15 juin 2012 (aux environs du)

Paysages et villes sont un peu comme des vêtements. Ils possèdent leurs qualités intrinsèques, mais la façon de les habiter, comme un catalyseur, leur confère des valeurs inhabituelles.

Lijiang et ses environs, on peut dire que je connais. J'ai l'impression d'y habiter depuis des années. Rues et routes tellement familières que je les parcourt machinalement souvent en oubliant d'observer ce qui était étonnant quelques mois auparavant.

Et puis j'ai revisité ces lieux si connus avec mon amie voyageuse pédestre au long cours. Autant dire qu'ils ont pris une toute autre dimension...

Mercredi dernier je suis allé chercher à l'aéroport ma fille Isabelle, son mari et Maël, l'un de ses trois enfants. C'était une étape importante du séjour, prévue depuis belle lurette. Et à nouveau la région de Lijiang s'est revêtue d'habits neufs pour faire la fête à ce bout de famille réunie.

Nous avions en projet la randonnée emblématique des gorges du saut du tigre. Mais des doutes subsistaient quand à la capacité du petit garçon, sportif certes, mais juste âgé de 7 ans à posséder les qualité physiques et l'endurance pour affronter cette randonnée quand même sérieuse et parfois dangereuse.

J'avais prévu un test significatif : grimper sur la « colline de l'éléphant » une éminence plutôt raide située juste à côté de mon école, par des chemins escarpés et solitaires découverts quelques semaines auparavant après moult recherches et essais personnels. Dénivelé moyen (4 à 500 mètres) mais raidillons parfois abrupts et vertigineux, plus quelques escaliers assez éprouvants, suivis d'une descente elle aussi assez technique. Test concluant puisqu'il a fallu supporter presque en permanence le bavardage du jeune randonneur, prouvant que le souffle et les jambes suivaient. Pas de problème pour les autres bien sûr. Isabelle sortant du marathon de Paris et son mari plutôt athlétique.

Comme les prévisions méteo sur la fin de la semaine n'étaient pas très favorable, nous avons décidé de tenter l'expédition dès le lendemain matin.

A l'arrivée à Quiato, départ de la rando, le petit groupe n'est pas passé inaperçu des « guides » dont le gagne pain est d'offrir aux marcheurs en difficultés une place sur une mule pour franchir les étapes les plus rudes : 4 personnes sur trois générations offraient une probabilité non nulle de succès.

Au cours de l'ascension nous avons d'ailleurs souvent été dépassés par des convois de mules portant jeunes et moins jeunes, en particulier au cours des terribles (excruciating selon le Lonely Planet) « 28 bends » menant au premier col situé à 2700 mètres... Statistiquement les Chinois ne sont pas très portés sur l'effort physique de longue durée.

Là notre ange gardien, nous suivant tel un vautour savourant d'avance ses proies futures, a bien cru l'affaire dans la poche.... Puis il a fini par déchanter constatant que le gamin continuait à escalader des cailloux de la moitié de sa taille en continuant à jacasser... Dépité il a abandonné et fait demi tour. Heureusement car 100 à 200 mètres avant le sommet, Maël a failli craquer.... Il a fallu trouver tous les ressorts de la psychologie pour le motiver, même les plus « bas » : « tu as vu sur les mules il n'y avait que des filles et des gros , toi, garçon, tu peux le faire » et cela a marché (lui aussi!)

Le reste de la ballade, sur deux jours, n'était plus qu'une promenade de santé....Enfin pour tous sauf pour moi, terrorisé de voir le gamin gambader sur les sentiers étroits, creusés dans les flans des falaises, dominant parfois des à pics verticaux de près de 800 mètres ! Je ne pense pas avoir jamais été aussi stressé sur un parcours...Mais tout c'est bien passé....

(Pour la description plus détaillée de cette superbe randonnée je vous renvoie à mon billet du 23 février)

Arrivés au milieu du deuxième jour à la fin du sentier montagnard, nous avons pu cette fois faire la descente plutôt impressionnante jusqu'au lit du Yangze, gorge étroite où les eaux se précipitent dans un rugissement assourdissant. La aussi une descente et remontée vertigineuse (près de 80 mètres d'à pic ) sur des sentiers presque verticaux, parfois des échelles métalliques, elles plus que verticales ! La j'avoue que je n'étais pas loin de mes limites par rapport au vertige.... Mais les trois générations sont passées et sont remontées sans bobo....

Moins d'efforts les jours suivants... Location de vélos, la solution du tandem pour Maël et son père nous ayant paru offrir le maximum de sécurité. Les Chinois sont loin d'être les pires conducteurs d'Asie... Après l'Inde,le Myanmar et surtout l'Iran tout se relativise ! Mais ils manifestent un mépris total envers les deux roues et il faut une bonne dose d'agilité et d'expérience pour ne pas se faire coincer contre les trottoirs ou écraser par les portières ouvertes à la volée.

Baisha est toujours aussi belle... Pleine d'intéressantes boutiques d'artisanat aussi et surtout l'école de broderie sur soie où Iris, presque devenue une vieille amie, propose à la vente des toiles superbes.... Je n'ai plus qu'à choisir ;-)

La petite famille est repartie le 14 juin, direction Chengdu, puis Pékin et le retour en France.... Pour moi encore quelques semaines de labeur. Et aussi préparation de la fête « de l'école » du 21 juin. Chacun est chargé de préparer un plat de son pays, et de chanter une chanson ! Bon la saison des pluies a débuté et je ne peux guère empirer les choses... On va bien voir si ils sauront reprendre en cœur le refrain de « Chevaliers de la table ronde, goûtons voir si le vin est bon.... !

A bientôt pour le compte rendu

在建