Lundi 10 au jeudi 12 juin

Emis, photos incluses, depuis le train pour Bucarest : en Roumanie la 3G ce n'est pas cher et cela marche le feu de dieu !!!!

La première partie de ce billet est rédigée depuis une chambrette austère mais confortable au sein de l'ermitage de Sihla.





Nos héros au repos dans l'ermitage











Le minuscule monastère est situé à presque 1000 mètres d'altitude au milieu d'un anarchique chaos de rochers énormes dont certains surplombent de façon menaçante les bâtiments.

Quand tombera-t-il ? Et sur qui ?














Cela ne semble pas inquiéter la quelques dizaines de moines qui nous ont accueillis ici.

« Ah bon ? Vous vous installez dans les ordres maintenant ? »

Non ce n'est pas une prière, juste un rangement...



















Certes non ! Mais nous sommes arrivés à l'ermitage fort tard (17h30) après une longue marche pleine de fausses pistes et de recherches de chemins aux balisages folkloriques, inexistants, voire erronés. Il nous restait encore 8 km à parcourir, par des chemins incertains, pour atteindre Agapia, l'étape prévue pour le soir lorsque nous sommes passés devant la table d'hôte de l'ermitage...L'odeur de la potée aux choux a fait le reste.

Ici tout indique la rigueur du climat : d'énormes cheminées « poêle » dans la chambre, des réserves de bois conséquentes, et partout des doubles vitrages. Et l'accueil est aussi chaleureux que discret.

Mais comment en sommes nous arrivés là ? Et bien reprenons dans le bon sens.


Dépendage, non dépendation, zut dependature...Enfin bref descente du sac de nourriture
















La fin de l'épisode précédent de nos aventures nous a vu nous réveiller au cœur de la forêt pour découvrir, agréable surprise, que les ours avaient épargné notre petit déjeuner suspendu, selon les normes conseillées, à 3 mètres de haut dans un pin sylvestre situé à plus de 100 mètres sous le vent de la tente.

Matériel et sac rangés, une descente assez agréable au sein de la forêt, si ce n'est les habituelles traversées pénibles de chemins boueux ravagés par le passage de 4x4 laissant des ornières parfois incontournables et aussi hautes que nos genoux (après les chiens le 4x4 est le pire calvaire du randonneur) pour arriver sur le charmant monastère de Voronet.



Voronest












Caractérisé par les peintures parmi les plus fines que nous ayons vues, ses rouges réputés (le rouge Voronet!) et un autre impressionnant et vertigineux (pour moi) chemin de ronde en bois, c'est une visite plaisante.

L'objectif suivant était la région de Neamt au sud de la Moldavie où 5 ou 6 monastères groupés peuvent se visiter à pied en deux ou trois jours par un réseau de sentiers bien balisés (c'est du moins ce que l'on nous avait raconté)

Une succession d'auto stop (un chauffeur plutôt folklorique, maladroit et sympathique qui demandait son chemin tous les 100 mètres) de bus, de taxis, de marche bien sûr, tantôt sous le soleil, tantôt sous des pluies apocalyptiques, nous mena à une pension située à proximité du monastère de Neamt.


Symbole fréquent sur les murs de monastères : n'évoque t il pas celui des Francs Maçons ?













C'est dans ce dernier, caractérisé par cet étrange représentation maçonnique, que nous fîmes la connaissance de « Frère Grégoire, moine au français parfait, souriant vendeur redoutable (il avait travaillé dans le commerce avant d'être moine) et surtout extrêmement drôle, serviable chaleureux, capable de nous faire oublier les pluies torrentielles....


La carte n'est pas le territoire (extrait de la "Sémantique Générale")









Le lendemain, après un passage à la gendarmerie où l'on nous fournit avec beaucoup de gentillesse une carte des chemins balisés, très complète, sur le papier ! Nous nous lançâmes dans la longue errance qui devait nous mener à l'ermitage de Sihla.

Chemins, tours détours et erreurs scandés le plaisir de la visite de plusieurs petits ermitages et monastères moins ou pas référencés dans les guides et circuits et d'autant plus authentiques et naturels.



Secu charme et simplicité







Le charmant Secu et ses humbles offrandes,


<-Lutrins

Cheminée->











le mignon Sihastria et ses élégants lutrins aux formes d'oiseaux....

Puis après avoir erré une bonne heure en essayant de traverser sans succès un torrent boueux à la recherche du chemin « C'est sûr il est pas là » marqué de « ronds rouges », nous décidâmes d'abandonner ce raccourci en acceptant le « petit » détour de l'ascension vers Silha, au terme de la quelle se manifestât à nouveau le « miracle du randonneur ».

Une perte d'une bonne demi journée sur nos prévisions, mais probablement aussi l'évitement de quelques nouvelles fondrières de boues, d'errance dans les bois et qui sait, de rencontres d'ours où de loups.

Jeudi

Le volubile frère cuisinier ne nous laisse pas partir sans nous doter d'un sachet de chocolat « Francesca ! Ciocolote calda ! » et pour moi d'un café type Lucky Luke : celui où l'on peut faire flotter un fer à cheval.

Par courtoisie nous marchons une petite demi heure sur le chemin marqué de croix rouges, agréablement, et heureusement ! Présentes cette fois, avant de stopper pour un vrai petit déjeuner à la française : chocolat chaud au lait (en poudre) café, fruits divers et tartines de … Sardines à la sauce tomates. Oui il faut bien épuiser un peu les stocks et alléger les sacs.

Mic dejun de randonneur















Route de crête en pleine forêt, puis descente assez raide dans la vallée vers Agapia Veche. Ecrit ainsi cela paraît simple, mais cela génère quand même quelques recherches, parfois ardues et génératrices de longues discussions, pour retrouver les « croix rouges » après chacun des nombreux carrefours ou traversées de clairières.

En arrivant nous croisons le chemin balisé des fameux ronds rouges que nous avons cherché avec tant d'énergie la veille. Nous nous gardons de l'insulter : le randonneur est superstitieux, mais si nous avion le temps nous le suivrions bien pour voir où il débouche....

Agapia Veche ne doit pas recevoir beaucoup de visite : minuscule et, à part le chemin, uniquement piétonnier (et encore) que nous avons emprunté, une seule mauvaise route partiellement empierrée pour le relier au reste du monde.

Est-ce pour cela que l'accueil y semble si agréable ? La première femme rencontrée nous propose, du geste typiquement Roumain et maintenant familier de la main « sciant » l'estomac, de nous restaurer.


Agapia Veche Joli n'est-ce pas ?














Notre copain ermite jovial







Le plus étonnant c'est cependant un ermite, lancé dans une ronde sans fin autour de l'église, pieds nus, habillé d'une simple aube de tissu blanc déchirée à l'épaule et portant en sautoir ce qui ressemble à une médaille géante d'un poids extraordinaire (Ni Françoise ni moi ne sommes des mauviettes et il nous fût impossible de la soulever d'une seule main, nous l'avons estimé à environ 10 kg)

En revanche le silence ne semble pas faire partie de la pénitence ! A chaque tour d'église nous avons droit à un torrent de paroles, de sourires, de poignées de main...C'est ainsi, au fil des rotations, que nous apprenons que « Les Français et les Italiens sont les plus sympathiques puisque les plus bavards ! » Que Decebal est un prénom tout à fait historique, que....Et après avoir attiré notre attention sur nos chaussures et bas de pantalons encroûtés de boue, il s'amuse en remarquant que nous rapporterons de la terre Roumaine en France.

Au tour suivant, considérant nos sacs posés sur le sol, il nous avertit de bien les surveiller car « Les Roumains sont voleurs et on les voit de temps en temps arriver en voiture et piquer les sacs » et Enfin au dernier tour nous recevons le conseil de ne pas accepter de nourriture de la cuisine du monastère sous peine « d'avoir un gros ventre »....

Au temps pour l'image d'Epinal de l'ermite austère et taciturne.



Quitter Agapia









Le monastère suivant, Agapia tout court est à une demi heure de marche. Plus récent, plus touristique, l’intérêt en est très limité.

Il est temps de préparer la dernière étape... Marche, stop... Jusqu'à Targu Neamt où nous dénichons un bus pour une proche grande ville, Roman, sur le parcours du train de Bucarest.

Dans Roman, grande ville « soviétique », il faut « chasser » hôtels et restaurants...En revanche l'employée des chemins de fer est adorable. Nous sommes munis de deux billets pour joindre la capitale le lendemain. Ensuite longue attente à l'aéroport, vol de nuit pour Barcelone, puis le lendemain pour Lyon, ainsi vont les voies détournées des vols charters....