7 au 8 mai 2013

Mercredi

C'est décidé, nous partons. Direction la Roumanie, … Les ancêtres, Dracula (aucun rapport avec ce qui précède, et les ours et les chiens des Carpathes sont probablement plus à redouter) La Transylvanie, les « Portes de Fer », …. De belles randonnées en perspective.

Nous ne comptons pas nous y rendre brutalement, privilégiant de longues et douces manœuvres d'approche. Ni avion, ni train nous débarquant directement au cœur de la capitale. Plutôt quelques étapes en bus. Un peu à l'inspiration, et aussi parce que le trajet s'aligne bien sur le cartes, nous retenons Paris, Munich, Budapest, …

Une étape préalable : Paris car Françoise à un enregistrement à effectuer le 15, et, préalable au préalable, quelques jours en Auvergne, précisément à Craponne sur Arzon pour participer aux « RAP » dont mon frère est l'un des organisateurs.

-  Tiens tu t'intéresses à la musique contemporaine maintenant ? C'est nouveau..»

- Euh pas vraiment. »RAP » est l'acronyme de « Rencontres Astronomiques de Printemps »

- ??

Il s'agit de ce que nos amis américains, très férus de la chose (mais nous les rattrapons) nomment une « Star Party » : quelques centaines d'astronomes amateurs se réunissent quelques jours... Quelques nuits (!) pour des séances d'observations et d'échanges. Chacun est fier de montrer ses instruments, ses bricolages personnels et bien sûr géniaux, organiser des conférences, …. La nuit on observe le ciel, le jour les instruments des copains.

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Bon allez Françoise, il est temps de te décrocher de ton mur, on part....

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L'observation astronomique c'est plutôt mon truc. Françoise manifeste bien sûr un intérêt solidaire, mais elle est moins concernée. Nous avons donc décidé de la répartition temporelle des occupations : à moi les nuits pour observer, à nous les journées pour randonner …

  • Euh tu n'as pas l'impression de t'être fait rouler là ? Tu dors quand ?

  • Rouler ? Non ! C'est mon choix. De toute façon comme la première nuit il a plu, et bien j'ai dormi. Pareil d'ailleurs pour la seconde..... Narrons donc les randonnées.

Nous voici donc arrivés à Craponne sur Arzon, grâce à la voiture aimablement prêtée par Louise afin de palier le vol récent de notre véhicule.

« Il pleut.... Il pleut sans cesse.... L'âpre hiver tombe en avalan ».... Non pardon pour ce pillage Victor, nous n'en sommes quand même pas à ce stade, mais bon enfin, l'option randonnée se révèle vite la seule disponible.

Mercredi après midi, nous nous rendons donc à la proche cité de la «Chaise Dieu »  qui a le bon goût d'héberger un office du tourisme ouvert le 8 mai, où théoriquement, il est possible de dénicher des cartes de randonnées. … La pratique n'est pas à la hauteur de la théorie : il semble d'ailleurs, par expérience, que les employés des offices de tourisme, charmants au demeurant, donnent l'impression de ne jamais avoir quitté leur bureau, en tout cas d'ignorer totalement ce qu'est la randonnée. Mais à partir de plaquettes, prospectus et cartes touristiques pas vraiment adaptées, nous arrivons à nous débrouiller, et puis Saint GPS (à nous deux nous en avons trois) nous épaule quelque peu.

Une fois la pâtisserie locale mise en coupe réglée par Françoise nous entreprenons une courte balade en direction de la « Rivière d'or » ainsi nommée pour la couleur rougeâtre de ses eaux. Couleur plus due à l'oxyde de fer qu'au noble métal, mais ne gâchons pas le rêve.

Promenade en zone humide (cela tombe bien!) au sein d'une épaisse, et parfois très sombre, forêt de pins sylvestres permettant quelques découvertes herboristiques. Mousses, fougères... A travers les sombres frondaisons, la rivière offre un aspect assez fantasmagorique.

Ce n'est qu'une mise en bouche, nous ferons mieux demain.

Jeudi 9 mai

La météo annonce des pluies intermittentes pour la journée et intenses pour la nuit. Il est donc inutile de se réserver. On nous a signalé de belles balades à faire près d'un village restauré au nom peu euphonique de Chalancon (sans cédille!)

Nous ne possédons pas vraiment de cartes détaillées, mais il existe une brassée de sentiers balisés. Certes sans indication de sites visités ni de distances. On fera confiance à l'instinct et....A nos trois GPS qui parfois sont d'accord entre eux !

Le village de Chalancon qui remonte au 12ème siècle, est entièrement habité par une poignée de passionnés qui ont fait un extraordinaire travail de réhabilitation. C'est, malgré la teinte sombre des pierres volcaniques, donnant un étrange petit côté Celte, magnifique et sans aucune faute de goût. Il est dominé par un château si semble avoir jailli d'un éperon de granite, flanqué d'une petite église romane aux murs de pierres polychromes.

L'ensemble domine les gorges de l'Hance dont le murmure rythme le chant des oiseaux.

Les habitants ont aménagé quelques pièces d'une maison en petit musé rempli d'outils anciens.

Peu de visiteurs car l'accès ne se fait que par un chemin caillouteux et escarpé, ce qui, ajouté à la distance du plus proche parking, décourage les visiteurs non équipés de chaussures de marche.

Du village on dégringole au fond de la vallée où galope la rivière. Elle se traverse par le « Pont du diable » dont l'architecture rappelle celle de son éponyme situé sur l'Ardèche. Est-ce que le « Malin », sensé en être l'architecte, aurait manqué d'inspiration ?

L'autre versant de la vallée est occupé par d'épaisses et sombres forêts de pins sylvestres alternant avec des passages plus clairs envahis par de la végétation de zone humide : mousses épaisses, fougères, bruyères, genêts au parfum entêtant. On devine encore de multiples lignes de terrasses bâties en pierres sèches, témoignages d'une intense activité agricole aujourd'hui disparue.

Après ce passage vraiment superbe, nous tentons de rejoindre la vallée au droit d'un pont qui nous permettrait de traverser la rivière pour terminer notre boucle. Descente à « l'estime » sur la foi des indications succinctes des GPS. C'est raide et casse gueule... D'ailleurs je me prends une gamelle qui heureusement ne se solde que par quelques écorchures.

Le pont trouvé et traversé permet d'atteindre un vrai bistrot de « bougnat ». Il y a là une dizaine de consommateurs, plat unique (Tripoux?) et boisson imposée : du « Regal Bar » vin rouge à la couleur intense proposé dans de vraies bouteilles « 5 étoiles » Nous étions persuadés que cela n'existait plus ! Mais nous ne pousserons pas le goût du retour à l'authentique jusqu'à tenter ce rude breuvage d'homme. Nous nous contenterons de bière et chocolat chaud pour arroser le casse croûte que nous disputeront les deux chiens, le paon et le lapin qui traînent sur la terrasse.

Nous marchons depuis près de 3 heures et demi, et il devrait en rester autant pour regagner notre point de départ en escaladant l'autre versant. Mais la pluie qui s'intensifie nous motive à pousser les feux et découvrir tous les raccourcis possibles pour ramener ce délai à deux heures.

Fourbus, trempés, mais heureux comme des rois de cette superbe balade, à prendre comme entraînement pour les jours à venir, nous serons dans les temps pour regagner le campement des astronomes : c'est qu'il ne faudrait pas non plus louper l'heure de l'apéro.

Pas d'observation nocturne, les nuages enchaînent les averses. Petit sommeil pollué par des voisins braillards et enivrés, que j'arriverais finalement à calmer en m'asseyant au milieu d'eux, les pieds sur la table, sans prononcer une parole. L'inquiétude généré par cet hurluberlu silencieux suffira à les déstabiliser et les envoyer au lit. Heureusement car à un contre trois, même alcoolisés, je n'étais pas sûr de faire le poids.