Analyse critique de "l'effet Dumas"

Ce titre synthétique ne représente pas complètement le contenu de ce document. Il est nécessaire de préciser que cette analyse ne porte que sur le corpus très restreint des pièces disponibles.

Il s'agit du contenu du site www.effetdumas.org et de la vidéo d'une expérience (Pour une raison mystérieuse ? Cette video a disparu du site actuel...) S'y ajoutent quelques commentaires glanés au cours de navigations rapides à partir de moteur de recherche.

Les informations du document papier distribué lors de la conférence de Joyeuse (début avril) sont identiques à celles que l'on retrouve sur le site, mais ce dernier, bien que sommaire, est plus complet.

Sur la forme

La présentation des informations, le vocabulaire, certaines allusions plus ou moins implicites représentent des « signatures » caractéristiques des « hoax » habituels (cf www.hoaxbuster.com) ou des articles que l'on trouve dans la presse (et maintenant sur les sites) sensationnalistes. Ce n'est pas en soi un motif de rejet, mais constitue cependant un faisceau d'indices intéressants.

Quelques exemples de ces signatures caractéristiques.

1) Les cautions scientifiques prétendues mais non prouvées

Les expériences (une seule en fait est présentée) sont censées s'être déroulées sous l'égide de « deux scientifiques de renom » Qui ne sont jamais identifiés. Pas de nom, ni de « curriculum » Ce type de caution floue est une signature quasi systématique des hoax.

2) Le recours à des « mots magiques » ou au « charabia » pseudo scientifique.

Qui souvent recouvrent des concepts mal compris par l'auteur, mais qui sont censés faire effet auprès du lecteur ou de l'auditeur.

- « L'énergie libre » : sans rapport avec son sens, très précis, en physique, représente ici une énergie « gratuite » fournie sans contrepartie par....L'Univers ? Ou autre chose ? C'est le vieux rêve des inventeurs des machines à mouvement perpétuel.

- « L'effet Casimir » (surtout évoqué comme caution dans les commentaires) Mais qui ne peut s'appliquer ici. L'effet Casimir est un effet quantique (autre mot magique!) qui apparaît entre deux miroirs placés à quelques fraction de microns l'un de l'autre. Nous somme très loin ici du domaine quantique qui ne concerne que le monde subatomique.

-« La fusion froide » C'est le « Graal » des physiciens. Comme son homologue « chaude » elle se traduit par un dégagement de radioactivité facile à identifier, et une production de produits de fusion souvent radioactifs également (deuterium, ….) Si elle est soupçonnée ici pour quoi ne pas avoir utilisé de compteur Geiger ? Peut être parce que l'énergie nucléaire c'est... Le diable ;-)

- « La résonance de l'eau » Encore un terme scientifique mal assimilé (ou détourné) La résonance est le phénomène d'amplification d'ondes (mécaniques, électromagnétiques...) qui apparaît lorsque l'on stimule un système oscillatoire à une fréquence spécifique (la fréquence de résonance du système) Un exemple bien connu est celui du pont suspendu que l'on pet faire craquer en marchant dessus au pas. Mais outre que ce phénomène ne produit pas d'énergie (au contraire il en consomme) l'eau n'est pas un système oscillant, du moins à la fréquence de 50 Hz qui est celle du courant électrique utilisé. Ces phénomènes n'apparaissent, et encore, dans l'eau qu'avec des fréquences de l'ordre du gigahertz, donc des millions de fois plus élevées. C'est d'ailleurs le principe de fonctionnement des fours à micro ondes qui bien sûr ne produisent pas non plus d'énergie.

3) Un peu d'ésotérisme

Les deux demi sphères doivent être séparées par une distance aussi proche que possible de 1,62 mm sinon cela « ne fonctionnera pas » et 1,62 c'est.... Le nombre d'Or !

Cela fait bien, c'est troublant et mystérieux ! Mais c'est hélas purement imaginaire car cela prouve surtout que Dumas ignore ce qu'est que le Nombre d'Or !

Ce nombre est une proportion (une fraction) entre deux longueurs. Comme toute proportion il ne dépend pas du système d'unité. Un rectangle d'or mesuré en millimètres, en coudées royales égyptiennes ou en années lumières aura toujours les mêmes proportions. Ici les 1,62 mm ne sont pas une proportion mais une distance mesurée avec un système d'unité qui fût inventé plus de deux milles ans après la découverte du nombre d'or.

Est-ce que cela veut dire que si l'on construit le résonateur de Dumas en Angleterre en prenant, comme il se doit, les mesures en inches il ne fonctionnerait pas, même si les appareils sont strictement identiques ?

Et comme par hasard on fait resurgir l'histoire magique de Nikola Tesla ! A revoir l'excellent film « Le Prestige »

4) Un soupçon de parano et d'angélisme.

Tout en mettant au défi les « Physiciens » de prouver que son expérience ne fonctionne pas, il n'hésite pas à revendiquer le soutien de certains d'entre eux, sans trop bien préciser qui ils sont.

C'est comme toujours un génie méconnu qui se voit étouffé par l'inertie de la communauté scientifique, voire par le complot des lobbies de l'énergie qui n'ont bien sûr pas intérêt à ce que cette découverte soit généralisée. Mais heureusement le génie méconnu, dans « sa grande humilité fait don de son invention à l'humanité »

Sur le fond

C'est le plus important. La forme ne peut induire que des doutes (même si dans ce cas les indices sont forts) Le fond est plus révélateur.

La machine est relativement simple. D'une conception presque « Shadockienne » ce qui n'est pas forcément une critique. A portée d'un bricoleur moyen et soigneux (il y a quand même quelques risques électriques et chimiques)

Au vu de sa fabrication elle a deux effets lorsqu'on l'alimente en électricité après l'avoir plongée dans un récipient d'eau : électrolyse de l'eau avec dégagement d'hydrogène et oxygène (mélange explosif !) et réchauffement par effet joule (comme une simple bouilloire)

Le résultat de l'expérience est présenté comme la preuve d'un rendement supérieur à un, c'est à dire une énergie produite supérieure à l'énergie consommée. Mais comment sont mesurées ces énergies ?

Energie consommée : c'est l'énergie électrique consommée, mesurée avec un wattmètre ce qui n'est pas forcément la meilleure option car il s'agit de mesures instantanées et le courant peut varier au cours de l'expérience. A la fin du test est annoncé une consommation « moyenne » de 1100 watts qui semble sous estimée au vu de ce que l'on peut lire sur le cadran du wattmètre. Nulle trace de calcul rigoureux de cette moyenne, annoncée rapidement, et qui semble donc être établie au « pifomètre »

C'est un premier risque de biais. Personnellement j'aurais (et si les scientifiques « caution » étaient des vrais il l'auraient fait aussi) utilisé un appareil « intégrateur » ou à défaut noté les différentes valeurs de courant et de tension à intervalles régulier, puis intégré l'ensemble.

Energie produite :

A noter que la part d'énergie utilisée imputable à la décomposition électrolytique de l'eau n'a pas été comptabilisée et c'est une deuxième erreur. Il aurait fallu mesurer les quantités d'hydrogène et d'oxygène produite, calculer l'énergie nécessaire à cette production et l'intégrer dans le bilan. A la rigueur l'utilisation d'eau distillée aurait pu minimiser cet effet.

L'énergie calorifique produite est estimée à partir de l'élévation de température de l'eau mesurée par un thermomètre, puis à partir des lois classiques de la thermodynamique en en déduisant le nombre de calories ou de joules correspondants.

J'aurais procédé de même, mais j'aurais utilisé, pour mesurer avec certitude la quantité de chaleur produite, un calorimètre.

Mais surtout il y a une grave erreur de calcul. La capacité calorifique du liquide chauffée est annoncée à 4800 joules par degré pour un litre d'eau.

Or en début d'expérience il est précisé que le fluide réchauffé est un mélange de 60 % d'huile et 40 % d'eau. Outre le fait que huile et eau sont quasiment non miscibles, les expérimentateurs oublient totalement que la capacité calorifique de l'huile est considérablement plus faible que celle de l'eau (environ 2000 sous réserve bien sûr de la nature exacte de l'huile utilisée qui n'est pas précisée) ce qui pour un mélange 60/40 donnerait une capacité moyenne de 3120 joules par degré soit 65 % de la valeur utilisée !!!! L'énergie produite est donc très fortement surestimée.

Je n'imagine pas que deux « scientifiques reconnus » aient pu laisser passer une telle bourde indigne même d'un étudiant de première année ;-)

En conclusion le manque de rigueur expérimental confirme l'impression donnée par la forme de la communication.

Les conclusions tirées de cette expérience ne sont donc pas acceptables. Il reste à déterminer si ces erreur proviennent d'une maladresse, d'un manque de savoir faire, ou d'une volonté d'arranger les résultats. Ne connaissant pas M. Dumas il est difficile de me prononcer, mais la « disparition » de la vidéo réalisée à Sophia permet de nourrir quelques doutes ;-)