Lundi 27 mai

Départ sous des auspices pluvieuses, mais finalement ce ne sera pas si mal.

Drago, notre hôte, a du mal à nous laisser partir sans que nous ne lui ayons confirmé une dizaine de fois la qualité de son accueil.... Il nous accorde même une réduction sur le prix des chambres (qu'il avait certes un peu gonflé la veille) et la gratuité du repas.

Nous nous fourvoyons un peu pour trouver la route initiale, ce qui nous vaut un traversée plutôt humide de prairies et quelques rencontres avec des chiens aux crocs menaçants, mais cela se règle sans trop de dégâts.

Longue route d'approche bordée de résidences et de pensions blotties dans la vallée au pied de «Pietrei Craiului » une petite chaîne montagneuse encore bien enneigée.

Portails sculptés, petits troupeaux de chèvres et de montagne, passages de paysans en tracteurs ou carrioles à cheval. C'est l'image typique que nous nous faisions de la Transylvanie, mais, pour ma part, je n'imaginais pas les montagnes si élevées.

Pietrei Craiului (Pierre du Prince) ->











La suite de la randonnée est beaucoup plus ardue. Nous devons affronter une dénivelée de 500 mètres à près de 30 ou parfois 40 % de pente, et avec les lourds sacs, cela devient très physique, d'autant que les pluies précédentes ont laissé le terrain très glissant.

<_ Rando jungle









Heureusement la récompense arrive sur le sommet avec une vue superbe sur la chaîne montagneuse que nous gravirons, peut être si nous trouvons le chemin, dans les jours suivants.

Suit une marche sur la crête rendu parfois éprouvante par la présence d'énormes troncs abattus par des tempêtes précédentes en travers du chemin, ils faut littéralement les escalader uns par uns et bien sûr la vitesse de progression s'en ressent, puis au sein d'une pinède profonde où Françoise et moi ne pouvons nous empêcher de lancer de grands appels pour prévenir des ours éventuels de notre arrivée.... Mais ils resteront heureusement discrets.

Juste après avoir rencontré une cabane de berger, abri sommaire mais qui peut être bien utile, nous sommes embarqué dans une descente vertigineuse, encore plus casse gueule que les montées précédentes avant d'atteindre le refuge que nous visions pour la nuit.

Nous sommes les seuls utilisateurs de « Garofita » Dortoir très agréable, cuisine à disposition avec quelques restes laissés par les prédécesseurs, « salle de bain » fraîche et tonique, les WC sont à l'avenant.... Mais ce n'est qu'un refuge, et la vue est splendide. Le gardien est un vrai solitaire : taciturne et calme, il doit n'avoir le plus souvent que la compagnie de ses deux chiens (pour éloigner les ours) et d'une chatte.

   La salle de bain






Ce dernier, après quelques hésitations, finit par céder au charme de Françoise, nous dévoile quelques secrets d'itinéraires qui pourraient bien nous être utiles pour les étapes suivantes. Il nous avertit toutefois : il vous faudra 12 heures de marche -(Nous avons l'habitude!) mais vous allez vous perdre ! Nous ne nous en inquiétons pas trop, habitués à nous voir prévoir les pires dangers et difficultés, mais nous ignorons encore que nous avons fait la partie la plus facile de notre traversée.

Pour le dîner, ce sera une soupe de pâte concoctée par Françoise. C'est de la nourriture pour randonneur : on pourrait y faire tenir droit nos bâtons de marche.


Nuit calme. Le dortoir est chauffé, même surchauffé par l'une de ces magnifiques cheminées de pierre closes que nous trouvons un peu partout dans la région et qui allie à l'esthétique une indéniable efficacité.

Chauffage au bois


















Mardi 28 mai

Nous quittons le refuge de Garofita pour joindre celui de Voina. Nous avons encore les paroles du gardien en mémoire : il vous faudra 12 heures, mais (de toute façon?) vous allez vous perdre.

Au début tout paraît facile : le chemin est plat et généreusement balisé de triangles rouges. Le premier croisement n'est pas trop difficile à dénicher, mais très vite nous nous retrouvons en plein champs et bien sûr le balisage n'apparaît plus qu'à de très rares occasions, et évidemment comme à l'habitude, cela grimpe plutôt raide ! Heureusement nous rencontrons quelques bergers qui semblent connaître les chemins pour se rendre à Voina, même si leurs explications sont parfois un peu nébuleuses.

Plus d'une fois nous devrons errer au travers de prairies où le chemin a disparu pour retrouver une improbable marque de balisage à l'entrée de la forêt suivante, chaos de troncs et de branches emmêlés. Nous retrouvons les mêmes difficultés que la veille.

Pour se perdre nous nous perdons, mais petit à petit, conjuguant les ressources de la carte plutôt imprécise (la moitié de notre chemin se trouve dans le cartouche qui donne les légendes!) et de google map, quelques traversées à l'estime nous arrivons sur une éminence d'où nous découvrons, fugitivement, au loin le col Tefeleica qui constitue l'un des points de passages remarquable de notre route.

Ou est donc le chemin ?







Heureusement que nous avons eu cet aperçu, car la suite de la route est un petit enfer de branches cassées et entassées : jamais nous n'aurions eu le courage de continuer sans la certitude d'être, à peu près, dans la bonne direction.

Il nous faudra deux heures de bataille acharnée pour arriver au col....Nous commençons à ressentir les effets de la fatigue, mais il reste pas mal de chemin.

Ou est le chemin ? (bis)











Nous redescendons du col pour entamer derechef l'ascension, terrible évidemment, du suivant. Puis une longue, très longue descente vertigineuse vers la vallée suivante, et encore un long chemin, heureusement plat cette fois, car, épuisés, nous avançons comme des zombies, nous encourageant mutuellement : « Oui nous l'avons fait nous sommes des « warriors » ! Présomptueux ? Non ! Nous avons tous les deux l'expérience de randonnées difficiles (Françoise encore plus que moi) et celle là fait partie du « top »

Le refuge de Voina est là au bout de onze heures trente de dur cheminement, comme nous l'avait annoncé le gardien, mais avait-il compté les retards dus aux égarements dans cette estimation ?

Le miracle du randonneur est là de nouveau : le « refuge », accessible par la route du côté opposé à celui où nous sommes arrivés, est en fait un véritable hôtel avec une chambre confortable, douche chaude, et un restaurant où nous nous empiffrons de ciorba et de polenta...

Le repos du guerrier !!! Nous sommes heureux ! Mais surtout nous ignorons encore  la suite !!

Un premier bilan positif s'impose :

Nous avons la forme et sommes capables de venir à bout d'épreuves difficiles. Nous négocions bien les choix et les options , les engueulades sont inexistantes et nous restons très solidaires.

Nous n'avons pas rencontré d'ours !





Voina welcome ! (rangez les crocs)













Finalement les chiens de troupeaux, qui nous inquiétaient au moins autant que les ours, ne nous ont pas bouffé : certes ils montrent des crocs monstrueux et jouent l'intimidation, mais dès que l'on a pu saluer le berger et entamer la conversation, ce dernier les calme : c'est une tactique efficace à connaître et à suivre.

Encore faut il qu'il y ait un berger....