidentaux) considèrent un peu comme d'aimables dilettantes, un peu paresseux, parfois à la limite du parasitisme social, mais tellement étranges : autonomes forcenés, indépendants, « romantiques »....Et cela inclut aussi les anglos-saxons ;-)

Ces douze heures ne sont rien à côté du travail personnel généré « hors cours ». Tous les après midi de 13 à 18 heures, deux ou trois heures en soirée, et, souvent un réveil matinal vers 5 ou 6 heures du matin pour grappiller encore quelques heures de révisions et d'entraînement.... Le régime classique d'un « Taupin » en somme !

Parler et comprendre ne sont pas aussi difficiles que je ne l'aurais pensé au départ, une fois un peu maîtrisées les subtilités des intonations qui peuvent donner à un même mots 5 sens différents (sans compter les homophones!)

Le vrai défi réside dans les caractères. En réalité il faut apprendre deux langues écrites : le pinying, en caractères latins dotés d'accents supplémentaires représentant les tons et en parallèle les caractères Chinois (version simplifiée, ne compliquons pas trop) beaucoup plus complexes avec la taquinerie supplémentaire que beaucoup de sons identiques se traduisent par des caractères différents, et que moult caractères identiques représentent des mots et sons différents....

L'alphabet Chinois (chiffre variable selon les sources) compte environ 8000 caractères, et pour pouvoir prétendre lire sommairement un journal il faut en connaître environ 2000.... J'en suis loin ! Nous en avons déjà étudié environ 600 mais le taux de mémorisation dépasse rarement 20 %.

汉子太难!

En pynying : hànze tài nán (Les caractères chinois sont très difficiles)

Parfois le découragement me prend en constatant que ce que je connaissait il y a deux jours s'est évaporé, mais cela dure peu : je suis psychologiquement du type « roseau obstiné » et le moral remonte lorsque je commence à percevoir une certaine logique de construction des sinogrammes, ce qui aide beaucoup pour la mémorisation.

Fort heureusement la technologie offre des outil puissants que ne possédaient pas mes prédécesseurs : que ce soit sur le smartphone, l'e Book, ou l'ordinateur. Des logiciels d'écriture et de conversion anglais – pynying – Chinois, des dictionnaires, des outils de reconnaissance d'écriture, des logiciels d'entraînement. C'est un atout considérable et j'ignore si sans eux j'aurais eu le courage de m'obstiner.

Lijiang est une petite ville, une sorte de Disney Land Naxi reconstruit en permanence, où même les urinoir disposent de la télé, souvent submergé par des hordes touristiques.

Mais la population locale finit par reconnaître les habitants permanents. Je suis toujours surpris par le nombre de personnes qui me saluent dans la rue, engagent un bout (limité ne rêvons pas) de conversation. Et ce ne sont pas toujours des commerçants ! Cela fait un peu drôle de commencer à se sentir devenir progressivement un peu Chinois, ne plus être trop dérangé par le bruit ambiant, les groupes compacts qui déambulent au pas d'escargot sans regarder devant eux, les crachats permanents...

Et, grâce à l'ambiance familiale et chaleureuse de l'école, il est difficile de rester blasé.

J'ai appris à me régaler de thé à longueur de journée, et même des classiques tasses d'eau chaude ! Ici on boit rarement de l'eau froide, et c'est finalement une excellente habitude. Seule, hélas, la bière est glacée. Les petits déjeuners de soupe de nouille, les « baozis »... Je sens que mes yeux commencent à se brider. J'ai même subi, pendant deux jours, les attaques sournoises d'une espèce de grippe dont le virus se moquait comme d'une guigne du vaccin Français injecté l'an passé. Soignée par la bonne vieille méthode : viande rouge (pas facile à trouver ici sauf à aller directement dans la cuisine) et cure de sommeil.

J'évite aussi, autant que faire se peut, les cafés dédiés aux « westerners » A force de me faire prendre en photo comme une bête en cage par les groupes de touristes qui défilent devant, expérience récente, recevoir sur mes genoux une superbe créature pendant que sa copine nous mitraillait avec son téléobjectif. (Je crois, sans certitude, qu'elles avaient toutefois demandé la permission) j'ai fini par redouter que l'on ne me lance des cacahuètes et tende des bananes.

Cela faisait des semaines que j'avais sacrifié voyages et découvertes des environs au profit du travail. Et puis.... J'ai fait une rencontre...

Ce blog n'est pas le lieu pour des épanchements intimes. Disons simplement qu'il suffit de se reporter au billet précédent, où j'évoque une passion commune, mais qui heureusement ne se limite pas à cela, pour la marche et l'aventure. Vous trouverez plus concret dans les liens du blogs, et je vous recommande particulièrement celui sur l'émission de France Inter consacrée à la marche...

Évidement le travail s'est trouvé un peu sacrifié pendant quelques semaines. Mais Fiona s'est montrée compréhensive : les Chinois sont si éperdument romantiques ! Et nous nous sommes offert une petite escapade de trois jours à Chengdu, ce qui va me permettre de donner un tour plus « classique » à ce Blog et même de publier quelques photos.

Asie_2011_2012.kmz Chengdu, capitale de la province du Sichuan n'est « qu'à «  600 km à vol d'oiseau de Lijiang. Une paille pour la Chine, mais le trajet peut se révéler plein de surprises. Françoise l'avait fait, deux semaines avant, par petites étapes, sans trop de souci, avant de revenir sur Lijiang... Coup de tête partagé.

Cette fois elle y retourne. Etape avant Shanghai, puis un bateau pour le Japon où attendent de belles et mystérieuses randonnées. Je profite de quelques jours de libertés « scolaires » pour l'y accompagner.

Nous avons décidé, sans jamais l'évoquer explicitement, de poursuivre, pour un temps, chacun notre propre aventure, certains que cela n'obérera pas l'avenir et même le rendra plus fort. La forte communion de pensées que nous nous sommes découverte rendant inutile d'exprimer des évidences.

Départ aux aurores donc,le jeudi 26 avril pour Panzihua, première étape sur la route du Sichuan où nous espérons trouver un autre bus en correspondance pour Chengdu.

A vol d'oiseau il n'y a que 150 km... Mais dans cette région du Yunnan les oiseaux sont des privilégiés. Le cours tourmenté du Yang Ze (la même rivière qui a creusé les spectaculaires gorges voisines du « Saut du Tigre ») déchire les montagnes en un complexe réseau de vallées étroites qui s'entrecroisent en d'incroyables imbroglios.

Encore un paradis pour randonneurs (aguerris!) des fenêtres du bus on rêve sur ces paysages tentateurs, alternativement sauvages et aux denses cultures en terrasses qui s'accrochent sur les moindres recoins disponibles. Les agriculteurs ici sont à la fois des acrobates et des terrassiers fabuleux. La beauté des paysages et la facilité relative du déplacement motorisé pourrait facilement masquer la somme d'effort et de génie qu'il a fallu déployer pour exploiter ces terres exigeantes. Une fois de plus on réalise que seule la marche lente, pas à pas, peut nous mettre en communion avec la vie réelle. Nous sommes comme dans un aquarium, munis de notre seule imagination, toujours insuffisante

Et puis, au moins sur le plan esthétique, cela se gâte vers le milieu d'après midi. Le relief s'apaise en une succession de plateaux plus doux. D'agricole le paysage devient industriel. Une longue succession d'usines gigantesques, et de centrales électriques grises et fumantes, des colonnes de camion chargés de charbon, des terrils et des mines à ciel ouvert. La population de la Chine à soif d'énergie, et il a bien fallu mettre ces centrales quelque part. Les villes, laides, se succèdent. Eternel dilemme : on préfère les paysages somptueux, mais pour les décrire ils nous faut alimenter électriquement appareils photos, ordinateur, et il nous faut manger, dormir, s'abriter au chaud.....

La gare routière de Panzihua est coincée en bordure d'une rivière grise. De l'autre côté une ville grise, assez glauque. Ce n'est pas vraiment un endroit des plus romantiques ! Mais ce n'est pas bien grave, il nous reste dans l'imaginaire du rêve en stock !

Un peu plus ennuyeux est la découverte en arrivant à la gare routière qu'il n'y a pas de bus pour Chengdu ! On nous conseille le train, mais nous savons qu'en cette préparation des congés du premier mai ils sont bondés, et que nous ne pourrons y trouver que des « sièges durs » pour y passer toute une nuit. J'ai déjà donné l'an passé entre Xian et Pékin, et nous ne sommes pas vraiment tentés par l'expérience.

Mais c'est l'Asie. A chaque problème sa solution, parfois boiteuse ou folklorique. La ce sont des « rabatteurs » qui nous proposent ce que nous comprenons de prime abord pour un voyage en « minibus avec sleeper »

Cela paraît bien un peu bizarre, mais nous n'avons pas trop le choix. Cela nous semble encore plus bizarre lorsque le minibus, où nous ont rejoints trois autres passagers Chinois, s'arrête sous un énorme entrelacs de voies bétonnées d'un échangeur autoroutier. Va t on se faire détrousser ? Non... Du moins pas encore. Nous escaladons à pied un sentier escarpé et terreux pour déboucher sur... la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute pour Chengdu ! Et là nous attendons....

Nos rabatteurs n'ont rien fait d'autres que de négocier des places sur un bus qui relie Kunming à Chengdu. Places probablement non officielles, car nous découvrons que toutes les couchettes sont occupées. Assis dans le couloir étroit sur des poubelles renversées, la nuit risque d'être longue !

Mais nous sommes en Asie, mais nous sommes d'incorrigibles optimistes, mais nous sommes des voyageurs aventureux et chanceux ! Un jeune Chinois galant, et oui cela arrive, offre sa couchette à Françoise pendant que je tente de trouver un repos relatif allongé à même le couloir, espérant que les passagers crachent bien directement dans les poubelles consacrées à cet usage.

Et puis la chance tourne. Après quelques heures, lors d'un arrêt intermédiaire, quelques places se libèrent. Nous trouvons refuge, bonheur indicible, sur les couchettes placée à l'arrière. Certes nous sommes sur les roues, certes nous sommes 6 alignés, certes la longueur des couchettes est calée sur les standard Chinois, certes ma voisine est une jeune mère de famille accompagnée d'un bébé que je crains d'écraser dans mon sommeil. mais au moins nous sommes à côté l'un de l'autre, et je peux même laisser dépasser mes pieds dans le couloir. ! Le confort, comme le bonheur, c'est relatif ! (A moins que ce ne soit l'inverse)

C'est étonnant, mais nous finissons par nous endormir, et ne nous réveillons qu'au lever du jour. Le bébé a été étonnement sage, et le restera jusqu'à la fin, sa mère le cajolant et le stimulant sans relâche, et les cahots ne nous ont pas dérangés. Tiens les cahots d'ailleurs il n'y en a pas : nous sommes arrêtés, coincés au sein d'une file sans limite de camions et autres bus. Bigre on ne va pas être en avance, l'arrivée était prévue pour le début de matinée. Un coup d'oeil au GPS révèle l'ampleur du retard : nous sommes encore à près de 200 km de Chengdu, coincés dans ce qui semble un embouteillage sans fin sur une étroite route de montagne.

On va y passer plusieurs heures, la file avançant parfois de quelques mètres pour se figer à nouveau. C'est bien on peut descendre se promener, aller faire des promenades pipi, acheter un peu de nourriture, sourire aux chauffeurs de camions qui tapent philosophiquement le carton, et faire risette aux habitants du village voisin qui n'ont pas l'air plus étonnés que cela de ce gigantesque capharnaüm.

Mètres après mètres, puis dizaines de mètres par dizaine de mètres le serpent de véhicule progresse. Nous aurons l'explication en début d'après midi. Des travaux routiers en phase avec la prolongation de l'autoroute imposent, sur seulement quelques dizaines de mètres, une circulation alternée. Encore et toujours la Chine ! Petites causes, effets démesurés.

Près de 24 heures de voyage ! Je m'étais pourtant bien juré.... Mais en voyage j'ai rompu tellement de serments et renversé tant de certitudes...

Finalement arrivés à Chengdu en milieu d'après midi et après une courte errance à la recherche d'un hôtel, nous avons du évidemment renoncer à notre programme initial d'excursion dans les environs. Pas grave, nous avons re, revisités Chengdu...

Et le lendemain matin, instruits par une longue expérience, nous avons écourté au possible les « au-revoir » faisant comme si ce n'était que pour quelques heures... Bus et avion pour moi, train pour Françoise direction Shang Hai. (au moment où je rédige ce billet) elle n'y est déjà plus, un ferry vient de la débarquer au Japon.

L'avenir n'est pas écrit, de cela au moins, plus quelques autres choses, comme notre retour en France, un de ces jours, nous sommes sûrs.

En attendant je retourne travailler : 我回来学校学习!

Zàijiän ! 在见