Semaine du 15 mai

Le printemps semble définitivement installé à Lijiang. La preuve : il pleut ! Mais trêve de grognements, il est bien agréable de pouvoir sortir tous les jours méprisant parka et chaussures de randonnée, travailler dans la chambre en manche de chemise et oublier la couverture chauffante même si les nuits sont délicieusement fraîches (on est quand même à 2000 mètres)

Nuits qui seraient parfaites sans le vacarme horripilant des roquets voisins, heureusement pour eux bien enfermés, sinon je pense qu'il y aurait des noyés depuis longtemps.

La routine est installée : trois jours de cours, 4 jours, non de repos, mais de travail personnel... Les soirées où je ne travaille pas le lendemain sont l'occasion de brèves sorties et de rencontres parfois Chinoises (il faut quand même mettre les cours en pratique) parfois « westerniennes » avec la communauté locale des « semi-expats » locaux : Irlandais, Anglais, Indiens, Américains et même quelques rares Français avec qui j'ai bien du mal à ne pas rire lorsque,courtoisie oblige, nous devisons.... En Anglais. Au moins j'aurais autant progressé dans la langue de Shakespeare que dans celle de Lao Tzeu (qui de façon amusante s'écrit en Chinois « vieux machin » 老子) même si les niveaux de départ sont bien différents.

Un petit extra la semaine passée : j'ai accompagné Eva, l'une des enseignantes de l'école pour jouer l'accompagnateur lors d'une sortie « nature » des tous petits. Ce ne fût pas une journée perdue loin de là : parler avec les enfants est redoutablement instructif, et puis je me suis fait une jolie copine (n'est ce pas qu'elle est ravissante !) qui, complètement subjuguée, n'a pas lâché ma main de toute la journée, sauf (c'est quand même une fille!) lors de la distribution de bonbons.

Pour le reste, routine toujours favorisée par une tendance presque pathologique, obsessionnelle même, des Chinois d'ici (je suppose que c'est pareil ailleurs) à répéter sans cesse les mêmes actions. C'est presque Freudien.

La ville bruisse en permanence d'une chanson, toujours la même, éternellement diffusée dans les rues et les boutiques. Impossible de ne pas l'entendre 5 à 10 fois par jour (l'an passé c'était déjà la même) Face à l'école, un groupe tente de vendre des CD « folkloriques » Naxis, et diffuse de façon tonitruante, en boucle, une autre rengaine (oui il y en a au moins deux) de 14h00 à 18h00. Ce doit être, avec les chiens, la version contemporaine sonore de ce que l'on appelait le « supplice Chinois »

En ville des millions de visiteurs prennent inlassablement la même photo : la copine (ou le copain) sur fond de roues de moulin à eau, le sourire figé et les mains écartées, passent au stand de brochettes pour consommer des millions de pièces identiques devant les centaines de boutiques clonées.

Le soir, sur la place principale officient quelques marchands à la sauvette. Tous proposent le même objet. Cet hiver il s'agissait d'un jouet lumineux, lancé à l'aide d'un fronde, qui retombe en spiralant lentement dans les mains du lanceur (du moins s'il est habile) Colossal changement ce printemps : ils ont été remplacé par de petits parachutes colorés dont les centaines de corolles fleurissent dans le couchant.

Heureusement de temps à autre, on voit passer, au milieu des touristes sapés comme à Ibizza et des groupes folkloriques appointés de vrais habitants des villages venus faire des emplettes en ville.

Ce comportement collectif monomaniaque devient hypnotique. S'il n'y avait le travail je crois que je serais devenu fou ! Non en réalité je ne serais pas resté, j'aurais vite repris le sac à dos pour quitter ce monde kafkaien.

Bon j'exagère. Il reste la ville nouvelle, celle qui n'est pas touristique mais ou il fait si bon flâner pour voir vivre les gens « du bas » et puis il y a les myriades de collines qui offrent des promenades sans fin où, dans l'isolement, se déploie enfin une nature presque vierge.

Jeudi de l'ascension... Je travaille (et oui ce n'est pas la France ici!) mais l'occasion était trop belle pour ne pas en faire une grimpette sur la colline voisine. Quelques errements pour trouver un chemin détourné évitant les gardes chiourmes à l'entrée, errances parmi les tas d'ordures et les chantiers : le gars en photo ici a bien failli me coller les troncs en pleine figure, pour finalement trouver la solitude à 2400 mètres devant le superbe panorama habituel.

Là j'ai pu sortir mon MP3 pour écouter en boucle (ben oui je suis contaminé) puis répéter, tous les enregistrements des cours passés sans un chat pour me déranger. Finalement je recommencerais c'est bien plus agréable et productif que dans ma chambre.

Mais tout ceci n'est que pipi de chat à côté des performances Françoise qui bataille pour faire, munie seulement de 4 jours de nourriture et d'eau, une randonnée solitaire dans les environs de Kyoto sur un parcours que les « vrais hommes » ( il n'y a pas plus macho qu'un Japonais) bouclent péniblement en 6 selon la police qui lui a fait promettre de téléphoner tous les soirs. On voit qu'ils ne la connaissent pas bien....Une femme qui se permet de grimper puis redescendre les 66000 (Oui il n'y a pas d'erreur de zéro!) marches de la montagne d'Emeishan en chantant avec un sac de 20 kg sur le dos pourrait sûrement leur donner quelques leçons ! (Voir le dernier billet de son blog dans mes liens)

Je me sens l'âme d'une Bretonne resté au pays dont l'homme viendrait d'embarquer pour pêcher la morue sur les grands bancs. Mais après tout il faut savoir assumer tous les rôles, surtout face à une comédienne !

Petite déception, relative : je me suis fait voler mon vélo. Ici c'est une vraie plaie ! On dit qu'il n'y a pas de vieux vélos à Lijiang : ils n'ont pas le temps de le devenir. Mais comme je suis le chouchou de Fiona, elle me prête le sien, tout mignon tout plein... Je vais devoir remonter un peu la selle. !

在见!