Jeudi 23 au vendredi 24 mai 2013

Et voilà. Nous avons quitté la capitale pour la Transylvanie. Brasov reste une ville importante : la seconde de Roumanie. C'est de nos jours une ville industrielle encerclant une ancienne cité construite au moyen âge par des résidents allemands (elle s'appelait alors Kronstadt) et c'est bien sûr cette partie qui offre le plus d'intérêt.

L'immense (une de plus grande d'Europe) église orthodoxe « noire » ainsi nommée à cause de la couleur des pierres touchées par un ancien incendie, domine la place centrale. Il reste de belles maisons bourgeoises et même quelques petits châteaux, à l'intérieur d'un cercle fortifié fermé par une porte qui limitait l'accès de la ville « allemande » aux Roumains cantonnés à l'extérieur.

La ville est dominée par une montagne abrupte. 400 mètres de quasi falaise au sommet de la quelle de grandes lettres blanches écrivent, à la façon Hollywood, le nom de la ville. Un téléphérique y amène les touristes friands de la vue sur la vallée et sur les premiers contreforts des Carpates. Mais nous savons déjà que pour nous ce sera une montée à pied....

Arrivés à Brasov sous une pluie battante, nous n'avons pas trop cherché à finasser pour trouver un logement. Le premier croisé, confortable mais un peu cher, fera l'affaire. Il nous permettra de poser nos affaires, pour visiter tranquillement la ville et découvrir en paix notre premier restaurant de vrai cuisine Roumaine. Ciorbas (soupes) pour nous deux... Délicieuses. La mienne est servie à l'intérieur d'un énorme pain creusé.

Pour le deuxième jour nous avons la bonne surprise d'une invitation de couchsurfer. C'est l'une des premières expériences de Vlad mais l'accueil n'en est pas moins parfait. Une belle maison dans la quelle il nous a réservé une chambre pour notre usage unique, et une invitation à partager un barbecue avec une bande d'amis, tous issus de la même école mais avec des parcours bien différents. Vlad travaille dans la video, son frère est encore étudiant, Bianca et Drago sont tatoueurs en Norvège ! Un autre couple avec qui la communication est plus difficile car ne parlant pas anglais, dont le mari est un auteur de bande dessiné réputé. Chaleureuse et agréable après midi puis soirée.

Auparavant nous aurons passé un peu de temps dans les nombreuses librairies de la ville afin de trouver les cartes qui nous permettraient de rallier à pied Brasov à Nuocsoara, ville natale de mon père, située quelques bonnes dizaines de kilomètres à vol d'oiseau d'ici, mais derrières des montagnes pas toujours faciles !

Lors du barbecue nous faisons également la connaissance du père de Vlad et de sa compagne. Cette dernière connaît assez bien les randonnées de la région, ce que Françoise apprécie particulièrement car la préparation des futurs itinéraires est loin d'être simple à la lumière des cartes fragmentaires dont nous disposons.

Samedi 25 mai

L'itinéraire de la randonnée est loin d'être parfaitement défini. Je sens que Françoise aimerait bien plus d'informations et plus de précisions. Et puis il y a aussi tout ce que l'on raconte sur les ours, les risques de mauvais temps, les chiens de bergers.... Mais à trop s'écouter on ne partirait jamais..

Nous démarrons en escaladant la montagne qui surplombe Brasov. Pour une mise en jambe c'est une mise en jambe ! Terribles montées dans un terrain parfois extrêmement glissant. Nous avons de l'entraînement certes, mais il date un peu, les sacs sont lourds... Heureusement il fait beau, et finalement au bout de quelques temps la forme revient.

Les paysages sont bien sûr somptueux. Premières impressions de forêts Vosgiennes ou Jurassiennes qui s'estompent rapidement lorsque nous nous retrouvons marchant à l'intérieur de cathédrales d'arbres gigantesques, découvrons des excréments d'ours en plein chemin et aussi quelques serpents probablement plus effrayés que nous.

Nous n'oublions pas non plus que nous sommes tout proche du prétendu château de Dracula... Mais nous ne comptons pas passer cette première nuit dehors, d'autant que nous avons oublié notre provision d'ail.

A la fin du parcours de la journée, il nous reste une dizaine de kilomètres pour atteindre notre étape, la petite ville de Zarnesti. Mais comme c'est uniquement de la route asphaltée sans grand intérêt nous optons pour l'auto stop. Après un courte attente nous voilà pris en charge par un conducteur chaleureux qui parle quelque mots d'anglais et nous dépose près d'une pension.

Il s'agit d'un week end chargé est la pension est pleine ! Mais les « miracles du randonneur » comme les appelle Françoise, se déclenchent toujours, juste au moment où l'on en a besoin ! Et là c'est une belle série qui nous échoit.

La patronne de la pension nous envoie en face. Une famille offre deux chambres toutes neuves, confortables et pas chères. Nous choisissons la plus belle. Il y a même du chauffage.

Le père de famille ne parle pas anglais, mais c'est un sacré bon bricoleur, et en quelques minutes il m'a usiné une petite pièce métallique qui va servir à rafistoler l'armature de mon sac à dos qui vient de céder quelques heures plus tôt. Le fils plus volubile nous concocte un repas sommaire mais délicieux. Au bout de quelques minutes nous voilà quasiment en famille. Le fils (encore un Drago... C'est la région!) parle de son pays, des ses projets. Il est plein d'enthousiasme. Son père nous fait visiter le pigeonnier : comme plusieurs habitants de la ville avec lesquels ils se mesure en courses acharnées, c'est un colombophile passionné.

Dimanche 26

Deuxième miracle du randonneur au dimanche matin : il pleut et il fait du vent... Ah bon c'est un miracle ça ? Oui car nous décidons d'attendre un jour de plus une méteo plus favorable et d'en profiter pour visiter la ville qui, heureuse coïncidence, héberge un « festival annuel » Il y a des boutiques, des stands, dont plusieurs de la gendarmerie, de secours en montagne.... Nous n'y trouvons pas de nouvelles cartes pour combler les quelques trous qui nous troublent, mais l'un des animateurs peut nous confirmer l'existence et la faisabilité de chemins dont nous n'étions vraiment pas sûrs.

Pour la première fois à Zarnesti nous nous sentons au coeur d'une petite ville rurale roumaine. Les maisons sont coquettes (sera-ce toujours le cas ?) les rues calmes parfois troublées par le passage d'une charrette à cheval.

Plus loin le marché du dimanche, et à côté du marché classique le « marché Rom » qui s'apparente plus à un déballage...Assez folklorique, mais j'y trouverais, pour 1 leu, »La » pièce de toile dont je rêvais pour finaliser la réparation de mon sac à dos. Françoise, elle, y trouve même la petite culotte qui lui manquait ! Bon certes ce ne sont pas les galeries Lafayette, mais y a t il autant de miracles aux galeries Lafayette ?

Ah et puis c'est un bon présage ! A Zarnesti il y a des cigognes !

Nouveau départ demain.... Donc pas d'inquiétude si le silence est long !